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Une personne retire un hameçon d'un poisson, le 04 mars 2006 sur le lac de Guéry.

La Russie et les élections américaines : de l'hameçon au gros poisson

3 min
À retrouver dans l'émission

Les Russes sont accusés d'avoir influé sur les résultats des élections américaines en piratant les communications démocrates. Revue de la méthode.

Une personne retire un hameçon d'un poisson, le 04 mars 2006 sur le lac de Guéry.
Une personne retire un hameçon d'un poisson, le 04 mars 2006 sur le lac de Guéry. Crédits : THIERRY ZOCCOLAN / AFP - AFP

On a les yeux rivés sur les conséquences des piratages informatiques qui ont entaché la campagne électorale américaine, et qui sont attribués à la Russie. Conséquences en termes diplomatiques (les mesures prises par Barack Obama à l’encontre de la Russie), et en termes de politique intérieure (imaginez que l’élection de Donald Trump à la présidence des Etats-Unis ait en effet été d’une manière ou d’une autre influencée par la Russie, ce serait une fragilisation profonde du coeur de la démocratie américaine). On en oublierait presque le point de départ, ce piratage, et les deux questions qu’il pose : comment les pirates s’y sont-ils pris ? Comment est-on aussi sûr qu’il s’agit des Russes ?

Petit rappel. Il y a eu deux phases : la première a consisté à se procurer les courriers échangés au sein du comité directeur du parti démocrate (à l’été 2015), la seconde (printemps 2016) à se procurer ceux du directeur de la campagne d’Hillary Clinton, John Podesta. Les deux fois, une partie de ces courriers ont été publiés sur Wikileaks. Comment ces courriers sont-ils arrivés là ? Pour y avoir accès, les piratages ont usé d’une vieille méthode qui s’appelle le “phishing”. Le phishing (ou "hameçonnage" en français) consiste à adresser de faux mails qui incitent le destinataire à une action qui permet au pirate de s’introduire dans le système. Pour la première phase, les pirates ont adressé à un certain nombre de membres du gouvernement et du parti démocrate des mails provenant d’adresses associées à des institutions existantes. Au moins un des destinataires a cliqué sur le lien contenu dans le mail, ce qui a fait entrer le virus dans le système du parti démocrate (le virus permettant d’accéder à des informations et de les faire ressortir par des communications chiffrées). Pour la seconde phrase, les pirates ont ciblé des adresses, et ont envoyé des mails ayant l’air de provenir d’adresses authentiques, et demandant le changement de mots de passe. Encore une fois, il suffit qu’une personne change son mot de passe pour que cela permette aux pirates de profiter de cette porte pour avoir accès à ses courriers et ses archives, c’est ce qui est arrivé à John Podesta, le directeur de campagne d’Hillary Clinton. Comment les gens qui gèrent les comptes de Podesta se sont faits avoir ? A cause d’une bêtise de l’informaticien chargé de la sécurité du Parti démocrate, selon le New York Times. Chargé d’examiner la validité du mail demandant le changement de mot de passe, sa réponse a été peu claire (à cause a-t-il expliqué au quotidien américain à cause d’une confusion entre le mot “authentique” et le mot “inauthentique”) et accès été donné aux 60 000 mails de Podesta. Une illustration supplémentaire que même à l’heure du piratage informatique, les grands tremblements du monde ont à voir avec l’humain, ce qui est à la fois rassurant et effrayant.

Deuxième question : comment peut-on être aussi sûr que les Russes sont derrière ces piratages ? Là, il faut noter une situation étrange. Dans la méthode, les mobiles et eu égard à la longue histoire du hacking d’Etat en Russie, tout accuse les Russes. Mais le rapport très officiel publié jeudi dernier par le FBI est assez étonnant. D’une part, il affirme que les deux groupes à l’origine des deux séquences de piratage sont russes et accuse directement les services de renseignement russes mais d’autre part, il n’apporte, aux dires des spécialistes de la sécurité informatiques, aucune preuve définitive de l’implication russe. On attend donc le rapport gouvernemental qui sera remis dans les prochains jours au Congrès américain (avec la promesse de Barack Obama qu’y figureront des documents déclassifiés montrant l’implication des Russes). Mais pour l’instant, on en est réduit à croire ce que disent le gouvernement et les services de renseignement américains et Donald Trump a beau jeu de dire qu’on n’a aucune raison de croire ceux qui disaient qu’il y avait des armes de destruction massive en Irak. Ce qui illustre une seconde particularité de l’ère du piratage informatique : l’origine finale de l’attaque n’est jamais simple à identifier. Dans tous les cas, qu’ils soient les acteurs de ces attaques ou pas, les Russes ont tout intérêt à jouer de cette incertitude.

Quelle histoire incroyable….

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