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Michel Onfray en 2014

Michel Onfray, mais pourquoi votre compte Twitter était-il si bizarre ?

8 min
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Beaucoup de questions autour du compte Twitter que le philosophe Michel Onfray a fermé en novembre 2015.

Michel Onfray en 2014
Michel Onfray en 2014 Crédits : Philip Conrad / Photo12 - AFP

Je suis ravi de pouvoir vous poser ce matin, Michel Onfray, les questions que je me suis posées pendant tout le temps où vous avez eu un compte Twitter. Je parle au passé car en novembre 2015, vous avez fermé ce compte en donnant vos raisons au Point. Je vous cite : “J'en ai assez que mes tweets soient plus importants que mes livres. J'ai pris la décision de fermer mon compte Twitter. Je veux retourner dans mon bureau. Commenter les commentaires, ça ne m'intéresse pas.” J’avoue avoir conçu à l’époque une forme de soulagement tant votre compte Twitter était un objet étrange. Comme on l’avait recensé alors avec Rémi Noyon, on y trouvait toutes sortes de choses. Des commentaires de l’actualité “Mélanie Laurent a posé nue avec un tourteau pour une campagne contre la surpêche. Elle est donc bien écologiste.” 27 février 2015). On y trouvait des vues sur la politique (“Sarkozy : « Une voix pour le FN c'est une voix pour la gauche » ! Il n'a même pas les deux neurones dont il souhaitait qu'on le crédite.” 5 mai 2015) Vous y aviez vos cibles favorites, par exemple Bernard-Henri Lévy : “BHL dans Le Point : la paix est le principe de l'Islam. Sacré Bernard !” 16 mai 2013. Et au-delà de Bernard-Henri Lévy, des adversaires de plus grande importance : “Avec les nouveaux programmes d'histoire : Islam obligatoire , Lumières facultatives. Michel Houellebecq sourit dans son coin …” 4 mai 2015. Tout ça avec le recours à des formules frappantes, par exemple l’usage de l’analogie du “bas-empire” pour désigner notre contemporain : “Des nouvelles du bas-empire : Choupette, la chatte de Karl Lagerfeld, a empoché près de trois millions d'euros en 2014.”3 avril 2015). La référence au Bas-empire n’étant pas un compliment pour l’époque. Et puis il y avait des blagues “« A 50 ans, Rocco Siffredi a annoncé vouloir se retirer progressivement » (sic).” 18 mars 2015.

D’où les questions que je me pose : un compte Twitter révèle-t-il quelque chose de la personne qui le tient ? Vous qui pensez que les philosophes ont aussi un corps, une vie, des mobiles parfois triviaux, on ne peut que vous retourner la question. En l’occurrence, que penser des ces commentaires de l’actualité un peu à l’emporte-pièce, pas toujours fondés, pensés vite, qui farcissaient ce compte ? Et surtout que penser du fait que vous aviez envie, en twittant, d’offrir ces commentaires au monde ?

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D’où une autre question : avez-vous été piégé par le médium, ce médium si particulier qu’est Twitter qui invite de par ses fonctionnalités techniques non seulement à la brièveté, mais aussi à l’immédiateté, à la polémique, au trait d’esprit ? Avez-vous donc été piégé par le médium ou par vous-mêmes ? Piégé par votre jubilation à constater l’effet immédiat de vos propos ? Par l’excitation du petit combat rhétorique auquel invite Twitter (et, des combats sur Twitter, vous en avez eus) ?

Ce qui amène à une autre question : n’y aurait-il pas eu de Twitter un autre usage possible ? Les fonctionnalités techniques et modes de diffusion ne sont que des contraintes. Elles peuvent être contournées, dépassées, déjouées. Et je me suis donc demandé comment cela se faisait-il qu’un philosophe comme vous avez pu avoir de ce médium un usage aussi premier degré ?

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Au-delà se pose une dernière question, qui me semble centrale. Quelle place pour cette production dans une oeuvre ? Je veux dire par là : certains de ces tweets ont aujourd’hui disparu, mais vous savez que l’informatique n’oublie jamais rien. Ces tweets sont quelque part. Que faudra-t-il en faire le jour où l’on se penchera, depuis la postérité, sur votre travail ? Faudra-t-il en faire l’édition comme on l’a fait des fragments de Lichtenberg ? Pas sûr ? Faudra-t-il considérer ces tweets comme des bribes de conversation sans intérêt et les oublier ? Ce serait ne pas rendre grâce au fait qu’ils ont été écrits d’emblée pour être lus, ce serait presque malhonnête de les oublier.

Je pense que ces questions ne sont pas des fausses questions. Y répondre, c’est statuer sur la nature-même de ce que nous écrivons dans les réseaux sociaux. J’en appelle donc à votre expérience et votre réflexion, Michel Onfray, pour m’aider à y répondre.

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