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Des jeunes

Les jeunes, ces pauvres nases !

4 min
À retrouver dans l'émission

Une vidéo est en train de faire du bruit dans les réseaux sociaux : le portrait au vitriol de la génération des "Millenials".

Des jeunes
Des jeunes Crédits : Sigrid Olsson / AltoPress / PhotoAlto - AFP

Il s’agit d’une vidéo qui dure 15 minutes, extrait d’une émission du nom d’Inside Quest qui se donne pour mission de donner à entendre les penseurs d’aujourd’hui. Le penseur, en l’occurrence, est un homme du nom de Simon Sinek, un britannique d’une quarantaine d’années, conférencier de profession, passé par la communication et auteur d’un best seller au titre évocateur de (je traduis) “Commencez par vous demander pourquoi : comment les grands leaders invitent à l’action.” L’extrait dont je vous parle ce matin a été vu des dizaines de millions de fois depuis sa mise en ligne en octobre. Qu’est-ce que raconte Simon Sinek ? Il fait le portrait d’une génération, celle qu’on appelle les Millenials, c’est-à-dire, née vers 1994 et après, ce qu’on appelle donc, des “jeunes”.

Sinek explique pourquoi ces jeunes connaissent une entrée difficile dans le monde du travail, pourquoi ils sont difficiles à “manager”, pourquoi ils sont toujours insatisfaits. Sinek voit trois causes à cela : l’éducation qu’ils ont reçue de leur parent, le milieu entrepreneurial et, je vous le donne en mille : la technologie. Je passe sur les parents (Sinek leur taille un costard) pour en arriver à la technologie. Que lui reproche Sinek ? Les jeunes ont grandi dans le monde de Facebook et d’Instagram, explique Sinek, où ils peuvent mettre des filtres sur tout, où ils peuvent faire croire qu’ils ont une vie géniale même si rien ne va, où ils peuvent faire croire qu’ils surmontent tout. Et le jour où ils entrent dans le monde du travail, qu’ils se heurtent à la réalité, ils s’aperçoivent qu’ils sont faillibles et perdent confiance. Mais il y a pire, poursuit Sinek, les jeunes ont avec leur téléphone et les réseaux un rapport addictif. Mais vraiment addictif. Toutes les études scientifiques le disent, précise-t-il, chaque fois qu’on reçoit un texto, qu’un de nos contenus est liké, on reçoit un shoot de dopamine.La dopamine, c’est que secrète notre cerveau quand nous buvons de l’alcool ou fumons une cigarette. C’est pourquoi les jeunes passent leur temps à regarder leur téléphone. Ils sont drogués à la dopamine que leur fournit leur téléphone. C’est très dangereux de laisser faire cela dit Sinek, comme si on poussait les jeunes à l’alcoolisme. D’autant que ces petits shoots les rendent incapables de s’engager dans de relations amicales profondes, ils ne construisent que des relations sociales superficielles et quand ils sont dans un moment de stress, ils ne se tournent plus vers leurs amis, mais vers leurs outils numériques pour un soulagement éphémère (comme l’alcoolique et sa bouteille).

Et puis les nouvelles technologies accroissent l’impatience : quand ils veulent quelque chose, ils vont sur Amazon et l’ont le lendemain, pareil pour un film ou un rendez-vous amoureux. Ils ne savent plus attendre, ni apprendre, ils n’ont pas les aptitudes nécessaires aux relations sociales profondes et à la vie professionnelle. Conclusion : dans les pires des cas, on observe l’augmentation du taux de suicide, de la consommation de drogue et de la dépression. Dans le meilleur des cas, on s’expose à une génération que ne ressent pas de vraie joie, qui ne s’accomplit pas dans son travail, qui se désole de ne pas “atteindre tout de suite le sommet de la montagne parce qu’elle refuse le long chemin qui y mène”(l’image n’est pas de moi). Alors, pour être tout à fait juste, il faut ajouter que Sinek dédouane les jeunes pour accuser leur parent, et surtout le monde de l’entreprise qui - obnubilé par les résultats de court terme - ne fait rien pour les aider et reporte la faute sur eux.

Pourquoi une telle charge circule-t-elle autant ? D’abord Simon Sinek parle bien, il est drôle et a le sens de la formule. Ensuite, il ne dit pas que des choses fausses, mais il est formidablement simpliste (je pourrais vous expliquer en détail pourquoi, si mon temps de parole n'était pas scandaleusement limité pour des raisons que je ne m'explique toujours pas). Sur la notion d’addiction par exemple, il est contredit par d’autres travaux, comme ceux de l’ethnographe danah boyd, qui explique bien que les jeunes ne sont pas accros à leurs outils, mais à ce qu’ils leur permettent, c’est-à-dire communiquer avec leurs pairs, dans un moment de leur vie où le rapport aux pairs est essentiel. Même absorbés par leur téléphone, ils socialisent, ce qui les distinguent très nettement des alcooliques, des drogués, ou même des joueurs. Quant à l’argument de la dopamine, il ne semble pas faux, mais il faudrait ajouter que la dopamine joue un rôle dans toutes sortes de comportements : l’alimentation, par exemple, ou encore l’écoute de musique ; et que la dopamine ne joue pas le même rôle dans toutes les addictions. Bref, c’est beaucoup plus compliqué que ça… Enfin, cette vidéo marche parce que la création de catégories générationnelles simples, ça marche toujours. Surtout quand ça concerne les jeunes : notre génération, la génération dite “X”, en sait quelque chose (jeunes, nous étions nuls et sacrifiés, heureusement, comme l’expliquaient Les Echos avant hier, la génération suivante est pire. C’est notre moment !!!). Quant au fait que cette vidéo connaissance un grand succès grâce aux mécanismes dont elle dénonce les effets - les réseaux sociaux etc.- ça ne semble gêner personne. C’est vrai qu’on n’est plus à une contradiction près.

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8H45
5 min

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Le Journal de la culture : Jeudi 5 janvier 2017
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