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Un des GIF les plus célèbres de l'histoire d'Internet

Le GIF, une histoire de la mode numérique

5 min
À retrouver dans l'émission

Le GIF a 30 ans ce mois-ci.

Un des GIF les plus célèbres de l'histoire d'Internet
Un des GIF les plus célèbres de l'histoire d'Internet

Peut-être accordera-t-on un jour aux cultures numériques autant d’importance qu’on en accorde au vêtement, ce qui ne serait pas illogique dans un monde où l’on emploie aussi couramment des mots comme “toile”, “fil”ou “bouton”. Et parce que le GIF a trente ans ce mois-ci, je me propose de vous en faire l’histoire (très bien racontée dans le dernier numéro du magazine américain Wired) comme on le fera d’un motif dans la mode. Tout cela nous menant à une conclusion qui - je vous l’annonce d’emblée pour que vous vous y prépariez - s’imposera comme une épiphanie majestueuse qui vous laissera transis par le sublime de son évidence.

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Du GIF, tout internaute connaît la version animée, ces images assez sommaires, qui bouclent sur elles-mêmes, qu’on s’envoient pour rire, qui ornent les réseaux sociaux et parfois les articles. Toutes les plateformes permettent aujourd’hui d’intégrer des GIF, certains d’entre eux sont devenus célèbres. Mais le GIF n’a pas toujours été aussi populaire, il a même failli disparaître. Là encore, il est question de mode. Au départ, le GIF est une solution technique.En 1986, un informaticien du nom de Steve Wilhite se voit confier par son chef une mission. Travaillant pour Compuserve, un des premiers services en ligne qui donne accès à des forums et autres chats room, il doit résoudre deux problèmes. 1. Inventer un format graphique qui marche sur tous les ordinateurs (alors que le marché informatique de l’époque était divisé en plusieurs entreprise - IBM, Atari, Apple… - qui avaient chacune leur format graphique) . 2. inventer un format graphique de bonne résolution, même avec un débit de connexion très faible (les modems de l’époque offraient une connexion à peu près 40 000 plus lentes qu’aujourd’hui… quand on vous dit que tout va plus vite…). Wilhite termine en mai 1987 les spécifications d’un format qu’il appelle GIF pour Graphic Interchange Format, et qui est d’abord statique. Un mois plus tard, Compuserve commence à l’utiliser. En 1987, Internet existe, mais pas encore le web, et c’est avec le web, au début des années 90, que le GIF va devenir ce qu’il est. Et ceci pour deux raisons tout à fait essentielles. D’abord, il est facile à utiliser et parfait pour créer des logos. Mais surtout parce que Wilhite l’a conçu pour être extensible, c’est-à-dire pour être modifié par d’autres développeurs. Ainsi, en 1995, des ingénieurs de Netscape créent le GIF animé - celui qu’on connaît aujourd’hui. Là, c’est la folie, la première gloire du GIF. Partout sur le web naissant surgissent des GIFs animés, et l’un d’entre eux, le fameux bébé qui danse, devient une des premières image animée virale de l’Histoire du Web.

Mais, très vite, le GIF passe de mode. Parce que les développeurs se mettent à des formats plus sophistiqués, comme Flash. Parce que les débit de connexion augmentant, la vraie vidéo devient lisible, et que ces motifs répétitifs, un peu low-tech, rappellent trop un web d’antan. Sauf qu’il reste présent dans la culture geek et dans les lieux où s’expriment cette culture - Reddit ou les Tumbl’R, la plateforme de blogs en images. Et par cette voie, il va redevenir tendance - parce qu’il a été utilisé comme motif nostalgique par les avant-gardistes (eh oui, c’est paradoxal la mode, ce sont les avant-garde qui ont meilleure mémoire…). Mais il y a autre chose. Adam Leibsohn, qui dirige le moteur de recherche de GIF Giphy, explique que le GIF est un “format insurrectionnel”. Il permet aux gens de mettre des images là où elles ne sont pas attendues, par exemple en guise de signature dans un forum par exemple. Le GIF devient un outil conversationnel. On s’exprime par le GIF : une boucle de gens qui applaudissent quand on est content, quelqu’un qui se tape la tête contre son bureau quand on est indigné etc. Avec tous les jeux sémantiques possibles qui élargissent le champ d’expression des émotions (en jouant sur le contraste texte image, par exemple). C’est ainsi que le GIF, quand le Web devient conversationnel et émotif, connaît une nouvelle popularité. Le tournant, ce sont les années 2012-2013 quand il est entré dans le Oxford Dictionnary et dans les musées. Et même, il survit à d’autres formats dont on pensait qu’ils le tueraient (une minute de silence pour Vine…).

Mais selon les spécialistes, la vraie force du GIF, c’est sa simplicité technique, et même les contraintes qu’il impose (en terme de taille, de couleur, de trame…). Ah, fertilité de la contrainte… Ainsi j’en arrive donc à ma conclusion épiphanique : preuve du génie de la technologie d’abord, dépassé ensuite, revenant parce qu’il est contraignant mais fertile en variation, je crois pouvoir affirmer que le GI a un frère dans l’histoire du vêtement, un motif “régressif et graphique”, un motif qui depuis 200 ans disparaît et revient… et c’est…. le Jacquard. Voilà le GIF est le Jacquard de la culture numérique. Que quelqu’un vienne me prouver le contraire.

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