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Automate médiéval

Les robots du Moyen Age et la gauche d'aujourd'hui

5 min
À retrouver dans l'émission

Comment un post de blog sur les robots médiévaux donne une piste de réflexion à la gauche.

Automate médiéval
Automate médiéval

Il y a quelques jours, un aimable internaute m’a orienté vers le blog tout à fait passionnant de 4 doctorants en Histoire de La Sorbonne qui travaillent, pour le dire très vite, sur le Moyen Age. Mais le blog s’intitule “Actuel Moyen Age”, c’est bien parce que ce qui les intéressent, c’est la manière dont le Moyen Age résonne aujourd’hui. Et le 1er novembre, dernier, l’un des auteurs, Florian Besson publiait un post très instructif sur les “Robots médiévaux”, traduction littéral d’un livre d’une historienne du nom de Ellen Truitt, qui enseigne en Pennsylvanie.

Ce post est passionnant déjà parce qu’il nous apprend la fascination du Moyen-Age pour les automates (je fais juste une parenthèse pour préciser que le mot “robot” est un mot récent, il date du tout début des années 20 et provient d’une pièce de théâtre écrite par un dramaturge tchèque, Karel Capek, et qu’en tchèque “robot” signifie “travail, besogne, corvée”, ce qui dit bien ce qu’on attend du robot…) Fin de la parenthèse, revenons à ces robots médiévaux qui n’étaient alors que des automates. Ainsi sont-ils nombreux dans la littérature médiévale. J’ai par exemple découvert qu’un récit du XVème siècle raconte l’histoire du philosophe Albert Le Grand qui aurait construit une tête mécanique capable de répondre à toutes les questions et que son élève Thomas, le futur Thomas d’Aquin, détruit cette tête à coup de marteau. Où l’on trouve déjà une crainte pour ce qui imite le vivant - crainte religieuse qui perdure aujourd’hui sous une forme plus laïque dans la répulsion occidentale pour les robots androïdes. Où l’on apprend aussi que les automates sont souvent associés à l’Orient beaucoup plus avancé techniquement que nos contrées occidentales.

Mais plus intéressant encore, ces automates apparaissent au milieu du 14ème siècle à une période de progrès techniques permise par, je cite : “Une meilleure compréhension des rouages, des techniques de contre-poids, des mécanismes d’échappement”. Pendant qu’à la Cour, cette évolution technique donne les automates, ailleurs, dans le reste de la société médiévale, il se passe autre chose : le développement de moulins à vent, par exemple, mais surtout l’horlogerie. Le développement de l’horlogerie change le monde occidental en profondeur (les horaires, le retard, l’emploi du temps). Sans en conclure pour autant qu’on y a beaucoup gagné Florian Besson avance : “Les évolutions les plus profondes et les plus durables ne viennent pas des automates de cour, qui bougent et parlent, mais des petits mécanismes invisibles qui font tourner les moulins et tictaquer les horloges.” Et sa conclusion est la suivant : ce ne seront pas les robots humanoïdes tant utilisés par la science-fiction qui changeront le monde mais “Aspirateurs automatiques, systèmes de gestion domotique, drones : ce sont ces robots-là qui auront un impact économique, modifieront les rapports sociaux, pousseront à proposer de nouvelles philosophies du pouvoir. Ils nous forceront, comme l’ont fait les moulins et les horloges pour les hommes du Moyen ge, à repenser les rapports entre vivant et machine, technique et nature, réel et artificiel.”

Bon, c’est une conclusion audacieuse qui me rappelle ce que m’a répondu un des penseurs du numérique à qui je demandais si l’on pouvait selon lui, parler de “révolution numérique”. Il m’a répondu qu’on ne pouvait sans doute parler de “révolution” au sens de la Révolution Française, au sens d’un renversement rapide de rapports politiques et sociaux, mais qu’il était peut-être juste de comparer ce qui nous arrivait aujourd’hui aux changements sociaux et politiques entraînés par une autre technologie - chimique celle-ci - la pilule contraceptive (qui a joué un rôle infra, mais essentiel, dans l’émancipation des femmes).

Quelles leçons en tirer pour ce dont on parle ce matin ? Juste avant le journal de 8h, la sociologue du travail Dominique Meda, de l’importance pour la gauche d’aller voir cette “France Invisible” qu’avaient essayé de raconter les auteurs de le livre du même nom. On ne peut qu’être d’accord, mais ne faut-il pas aussi comprendre ces processus invisibles qui sont à l’oeuvre du fait des technologies ? A la fois pour leur potentiel émancipateur (parce qu’il y a des processus démocratiques à l’oeuvre dans les réseaux, en terme d’échange, de collaboration, que la gauche française ne voit pas du tout), mais aussi pour leur potentiel aliénant. Ainsi, par exemple, pour prendre un sujet qui est cher à Dominique Meda et qui nous ramène aux robots. Si le fait de voir dans bien des métiers des robots remplacer des hommes est une crainte à envisager, le plus important me semble se passer ailleurs, dans la manière dont la rationalisation du travail permise par l’informatique instaure dans bien des métiers des processus de morcellement, de surveillance… Ces processus presque invisibles, ce sont les mécanismes d’horlogerie d’aujourd’hui, on ne les voit pas à la cour, mais ils pénètrent les chairs et les esprits, et ne font l’objet de presque d’aucun discours politique. Un chantier de plus pour la gauche.

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