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"Wei ord die" de Simon Buisson

Les technologies interdisent-elles le crime parfait ?

5 min
À retrouver dans l'émission

Pour ceux qui se poseraient la question...

"Wei ord die" de Simon Buisson
"Wei ord die" de Simon Buisson

En s’améliorant et en entrant dans l’intimité de nos vies, les technologies ont mécaniquement augmenté l’arsenal à disposition à la fois de la criminalité, et de la criminologie. Et je ne parle même pas de la cybercriminalité à proprement parler (avec ses hackings, ses casses bancaires numériques, ses extorsions de fond et chantages par les réseaux ou encore la possibilité de commander des objets à distance). Et je trouve frappant qu’en cette matière comme en d’autres, le non moindre de ces changements soit la possibilité de documenter soi-même son acte, voire de le populariser, à très grande échelle. C’est ce qu’avait réussi Luka Magnotta, le “dépeceur de Montréal”, un des premiers “tueurs internet” qui avait mis en ligne la vidéo du martyr infligé au cadavre de sa victime (Internet avait joué un rôle essentiel dans cette affaire, et a continué après la condamnation de Magnotta, quand on a découvert il y a deux ans qu’il s’était inscrit sur un site de rencontres pour prisonnier). Plus récemment - avec les applications de livestreaming - c’est même la possibilité de diffuser en direct son acte qui a été ouvert. Il y a eu quelques crimes filmés et diffusés en direct sur Facebook Live.

Alors, est-ce que tout cela offre de nouvelles matrices fictionnelles -pas seulement pour des dystopies à la Philip K Dick, mais pour les fictions qui parlent d’aujourd’hui ?

En 2015, Netflix a produit une série du nom de “Scream”, adaptation de la quadrilogie éponyme de Wes Craven, dont le premier volet était sorti dans les salles de cinéma en 1996 (je sais bien qu’est à l’extrême limite du genre policier, mais bon…) Que s’est-il passé entre les “Scream” du cinéma et la série ? Essentiellement la technologie. Dans la série - qui met donc en scène une jeunesse d’aujourd’hui - les téléphones, les chats, les maisons connectées, - ne sont pas des éléments du décor mais autant de possibilités fictionnelles au coeur de l’intrigue, et de la mise en image. Et dans la bonne tradition métadiscursive de Wes Craven, ces possibilités sont au coeur des discussions entre les personnages.

Mais on peut s’emparer plus à fond des possibilités techniques et produire des expériences nouvelles. On peut toujours voir en ligne une web fiction assez extraordinaire produite par le département Nouvelles écritures de France TV. Dans Wei or Die, le réalisateur Simon Buisson raconte un crime commis pendant un week-end d’intégration d’une école de commerce. La police arrive, confisque tous les appareils numériques dont beaucoup ont enregistré des images de ce week-end. Des images mises à disposition du spectateur internautes qui peut revoir toutes les images du week-end - afin d’identifier le criminel évidemment - en passant du téléphone d’unetelle à la caméra d’untel.

Tout ça est très intéressant, mais la question qu’on se pose inévitablement au tréfonds de nos âmes retorses, une question qu’on se pose tous quand la nuit, on se demande comment éliminer notre pire ennemi, cette question c’est : peut-on encore commettre le crime parfait ? Tuer son pire ennemi sans se faire choper. Récemment interrogé par le Sunday Times, Mark Stokes, qui dirige le département numérico-légal de Scotland Yard, explique qu’il va être de plus en plus compliqué de ne pas laisser de trace. Il y avait les traces physiques (ADN etc.), puis celles laissées par nos outils (ah...le fameux bornage des téléphones qui a défait les alibis de bien des criminels), il commence à y avoir tous ces objets qui, dans les maisons, enregistrent. Bref, le crime parfait, qui a toujours été compliqué, est selon Mark Stokes, au bord de devenir impossible. Mais qu’en sera-t-il pour cette catégorie de polars qu’on appelle “who done it ?” (romans dont le but est de trouver l’identité du criminel). Le Sunday Times voit se dessiner deux tendances. Celle des auteurs qui s’emparent des technologies pour les intégrer pleinement dans l’intrigue, et ceux qui, rebutés, préfèrent placer leur intrigue dans un temps où elles n’étaient pas si importantes. D’où la vogue des polars historiques, qui serait une manière de contourner l’obstacle technique. J’avoue beaucoup aimer cette idée que les auteurs de polar soient aussi paresseux que nous…..

Chroniques

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Le Journal de la culture

Le Journal de la culture : Vendredi 17 mars 2017
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