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Vladimir Poutine répond aux internautes en 2006

Peut-on évaluer l'autoritarisme d'un gouvernement à sa politique numérique ? L'exemple russe

4 min
À retrouver dans l'émission

La politique numérique russe est significative à bien des égards.

Vladimir Poutine répond aux internautes en 2006
Vladimir Poutine répond aux internautes en 2006 Crédits : DMITRY ASTAKHOV / POOL / AFP - AFP

Peut-on évaluer le niveau d’autoritarisme d’un pays à l’aune de sa politique numérique ?

C’est en effet une question que l’on peut se poser quand on entre dans le détail de la politique menée par Vladimir Poutine en matière numérique depuis son retour au Kremlin depuis 2012, et à laquelle nous invite le chercheur de l’IFRI Julien Nocetti dans un très intéressant papier qu’il a publié à la fin du mois d’août dans INA Global.

Quand on s’intéresse à la politique numérique, on commence en général par la liberté d’expression en ligne, et le bilan de Poutine est significatif. Depuis le conflit avec l’Ukraine, le gouvernement russe a manifesté une nette volonté de reprise en main de son image dans les réseaux sociaux. Ainsi Twitter a mentionné dans son rapport annuel que les demandes de suppression de comptes par le gouvernement russe avaient été multiplié par 25 entre le premier et le second semestre 2015 ; dans le même genre, un usager du réseau social Vkontakte (le Facebook russe) a été arrêté de manière musclée par les autorités russes pour avoir posté des commentaires dits “extrémistes” sur le site (autrement dit hostiles au gouvernement), le tout étant filmé et la vidéo complaisamment diffusée, dans une logique assez claire d’intimidation. VKontact, sur lequel le Kremlin a repris indirectement la main, grâce à de savants mouvements capitalistiques qui ont donné le pouvoir à des oligarques proches de Poutine. Par ailleurs, des sites d’information ou des web tv ont subi des pressions, voire des changements de direction opportuns.

Ceci se double d’une activité législative intense qui vise depuis 2012 à contrôler les usagers. Une loi de mai 2012 a créé un registre des sites interdits qui sous couvert de protéger la jeunesse contre la pédopornographie, le suicide et les drogues établit un contrôle gouvernemental sur les contenus. Et d’ailleurs, en février 2014, des amendements ont été votés pour étendre le blocage des sites à tout contenu incitant à la révolte ou au terrorisme, et sont régulièrement utilisés pour demander le retrait de contenus à des Facebook, Twitter ou Youtube. Par ailleurs, les députés russes tentent de restreindre par la loi l’usage de réseaux qui permettent de circuler anonymement sur Internet, à commencer par TOR, - réseaux dont les Russes sont de plus en plus friands pour toutes les raisons sus-citées - mais en la matière, la loi ne suffit pas.

Tout cela pourrait suffire à qualifier d’autoritaire la politique numérique du gouvernement russe, oui mais voilà, une politique numérique à d’autres versants auxquels on est en général moins attentifs.

Par exemple, il faut aussi relever le caractère éminemment souverainiste de la politique numérique russe. Ainsi, prétextant des révélations de Snowden (que les Russes accueillent sur leur territoire, il ne faut pas l’oublier) et de la surveillance massive menée par les Américains, des parlementaires russes ont suggéré que toutes les données privées des russes soient hébergées par des serveurs en Russie. La Russie n’est pas le seul pays à y avoir pensé, mais à Moscou, une loi a été promulguée en 2014, visant non seulement à limiter le stockage des données russes à l’étranger, mais aussi à l’assortir d’une facilité de surveillance par l’agence fédérale de surveillance des réseaux, ce qui équivaut à légaliser un contrôle étatique des données numériques russes.

Le souverainisme russe se manifeste aussi dans la diplomatie numérique. Par exemple, dans la grande discussion qui a lieu autour de la gouvernance mondiale de l’Internet, la Russie - avec d’autres pays comme la Chine ou l’Iran -, défend une vision d’une sorte d’ONU de l’internet, où tout serait négocié entre Etats, sans présence des acteurs civiles et privés comme c’est le cas aujourd’hui, un Internet balkanisé, où chacun serait maître chez soi, jusque dans les structures les plus profondes de l’Internet.

A tout cela - qui commence à faire beaucoup - il faudrait ajouter une politique offensive en termes de piratage. A la surveillance massive mise en place par les Etats-Unis, la Russie répond manifestement (je dis manifestement parce qu’en matière de piratage informatique, il est toujours difficile d’être certain), par une stratégie plus ponctuelle, elle est soupçonnée par exemple d’être derrière la fuite de 22 000 mails volés sur les serveurs de Parti démocrate américain en pleine campagne. Le gouvernement russe nie, évidemment.

Bref, il est intéressant de noter à quel point la politique numérique russe est un décalque de la politique générale du Kremlin, avec un mélange entre la franchise autoritaire du grand empire et les sales coups du pays dominés, qui la rend si particulière.

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