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Jean-Luc Mélanchon à Aubervilliers le 5 février 2017

L'hologramme de Mélenchon : et surgit un fantôme....

4 min
À retrouver dans l'émission

Hier, à Aubervilliers, Jean-Luc Mélenchon est apparu sous la forme d'un hologramme. Et si cela disait quelque chose du mélenchonisme.

Jean-Luc Mélanchon à Aubervilliers le 5 février 2017
Jean-Luc Mélanchon à Aubervilliers le 5 février 2017 Crédits : CITIZENSIDE / Samuel Boivin / Citizenside - AFP

On peut faire plusieurs lectures de ce petit événement de la campagne présidentielle, présenté comme une "première dans l’Histoire". La première lecture consiste à y voir un bon coup de communication. On en a beaucoup parlé de ce meeting avant, il a été largement commenté pendant (trending topic sur Twitter) et décrit après. Manifestement, les présents ont été impressionnés par la performance technique, et les images sont en effet assez frappantes.

Le deuxième lecture relève du symbolique, et là, il y a manifestement conflit d’interprétations. Du côté de l’équipe de Mélenchon, la symbolique est ambitieuse. Sophia Chikirou, directrice de la communication du candidat du Front de gauche la formulait en ces termes : “C’est un outil de com', mais mis au service d’un discours sur le progrès scientifique, très présent dans notre programme. L’hologramme est un symbole pour rappeler que la science nous rassemble». Eric Coquerel, coordinateur politique du Parti de gauche, allait encore plus loin : “Pour nous s’opposer à l’obscurantisme du FN, nous misons sur les Lumières, nous avons confiance dans l’ingéniosité de ce peuple. L’hologramme est une manière de symboliser cela”. Mais tout le monde n’en fait pas cette lecture. Le Parisien rapportait la semaine dernière que certains militants communistes y lisaient autre chose : « Sur la symbolique, ça nous embête un peu. Le culte de la personnalité, ce n'est pas trop notre truc ». De ce point de vue, on peut comprendre leur inquiétude. Déjà que cette campagne peine à faire émerger des gens autour de Jean-Luc Mélenchon - ou même derrière lui - alors s’il est en plus doué d’ubiquité…Il est vrai aussi qu’il y a eu quelques précédents à un usage politique en campagne de cette technique (pas en direct, comme ce fut le cas hier, il est vrai, mais quand même) et on ne peut pas dire que ce soit le doublé gagnant de la démocratie : Erdogan en Turquie, Modi le premier ministre en Inde… Néanmoins, de là à voir dans cette technique le ferment d’un culte de la personnalité, c’est sans doute exagéré.

Car la symbolique la plus frappante est peut-être ailleurs. Cette technique, jusqu’ici, a surtout été utilisée pour faire revenir les morts. Ainsi a-t-on fait apparaître Maryline Monroe, Tupac, ou en ce moment dans le spectacle “Hit Parade” Claude-François, Mike Brant ou Dalida. On peut en rigoler, mais cela dit aussi quelque chose de la symbolique profonde de cette technique. Même dans sa grande modernité, elle a à voir avec le passé, avec la disparition, avec les fantômes.

Ce que confirme une lecture proprement technique de cet événement que fut l’hologramme de Jean-Luc Mélenchon. Car, à proprement parler, il ne s’agissait pas d’un hologramme (qui aurait nécessité une autre technique, une quantité considérable d’énergie, et qui aurait fourni de Jean-Luc Mélenchon une image en 3D qui aurait pu être vue sous tous les angles). Le Jean-Luc Mélenchon présent à Aubervilliers était une image projetée en 2D, une illusion d’optique qui est en fait un processus très ancien, connu sous le nom de “fantôme de Pepper”, un jeu de miroirs qui a été longtemps utilisé au théâtre ou dans les attractions foraines pour donner l’illusion de présence spectrale. Or la première description de ce type d’illusion d’optique remonte encore plus loin, au 16ème siècle et aux écrits d’un personnage très étonnant de la Renaissance italienne, Giambattista Della Porta. Della Porta s’intéressait à beaucoup de choses, mais surtout à ce qui était étrange, à ce qui apparaissait comme inexplicable, magique. Della Porta appartenait à cette époque où l’on pouvait être à la fois fin scientifique et versé dans l’ésotérisme (ce qui valut d’ailleurs des soucis avec l’Inquisition). Pourquoi je vous raconte ça ? Parce que je me demande si la vraie symbolique de ce meeting n’est pas là, dans cette manière si particulière que Jean-Luc Mélenchon a d’habiter le temps. Son exploit était moins d’être en même temps à Lyon et à Aubervilliers, que d’être à la fois parfaitement présent et l’apparition spectrale d’un autre temps. Je me demande si, très profondément, ce n’est pas cela qui séduit et trouble chez lui, cette manière d’être de maintenant et d’avant (dans sa rhétorique, ses références, ses options politiques). Et hier, ce pseudo-hologramme le disait parfaitement : prouesse technique et scientifique consistant à actualiser de vieux procédés décrits par un ésotérique du 16ème siècle, il donnait, sans doute involontairement, une représentation assez intéressante de ce qu’est le mélenchonisme.

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