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Le complot pour faire sauter le Parlement, en 1605

Merci François Fillon de rappeler que le complotisme n'est pas l'apanage des internautes

4 min
À retrouver dans l'émission

Récit d'un soulagement.

Le complot pour faire sauter le Parlement, en 1605
Le complot pour faire sauter le Parlement, en 1605 Crédits : Ann Ronan Picture Library / Photo12 - AFP

Depuis quelques semaines avec les sorties régulières de Donald Trump, et plus encore depuis hier soir avec la ligne de défense adoptée par François Fillon, j’avoue être rassuré. Car longtemps, j’ai cru qu’Internet était le moteur du complotisme contemporain. J’avais fini d’être convaincu par la masse des arguments en faveur de cette hypothèse. D’abord, il y aurait le fait qu’Internet s’est constitué - avec raison parfois - comme une alternative aux médias traditionnels, donc contre tout récit consensuel, et avec une appétence pour les explications qui vont à l’encontre de ce récit. Et puis évidemment, Internet permet à quiconque de s’exprimer - sans les barrières traditionnelles que sont les éditeurs, les journalistes, les scientifiques. Mais il y aurait aussi un rapport consubstantiel entre la manière dont fonctionne le web techniquement et le raisonnement complotiste - et je parle sciemment de “raisonnement complotiste” parce que, comme le montrent très bien des gens comme Pierre Lagrange qui ont travaillé sur ces questions, le complot est un raisonnement, lui retirer sa rationnalité propre est le meilleur moyen de ne pas le comprendre. Techniquement, le web repose sur le lien hypertexte, la mise en lien entre des documents. Or l’essence du raisonnement complotiste consiste précisément à faire des lien, à tirer des conclusions de rapprochements. Et puis, il y a des raisons plus triviales, mais tout aussi importantes : le public étant peu captif, les contenus qui se répandent le mieux sont les plus frappants (or le complot est frappant : dire que c’est la CIA qui a organisé les attentats du 11 septembre, ça a de la gueule…), et l’informatique permet de jouer avec les images (nombres de théories complotistes ont usé de Photoshop). Bref, tout convergerait pour faire d’Internet LE terreau du complotisme.

Mais évidemment, le complotisme n’a pas commencé avec Internet. La naissance du complotisme moderne est en général daté des lendemains de la Révolution Française et du livre de l’abbé Barruel, les “Mémoires pour servir l’histoire du jacobinisme”, dans lequel il avance en substance que la Révolution Française est le fruit d’un complot fomenté par les francs-maçons. Et les spécialistes de la question ont même tendance à établir assez directe entre démocratie et complotisme. Quelle nécessité d’imaginer que c’est un petit cercle de gens qui dirigent le monde quand, de fait, il y a en Europe une aristocratie qui est précisément un petit cercle de gens qui dominent le monde ? En revanche, quand on se choisit des représentants, qu’ils ne sont plus de droit divin, mais humains, imaginer qu’ils ne sont pas ce qu’ils sont ou alors que d’autres les manipulent, est une possibilité féconde (je vais vite et fais évidemment des raccourcis, mais j’en tiens pour responsable le temps scandaleusement court qui m’est alloué, et que je ne m’explique pas, si ce n’est par le fait qu’il y a des gens ici qui veulent que je me taise, mais je n’en dirais pas plus…..). Donc, oui, peut-être, le complot a-t-il plus à voir avec la démocratie qu’avec Internet, mais est-ce plus rassurant ? Je veux dire, c’est assez terrible d’imaginer que démocratie et complotisme puissent aller de pair et que toute technologie qui démocratise la parole va mécaniquement se transformer en véhicule des théories complotistes.

J’en étais là, donc, quand la vie politique de ces derniers mois - et de ces dernières semaines en France - a produit un soulagement. Non, manifestement, le complotisme n’est pas seulement l’apanage d’un populace défiante et biberonnée au web. Il y a aussi un complotisme des puissants, des gens qui, au coeur du pouvoir, pensent qu’il y a un autre coeur, plus occulte, plus puissant, dont les agissements ordonne la logique du monde. Ouf. Et Internet n’a rien à voir là-dedans. Re-ouf. Et même, ne pourrait-on pas imaginer qu’Internet puisse servir d’antidote à ce complotisme-là, en propageant les rectifications, en cassant les complotismes du haut ? C’est un peu ce qui s’est passé hier soir quand François Fillon a développé sa défense. Néanmoins, avant d’être certain que nous sommes immunisé, je pense qu’il faut une dernière mesure. En 2014, le Premier Ministre néo-zélandais de l’époque John Key, a dû répondre très officiellement - c’est un règle en Nouvelle-Zélande - à la question d’un concitoyen qui lui demandait d’apporter les preuves qu’il n’était pas un lézard (selon la théorie qui veut que les puissants de ce monde soient, en fait, des reptiles extra-terrestres envoyés sur Terre, sous forme humaine, pour manipuler les humains). Je me demande s’il ne faudrait pas que d’autres, aujourd’hui, en apportent la preuve.

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