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Couverture du livre d'Yves Eudes

Les souterrains de l'économie numérique

6 min
À retrouver dans l'émission

La Netéconomie a son versant sombre (et drolatique). Yves Eudes les raconte dans son livre.

Couverture du livre d'Yves Eudes
Couverture du livre d'Yves Eudes

Il y a l’économie de l’innovation, qu’on commence à connaître. Mais elle a un versant moins connu, plus souterrain. Versant que décrit le journaliste du Monde Yves Eudes dans un livre récemment paru à La Découverte et opportunément titré “Real life, dans l’univers enchanté de la netéconomie”. Un livre grinçant qui raconte de manière à peine fictionnalisée un monde qui est aussi notre monde.

Dans ce monde, il y a des métiers. Un parmi d’autres, celui qu’Yves Eudes appelle “fabricant de buzz”. Le métier du “fabricant de buzz”, c’est le traficotage des réputations numériques. Par exemple, une chaîne d’hôtel bas de gamme en a marre de voir de très mauvais commentaires sur les sites de voyages où ses hôtels sont répertoriés. Elle fait appelle à une entreprise de marketing en ligne qui va engager le fabricant de buzz qui, lui, est indépendant, payé au résultat. Ce qu’il va faire ? Ecrire des commentaires à la chaîne, sur toutes les plateformes possible, en se faisant passer pour un touriste. “Il y avait des méduses sur la plage de l’hôtel ? Ah bon ? Moi je suis venu une semaine plus tard, il n’y avait rien, et personne m’en a parlé, la plage était impeccable.” “Comment @crocodile33 peut dire que la cuisine était infecte ? Je me suis régalé pendant une semaine de poissons frais…” C’est pas facile comme métier, il ne faut pas se faire repérer, il faut inventer des profils crédibles de touristes (et variés), être inventif, dire des choses plausibles. Parfois, le métier du fabricant de buzz est plus sombre. Comme quand il s’agit de ternir la réputation numérique d’un restaurant qui fait de l’ombre à un autre. Avec l’importance croissante des plateformes, des commentaires et des moteurs de recherche dans nos choix de tous les jours, le métier de “fabricant de buzz” est un métier d’avenir.

Dans ce monde, il y a des marchés. Et par exemple, le marché de la vidéo amateur. Vous le savez, chaque jour, des heures et des heures de vidéos sont mises en ligne par les internautes, vidéos mignonnes, vidéos bizarres ou du quotidien. Eh bien on peut faire de l’argent avec ça. Pour ça il faut avoir un petit outil pour parcourir les plateformes de vidéos et trier de la masse. Trouver la vidéo qui peut marcher. Contacter l’auteur pour lui proposer un marché. Retitrer la vidéo. L’inscrire à la régie pub de Youtube (qui va mettre des pubs avant votre vidéo et vous rétribuer en fonction des vues). Après, on peut aussi la vendre : par exemple à un site d’info-tainement, qui va enrober ça dans un pseudo article ("Hillarant, une mariée tombe dans la piscine")... ou alors la vendre à une marque qui va l’utiliser comme support (parce que si l’ado qui s’est filmée porte un pull en train de faire des grimaces très drôle dans le miroir de sa salle bain porte un tee-shirt avec le logo de votre marque, ça vaut tous les mannequins qu’il vous coûtera des fortunes d’aller photographier au Bahamas); il paraît que les assureurs aussi aiment les vidéos d’amateurs pleurant les effets d’une catastrophe….

Dans ce monde, il y a un domaine particulièrement inventif : la publicité en ligne. La publicité et ses concepts renouvelés : le “native advertising” (ou “publicité native” : il s’agit de fabriquer un contenu qui a l’air d’une information, alors que c’est une publicité, et payer un média, le plus sérieux possible, pour qu’il la place au milieu des ses articles, une version renouvelée du publi-reportage) ou le “embedded advertising” (version renouvelée du “placement de produit” que l’on connaît bien au cinéma - le héros allume son ordinateur et… pendant deux secondes on voit en gros la pomme d’Apple - sauf que là vous glissez discrètement un lien dans un article).

Evidemment, il s’agit d’un portrait un peu noir - ou “jaune” comme on le dit d’un rire jaune - d’une économie qui, par bien des aspects, ne fait que reproduire les travers de l’économie classique, mais dans une version plus technique et plus sauvage (parce que la loi peine à s’adapter aux évolutions techniques). Mais à chaque fois qu’on entend innovation, il faut entendre cela aussi, parce que ce monde se nourrit d'une admiration ignorante de tout ce qui revête les atours de la nouveauté.

Chroniques
8H45
5 min
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Le Journal de la culture : Mercredi 1 février 2017
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