LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.
La photo de profil de Junaid Hussein

L'histoire du hacker devenu cyber-jihadiste

4 min
À retrouver dans l'émission

Prenant acte de l'importance de la cyber-propagande, les forces alliées éliminent un à un les jihadistes spécialistes des réseaux.

La photo de profil de Junaid Hussein
La photo de profil de Junaid Hussein

Le 26 novembre dernier, le New York Times nous apprenait que les Américains et les forces alliées avaient lancé depuis quelques mois une vaste opération de contre-terrorisme visant à cibler tout particulièrement les membres l’Etat islamique les plus actifs sur les réseaux. Ce petit groupe de jihadistes et propagandiste, le FBI l’a nommé “La légion”. C’est manifestement un tournant dans la stratégie militaire des forces coalisées qui dit bien l’importance qu’ont pris les réseaux dans cette guerre. Pendant longtemps, la lutte contre la cyber-propagande est restée la prérogative des forces de l’ordre et du renseignement sur le territoire des pays de la coalition. Il a fallu une succession d’attentats, et de tentatives d’attentats, sur ces mêmes territoires - et les preuves acquises que ces attentats avaient été encouragés, si ce n’est organisés, depuis les territoires contrôlés par l’Etat islamique - pour que le FBI convainque les militaires de faire de ces cyber-jihadistes des cibles privilégiés sur place. Et d’après le NYTimes, les membres de la “Légion” sont en train d’être éliminés les uns après les autres.

Ainsi de Junaid Hussein, tué par un missile à Raqqa, à la fin du mois d’août 2015. Junaid Hussein incarne le jihad moderne. Britannique d’origine pakistanaise, apprenti rapper, il avait commencé sa carrière judiciaire en étant condamné à 6 mois de prison en 2012 pour avoir piraté le compte Gmail de Tony Blair. Junaid était en effet le co-fondateur d’un d’un groupe de hackers du nom de Team Poison, dans lequel il opérait sous le nom de Trick. En 2012, il avait raconté sa trajectoire de hacker à un site spécialisé. Joueur en réseau, il s’est mis au hacking vers 11 ans pour se venger d’un autre joueur. C’est vers 15 ans que son activité est devenue plus politique, après avoir regardé des vidéos d’enfants tués au Cachemire ou en Palestine. Il raconte s’être renseigné sur les réseaux, s’être mis à lire et à collaborer de temps en temps avec les Anonymous. Mais il les trouvait trop pacifistes. Ce qu’il veut c’est aider les peuples opprimés - par des piratages, l’organisation de fuites. Dans cet entretien iI affirme sa foi musulmane, mais pas grand chose de plus, il fanfaronne. Son séjour en prison aurait été capital, dans son passage au jihadisme. On suppose qu’il a quitté l’Angleterre pour la Syrie en 2013. Il semblerait qu’il ait été rejoint fin 2014 par Sally Jones, ex-chanteuse d’un groupe de punk du nom de Chatham, convertie à l’Islam, et avec laquelle il entretenait une relation en ligne. Entretemps, il a gravi les échelons au sein de l’Etat islamique. Il était considéré comme responsable de la divulgation de l’identité de 1 300 militaires et employés du gouvernement américains qu’il invitait les militants de l’Etat islamique a éliminer et aurait été à l’origine du piratage des comptes Twitter et Facebook du Commandement Central américain, au nom des militants du Cybercaliphat, dont il était un des membres les plus éminents, et l’un des formateurs aux techniques de piratage et d’opérations en ligne. Mais manifestement, une grande part de son activité consistait en le recrutement. Des écoutes auraient montré qu’il pilotait à distance quatre jeunes musulmans sur le sol américain, dont un à qui il demandait de décapiter une blogueuse conservatrice, un jeune qui a finalement été abattu par le FBI alors qu’il s’était attaqué à une patrouille de police…. Une nuit de l’été 2015, alors qu’il sortait d’un cybercafé de Raqqa, pour une fois sans son beau-fils qu’il traînait partout avec lui, Junaid Hussein a été repéré par des drones qui survolait la ville et s’est fait abattre d’un tir de missile.

Junaid Hussein n’est pas le seul de ce groupe a avoir été tué ces derniers mois. Un autre britannique, un australien (dont il est possible qu’il n’ait été que blessé), un trinidadien l’ont été depuis. Selon les officiels américains, cette opération contre la dite légion porte ses fruits. Le FBI s’étonnerait même que ses membres ne soient pas remplacés plus vite. Ce qui dirait que ces profils à la Junaid Hussein - à la fois compétents techniquement et hyper-motivés - sont plutôt rares. Ce qui dirait aussi qu’ils sont d’une grande importance stratégique car dans cette guerre, l’humain et la technique s’interpénètrent de manière inédite.

Chroniques
8H45
5 min
Le Journal de la culture
Le Journal de la culture : Mardi 6 décembre 2016
L'équipe
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......