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Un éléphant en Thaïlande

L'éléphant qui faisait de l'ordi avec sa trompe

7 min
À retrouver dans l'émission

Si l'Internet inter-espèces n'est pas encore né, on réfléchit de plus en plus au rapport de l'animal à la machine.

Un éléphant en Thaïlande
Un éléphant en Thaïlande Crédits : Pascal Deloche / GODONG / Leemage - AFP

Il y a plus deux ans, sur cette même antenne, je m’étais un peu moqué d'une initiative qui venait de voir le jour sous le nom de “Internet inter-espèces”. Comme il est possible que tout le monde n’ait pas gardé en mémoire ces moqueries - c’est une hypothèse qu’il faut prendre en compte - je me permets de rappeler de quoi il s’agissait. L’internet inter-espèces est un projet très simple : après l’internet reliant les ordinateurs, après celui reliant les objets, il faut créer un internet reliant les espèces. Car, maintenant que la science nous a appris que les animaux étaient sensibles, intelligents, dotés de cultures, ou de langage complexe - et même parmi les espèces les plus méprisées (comme les chèvres) -, il faut non seulement continuer de développer la connaissance que nous avons de la cognition animale, mais aussi utiliser Internet pour donner plus de culture aux animaux captifs et faciliter la communication entre les espèces. En gros, il faut que les humains ne soient plus les seuls sur internet.

Ce projet était soutenu par des personnalités éminentes : Diana Reiss, une chercheuse reconnue en sciences cognitives (spécialiste des dauphins), Vinton Cerf, un des pères de l’Internet récompensé du prix Turing en 2004, Neil Gershenfeld, qui dirige un des centres du Massachussets Insitute of Technology, et Peter Gabriel, le chanteur, qui a fait appris à des bonobos à l’accompagner au piano (je ne sais pas si ça en dit plus sur les bonobos ou la musique de Peter Gabriel… mais c’est un détail…).

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Et je confesse donc avoir porté alors un regard assez narquois sur cette initiative. Or, je veux y revenir ce matin, parce que mon regard a changé. Non qu’en deux ans, le projet ait beaucoup avancé. Je n’ai pas trouvé grand chose d’intéressant à ce sujet, si ce n’est un compte Facebook portant ce nom d’Internet inter-espèce (dont je en sais même pas si elle est directement reliée au projet). Mais même ce compte mérite notre intérêt. A première vue, on n’y trouve que des informations concernant les animaux, et en particulier beaucoup de vidéos, qui si on les regarde vite, pourrait donner l’impression de ressortir de ce goût de l’Internet pour les vidéos mignonnes d’animaux. On y voit par exemple, entre mille choses, un chien qui imite les positions de yoga de sa maîtresse...

ou un éléphant surgissant (il semblerait que ce soit une éléphante, mais j’avoue ne pas être capable de le certifier) sur une route d’Asie, et bloquant la circulation pour permettre à son groupe de traverser.

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Sauf que ces vidéos me font penser aux bouleversement qu’ont connu ces dernières décennies les études du comportement animal. Pendant longtemps, les éthologues se sont concentrés sur des comportements animaux qu’ils voyaient se répéter, laissant de côté ce qu’on appelle l’anecdote, c’est-à-dire des comportements exceptionnels, observables rarement ou chez un seul membre d’un groupe animal. Or, depuis quelque temps, les éthologues, parallèlement à la prise en considération de l’animal en tant qu’individu, avec son histoire propre, ses conduites propres, ont appris à donner une importance croissante à ces anecdotes, car elles sont la preuve de cette individualité animale. Et que recensent toutes ces vidéos, que l’on trouve sur ce compte et ailleurs dans les réseaux ? Elles recensent des anecdotes, et les diffusent massivement dans un Internet qui en est friand. Elles participent donc à la reconnaissance d’un acquis scientifique, sous les airs d’une mignonnerie.

Bien sûr, c’est intéressant, ça aide peut-être à un rapport plus intelligent aux animaux, mais ça ne dessine pas pour autant l’émergence d’un Internet inter-espèces, d’un point de vue technique.

Mais il y a autre chose. J’ai découvert la vitalité d’une discipline que j’ignorais : l’interaction animal-ordinateur. Eh oui, de même qu’il y a un champ universitaire qui s’appelle l’interaction homme-machine, il y a un champ universitaire qui s’appelle interaction animal-ordinateur, et d’ailleurs, ses représentants sont invités à se retrouver lors d’un colloque international qui se déroule les 15 et 16 novembre en Angleterre, le troisième du genre. Qu’est-ce qu’on y verra ? Des chercheurs qui réfléchissent à des machines qui puissent être utilisées par les animaux et donc, à la fois nous en apprendre plus sur eux, mais aussi les faire participer à notre monde. On y parlera donc des maisons intelligentes pour chiens, de jouets interactifs pour éléphants (Université de Londres), de jeux pour chats et humains (développés par l’université de Malmö), et de mille autres choses…. Peut-être peut-on voir là les premiers pas d'un Internet inter-espèces...

Bon, je ne dis pas que ça sauvera les espèces, ni même que cela permettra d’aider à la résolution de la catastrophe écologique en cours. Mais quand même, je trouve ça tout à fait passionnant et joyeux. Et donc, je m’engage à ne plus moquer de l’Internet inter-espèces, même quand ses promoteurs disent que construire un internet inter-espèce, c’est le premier de la construction d’un Internet qui nous permettra de communiquer avec les aliens.

Chroniques
8H45
5 min
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Le Journal de la culture : Vendredi 28 octobre 2016
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