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Le big bang

Le défilement infini est-il vraiment infini ?

4 min
À retrouver dans l'émission

On parle d"infinite scroll" pour désigner le défilement infini d'un écran. Que se cache-t-il derrière cette fonctionnalité qui se répand sur le web ?

Le big bang
Le big bang Crédits : AFP

“Nichons-nous dans l’Internet” est une très élégante revue papier fabriquée par des gens qui “aiment Internet” - ils se définissent eux-mêmes comme ça - et qui a pour devise “Imprimer Internet avant que cela ne s’arrête” (sans qu’on sache d’ailleurs si “cela” renvoie à Internet ou à l’imprimerie….). Parmi d’autres choses très intéressantes, ce numéro comporte un long entretien avec une jeune artiste du nom de Anne Horel que les flâneurs de la toile française connaissent parce qu’elle y balance régulièrement des contenus étranges, des petits films bizarres faits de collage, des clips glitter de chansons comme celle-ci, que j’aime énormément “Clique sur moi”

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Dans cet entretien, Anne Horel évoque avec passion une fonctionnalité de l’Internet contemporain qu’on appelle “infinite scroll”. L”’infinite scroll”, c’est - pour le dire en bon français - le fait de pouvoir faire défiler sans fin son écran (avec son doigt sur un téléphone, avec la souris sur un PC), les contenus se chargeant automatiquement. C’est ce qui se passe quand vous consultez votre fil d’actualité Facebook, Twitter ou Instagram, et pleins d’autres blogs et mêmes sites d’information. Anne Horel trouve ce défilement infini “jubilatoire,” parce qu’elle y voit, je la cite, “une dynamique de collisions plaisantes”. C’est en tout cas, un exemple de fonctionnalité technique problématique et passionnant.

Bon, d’abord, le défilement infini signe la fin de la page comme modèle d’organisation des contenus, donc la fin du modèle livresque. Jusque là, avec ses pages - même dynamiques, mêmes connectés par les liens hypertextes - le web reproduisait le modèle d’organisation du livre. Avec le défilement infini, c’est une autre expérience qui est possible. Mais laquelle ?

Beaucoup dénoncent le défilement infini comme une manière de capter l’attention - la ressource la plus chère sur le web -, dans le but de garder l’internaute le plus longtemps possibles sur le site (et donc de lui faire voir le plus de publicités, ou de le voler aux concurrents). De fait, qui n’a jamais passé des heures à remonter un fil d’information quelconque, à faire défiler des photos sans intérêt jusqu’à s’apercevoir que trois heures étaient passées ? Le défilement infini serait donc l’équivalent du flux télévisuel. Ca n’est pas faux.

Mais je pense qu’on rate quelque chose à ne le regarder que sous cet angle, car moins que nous plonger dans le fleuve du temps qui passe, pour reprendre l’image héraclitéenne, le défilement infini nous fait remonter le temps. Car ces fils d’actualité sont présentés de manière anté-chronologique. On commence par le plus récent pour aller vers le plus ancien. Plus on descend vers le fond de l’écran, plus on revient en arrière dans le temps. C’est donc une expérience qui est moins horizontale, que verticale, comme l’examen de la carotte que le scientifique prélève dans le glacier. Et ça dit quelque chose de cet internet contemporain qui, plus il va, plus il rend présente l’archive. Que ce soit l’archive de soi (dès que la fonctionnalité était apparue sur Facebook, certains s’étaient amusée à cette sorte de rétrospective d’eux-mêmes), ou l’archive d’un regard sur le monde quand on plonge dans un blog où dans une site d’information. Où est donc contredit le lieu commun qui veut que le web ne que soit le lieu de la surface et de l’instantanéité. Il est aussi le lieu où le passé est toujours là.

Mais il y a une question que vous vous posez tous : le défilement infini est-il vraiment infini ? Logiquement non. C’est un abus de langage, il y a une limite, celle du nombre de contenus (je veux dire par là qu’il y a bien un premier tweet, et même si ma timeline ne cesse de se remplir par le haut par les nouveaux tweets qui ne cessent d’arriver, elle a bien un fond, donc le défilement n’est pas infini). Ou alors, on peut dire infini ce qui est quand même fini, mais d’un seul côté…. Mais là, je ne comprends plus rien à ce que je dis….

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