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M. Robot

Pourquoi est-ce une série qui tue le hacker hollywoodien ?

4 min
À retrouver dans l'émission

M. Robot change la représentation du hacker. C'est la thèse de Cory Doctorow

M. Robot
M. Robot

Depuis bien longtemps, la représentation des hackers au cinéma est un motif de rigolade, voire d’affliction. L’image de l’asocial au cheveu gras, qui, derrière son écran, aligne d’un air sombre du code incompréhensible, et réussit en deux temps trois mouvements à prendre le contrôle de l’arsenal nucléaire d’un pays, fait bien marrer le moindre informaticien (et a fortiori le hacker super socialisé et tout propre, car il y en a). Or c’est peut-être en train de changer. Pas du fait du cinéma lui-même, mais grâce à une série télévisée qui compte aujourd’hui deux saisons : “M. Robot”. Je passe sur l’intrigue de la série, mais disons que le héros est un hacker justicier et qu’une bonne partie de l’intrigue repose sur son activité informatique, une activité pour une fois crédible dans sa représentation. C’est en tout cas la thèse que défend Cory Doctorow, écrivain et journaliste britannique, personnalité écoutée dans le monde des ordis.

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Si “M. Robot” réussit à infléchir 30 ans de culture cinématograhique, c’est parce que les concepteurs de la série s’en sont donné les moyens, grâce notamment à l’intervention d’un homme Kor Adana, ancien informaticien devenu scénariste, et chargé des aspects technologiques de la série. Cet homme veille à l’exactitude des faits : à ce que les bons câbles relient l’ordinateur à la tour, à ce que les lumières clignotent bien quand il faut, à ce que les interfaces utilisées soient crédibles, à ce que les lignes de code disent quelque chose. Mais surtout, Kor Adana veille à ce que soit montré comment les hackers se parlent (parce qu’ils savent se parler et travaillent souvent en groupe), les stratégies qu’ils élaborent etc. Bref, il fait apparaître les éléments d’une véritable “anthropologie du hacking”, dit Doctorow, autrement plus passionnante que ce qu’on voyait jusque là.

Et c’est très important, même d’un point de vue politique. Car les représentations caricaturales des hackers n’ont pas été sans incidence sur la manière dont ils ont été perçus socialement et politiquement. Ainsi, Doctorow rappelle comment le film “War Games”, sorti en 1983 - dans lequel on voyait un jeune garçon manquer de déclencher la troisième guerre mondiale en se connectant à distance à l’ordinateur central du Pentagone - avait effrayé au point de faire voter un an plus tard par le Congrès américain le Computer Fraud and Abuse Act, consacrée “pire loi en matière technologique” par les juristes, loi dont les effets se font sentir aujourd’hui. Ce qui se joue avec M. Robot va au-delà des questions de représentations, donc, et touche aux questions politiques posées par une pratique devenue centrale aujourd’hui, dans ses aspects aussi bien négatifs que positifs.

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Demeure une question que ne pose pas Cory Doctorow.

Pourquoi est-ce que c’est une série, et pas un film, qui peut produire ce changement de représentation, qui se donne les moyens de donner autre représentation ? (Alors même que de nombreux films représentent des hackers, à commencer par le film éponyme de Michael Mann, “Hacker” sorti il y a deux ans, et qui est une accumulation de clichés pathétiques, ce qui est triste chez un réalisateur qui a su si bien saisir d’autres aspects de notre modernité comme, par exemple, la circulation dans les métropoles….). J’ai une théorie qui tient à ce qu’est une série, c’est-à-dire la possibilité d’une temporalité longue, qui laisse place à la représentation de toute une catégorie d’activités dont le cinéma (en particulier quand il vise le grand public) doit se priver. Dans les séries, les gens mangent, discutent de tout et de rien, travaillent, font des trucs qui ne servent à rien. Or la vertu anthropologique de la série se loge peut-être là, dans ces temps morts, ces moments contingents, qui font pourtant l’essentiel de nos vies.

Note : Cette version écrite de la chronique ne comporte pas la fin de celle qui fut prononcée en direct à l'antenne, pour la simple raison que j'y racontais n'importe quoi.

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8H45
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Le Journal de la culture : Mercredi 8 février 2017
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