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Exercice d'évacuation d'urgence à l'aéroport de Berlin

Les smartphones qui s'embrasent dans les avions : une parabole contemporaine

3 min
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Les batteries en lithium de nos outils numériques commencent à inquiéter les autorités aériennes. Mais sommes-nous prêts à nous en passer ?

Exercice d'évacuation d'urgence à l'aéroport de Berlin
Exercice d'évacuation d'urgence à l'aéroport de Berlin Crédits : PATRICK PLEUL / DPA - AFP

Celles et ceux qui craignent de prendre l’avion peuvent ajouter une cause d’angoisses à la longue liste de celles qui rendent un vol insupportable : l’embrasement des outils numériques.

On a beaucoup parlé du Samsung Galaxy Note 7, prompt à prendre feu - et il a déjà été banni par plusieurs compagnies australiennes ainsi que par la Lufthansa - mais le risque ne se limite pas à à ce pauvre Galaxy, il est beaucoup plus large.

En janvier dernier, alors qu’un vol reliant Minneapolis à Atlanta arrivait à destination, le personnel de bord a remarqué qu’un bagage contenant deux ordinateurs portables était en train de se consumer. Quelques passagers ont dû emprunter les sorties de secours pour échapper aux fumées toxiques.

Le problème, ce sont les batteries de lithium, qui sont volatiles, donc, dans certaines circonstances, susceptibles de prendre feu. Les suspectant d’avoir été des facteurs aggravant dans 3 incendies qui ont touché des avions, en 2006, 2010 et 2011, la Federal Aviation Administration s’inquiète des risques provoqués par leur prolifération dans nos outils. Car elles sont aujourd’hui partout, dans nos téléphones, nos tablettes, nos ordinateurs. Elles sont partout parce que nous aimons follement ce qu’elles permettent : beaucoup d’énergie stockée dans un petit espace, ce mélange de puissance et de légèreté qui est l’équation fondamentale de la technologie contemporaine. Pour l’instant, les cas répertoriés sont très peu nombreux par rapport au nombre de passagers qui parcourt le ciel chaque jour, mais il semblerait que quand on interroge les personnels naviguant, ils racontent beaucoup plus d’histoires étranges. Bref, il est temps pour les autorités aériennes de s’en inquiéter.

Mais que faire ?

L’évidence voudrait que les compagnies prennent des mesures de restrictions dans le transport et l’usage en vol de ces outils. Mais de telles mesures se heurteraient autant à des questions légales compliquées qu’aux réactions des passagers qui considèrent désormais comme leur droit, voire comme une nécessité, de pouvoir user le plus possible de ces objets partout et tout le temps. C’est cette pression des passagers qui a fait que depuis 2013, l’usage des téléphones, tablettes et autres a été étendue à la quasi totalité du vol.

L’autre moyen, ce serait de jouer sur les standards. Mais là, il y a une controverse entre experts. Certains considèrent que les standards d’aujourd’hui suffisent, tous les matériaux utilisés dans les avions étant fabriqués pour empêcher la propagation du feu. Donc, on risque peut-être qu’un passager soit brûlé, qu’il y ait de la fumée, mais il leur semble impossible que cela provoque un incendie majeur.

D’autres sont plus inquiets. Vu le temps que met un ordinateur portable à se consumer et la toxicité des fumées, ce n’est quand même pas génial dans un avion. D’où la conclusion blasée d’un spécialiste de la sécurité incendie dans les avions cité par le New York Times : “en général, on ne réagit qu’après un accident grave”.

Mais cette histoire ne serait pas aussi belle si on ignorait un dernier élément. Figurez-vous que les passagers de classe affaire sont plus susceptibles de déclencher ces feux que les passagers de la classe économique. Pourquoi ? A cause des sièges, de ces sièges spacieux et confortables qu’en classe affaires, on peut incliner pour dormir pendant que la piétaille se cogne les genoux et se tord le cou. Parce que le téléphone glisse, et quand le passage opulent incline son siège, il le broie sans même s’en apercevoir, endommage la batterie, et risque de provoquer son embrasement. En mai et juin dernier, la même compagnie australienne a dû faire face deux fois à ce type d’accident.

D’où deux questions posées par cette magnifique parabole de notre modernité : quel risque sommes-nous prêts à prendre - et à faire prendre aux autres - pour jouir de notre liberté numérique ? et sommes prêts à accepter de mourir asphyxiés à 10 000 mètres d’altitude pour que les plus privilégiés d’entre nous puissent étendre leurs jambes ?

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