LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.
Travis Kalanick, à Munich, en 2015

Peut-on être content quand quelqu'un se fait virer ?

4 min
À retrouver dans l'émission

Travis Kalancik, co-fondateur de Uber, qui a démissionné hier.

Travis Kalanick, à Munich, en 2015
Travis Kalanick, à Munich, en 2015 Crédits : TOBIAS HASE / DPA - AFP

François Bayrou n’est pas le seul à s’être fait viré hier - enfin… à avoir démissionné pour le bien d’une raison supérieure. Pareille mésaventure est arrivée à Travis Kalanick, le co-fondateur de la plateforme de VTC Uber. L’occasion de vous dresser le portrait d’un prototype assez parfait de gros connard, comme la Silicon Valley sait en produire avec une régularité admirable.

Travis Kalanick est né en 1976 à Los Angeles et a grandi en Californie. Son père était ingénieur et lui-même est allé étudier l’informatique à l’Université de Californie, à Los Angeles, dont il est sorti en 1998 sans diplôme. Très vite, il a cherché la martingale start-upienne en créant un moteur de recherche multimédia, puis une plateforme d’échange en pair à pair (c’était le début des années 2000, tout le monde voulait être Napster et s’enrichir dans le far west de la propriété intellectuelle). Bien que devant fermer sa société pour éviter un procès, il en crée une autre 4 mois plus tard, qui développe un logiciel dédié lui-aussi à ‘échange de fichiers en pair-à-pair. En 2007, après force passe-passe comptables aux limites de la légalité pour maintenir son entreprise à flot, il réussit à vendre sa technologie pour 19 millions de dollars. Il devient donc millionnaire à 30 ans et ses vieux amis notent le changement : “il est devenu acharné dans la poursuite de ses objectifs, au détriment de ceux qui l'avaient soutenu en chemin, tout au récit embelli qu’il faisait de lui-même, un prévaricateur en série.” Et deux ans plus tard, Kalanick fonde Uber, avec Garret Camp, qui en a l’idée.

Comme le racontait le New York Times dans un long portrait qu’il lui consacrait en avril, “pour imposer Uber comme le champion du transport individuel, Travis Kalanick a ouvertement méprisé bien des lois, ne reculant que quand il se faisait prendre ou qu’il était acculé. ll a enfreint les règles du transport et de la sécurité (..) et, dans le seul but de s’assurer un avantage commercial, a capitalisé sur les failles légales et les zones grises.” Sorte de bandit du capitalisme contemporain, Travis Kalanick réussit à bâtir en quelques années une entreprise présente dans 70 pays et estimée aujourd’hui à 70 milliards de dollars. Mais pour ça, Travis Kalanick a fait montre dans sa lutte contre les taxis d’un mépris total (du “Taxi”, comme s’il s’agissait d’une sous-espèce, il dit : “Personne n’aime le Taxi, il n’a pas bon caractère, mais il est tellement inséré dans la machine politique que beaucoup lui doivent des faveurs”. Pour faire grandir Uber, il a imposé à ses employés une culture d’entreprise faite violences verbales, de machisme et de harcèlement sexuel et il a proposé aux chauffeurs des conditions de travail faites d’augmentation unilatérale des commissions, d’usage des sciences cognitives pour augmenter les rendements et de flicage systématique. Il a créé des outils de lobbying numérique pour assaillir de mails les mairies qui résistaient à Uber. Il a aidé à la création des logiciels permettant d’espionner ses concurrents (Lyft en particulier). Il a payé de faux passagers pour convaincre les chauffeurs de ses concurrents de rejoindre Uber. Il a essayé de faire la nique à Apple en faisant en sorte de continuer à recevoir des données provenant de téléphones dont les propriétaires avaient supprimé l’application. Il a créé un logiciel qui permettait, dans les villes où Uber était interdit, d’alerter les chauffeurs sur la présence des forces de l’ordre.

Pour afficher ce contenu Youtube, vous devez accepter les cookies Publicité.

Ces cookies permettent à nos partenaires de vous proposer des publicités et des contenus personnalisés en fonction de votre navigation, de votre profil et de vos centres d'intérêt.
Gérer mes choix

Dans l’entreprise, il était craint pour faire les cent pas autour des bureaux. Parmi ses rares amis, on compte le conseiller économique de Donald Trump, Gary Cohn. Mais ceux qui le connaissent depuis longtemps le disent : il est plus à l’aise avec les chiffres et les données qu’avec les gens. Et en février dernier, une vidéo où il insultait un de ses conducteurs n’a pas fait de bien à son image. Il s’en est excusé - c’était la première fois qu’il s’excusait de quelque chose - et a pris un chauffeur particulier. En même temps, c’est aussi ce trait de caractère (et des investissements délirants pour pénétrer le marché chinois et indien) qui a poussé Uber dans une crise inédite depuis sa création en 2009, et donc incité ses investisseurs à le pousser dehors.

Alors, évidemment, on réprime difficilement une sorte de satisfaction à voir ce type viré de l’entreprise qu’il a créée. Même si on sait que ceux qui l’ont mis dehors - parmi lesquels on compte Goldman Sachs - sont sans doute guère plus recommandables. C’est vrai que tant que les affaires n’étaient pas menacées, ils ne trouvaient rien à redire à la violence de Kalanick. C’est quand il se mis à craindre pour leur argent, qu’ils ont trouvé moyennes les méthode de Kalanick. C’est devenu inutile, que Kalanick a été viré.

Comme quoi, il n’y a pas qu’à l’Elysée qu’on sait trouver des raisons de morales à des décisions politiques. Vive la Start-up Nation ! Vive la France !

Chroniques
8H45
5 min
Le Journal de la culture
Le Journal de la culture : Jeudi 22 juin 2017
L'équipe
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......