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Femme avec une guitare. Peinture de Lyubov (Lioubov) Sergeyevna Popova (1889-1924), huile sur toile, 1914.

L'internet chinois, c'est comme un tableau cubiste

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L'Internet chinois, c'est compliqué....

Femme avec une guitare. Peinture de Lyubov (Lioubov) Sergeyevna Popova (1889-1924), huile sur toile, 1914.
Femme avec une guitare. Peinture de Lyubov (Lioubov) Sergeyevna Popova (1889-1924), huile sur toile, 1914. Crédits : Leemage - AFP

Etre face à l’Internet chinois, c’est un peu comme se trouver face à un tableau cubiste. Vous distinguez une forme qui évoque vaguement quelque chose que vous reconnaissez, mais vous n’en êtes pas absolument certain. Troublés par le défi consistant à faire tenir ensemble des points de vue et perspectives parfois contradictoires, vous êtes partagés entre la contemplation de cette forme globale - mais qui est vraiment très bizarre - et une décomposition facette par facette, morceau par morceau. Je vais donc essayer de me faire peintre cubiste.

Globalement, l’Internet chinois a depuis longtemps pris la forme d’un Intranet, c’est-à-dire d’un réseau fermé. Pas complètement fermé, évidemment, mais fermé tout de même : Google, Facebook, Twitter et d’autres grands sites que nous utilisons tout le temps sont bloqués en Chine, et ce sont à leur place des services chinois qui proposent des fonctionnalités quasi-identiques (mais pas identiques, ce serait trop simple). L’internet chinois, ce n’est pas donc pas vraiment Internet. Une des particularités de cet internet chinois est que les autorités tentent de le contrôler par diverses méthodes. L’une d’entre elle est ce qu’on appelle l’”astroturfing”, et qui consiste à faire passer des opérations de propagandes pour des mouvements spontanés. Ainsi les autorités chinoises paient-elles des gens pour inonder les réseaux sociaux chinois de commentaires pro-régimes (on les appelle “l’armée des 50 centimes” parce qu’un commentaire est payé la moitié d’un yuan). L’astroturfing n’est pas une particularité chinoise, mais il y atteint des proportions manifestement inédites (450 millions de commentaires par an sont payés par les autorités, selon les estimations). Bref, dans l’Internet, il est difficile de savoir qui parle et pourquoi.

Les chinois ont une stratégie numérique tout à fait active et qu’ils ont récemment - et pour la première fois - explicitée dans un long texte dont la lecture est tout à fait passionnante. Modèle de langue de bois (on est pour la paix, la coopération bilatéral et multilatéral, pour la liberté d’expression etc.) il pose les principes d’une diplomatie visant principalement à contrer l’influence américaine en ralliant les pays autoritaires (en priorité la Russie et l’Iran) autour d’une gestion de l’Internet mondial qui donnerait plus de place aux gouvernements nationaux - et moins aux entreprises et au usagers comme c’est le cas aujourd’hui dans la gouvernance de l’Internet mondiale. Bref, les Chinois sont, sur les questions numériques, très pro-Onu, puisque ce sont les Etats qui y opèrent et que c’est un lieu où il est toujours possible de mettre en minorité les Américains et les Européens. Par ailleurs, toutes les déclarations chinoises au sujet de la paix dans le cyberespace et la coopération internationale sont un peu mises à mal par le peu que l’on sait du caractère offensif de la Chine en matière de piratage étatique (et notamment la fameuse et mystérieuse unité 61398, basée à Shangaï qui serait le point de départ des attaques chinoises).

Si l’Internet chinois est isolé par certains aspects de l’Internet mondial, il y relié par d’autres aspects, et pas seulement les attaque. Economiquement, les grands groupes numériques chinois investissent massivement à l’étranger (cf. le rachat de studios de cinéma américains par Alibaba, le géant du e-commerce chinois, dont nous a déjà parlé Zoé Sfez). Et puis, la plus grande entreprise de matériaux informatique au monde est Foxconn, entreprise taïwannaise installée notamment dans la ville de Shenzhen, en Chine continentale, employant plus d’un million de personnes et travaillant notamment pour Apple, Microsoft, Amazon, brefs les géants du numérique américain.

Il faudrait encore ajouter que la Chine est le plus grand gisement de terres rares - des métaux qui, contrairement à ce que leur nom indique, ne sont pas rares, mais qui sont absolument nécessaires à la fabrication de nos outils numérique - Aujourd’hui la Chine est en position de quasi monopole pour ces métaux sans lesquels nos ordinateurs n’auraient plus d’écran, on ne pourrait pas voir Internet….

Je pourrais ajouter des facettes pendant des heures. Vous ne comprenez rien ? Moi non plus. Mais vous verrez, c’est comme le cubisme, on va finir par s’habituer, et trouver ça “formidable….”

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