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Affiche de Métropolis de Frtz Lang

Pourquoi faudrait-il que les machines aient des voix d'homme ou de femme ?

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Les machines nous parlent. Le choix de la voix est significatif.

Affiche de Métropolis de Frtz Lang
Affiche de Métropolis de Frtz Lang

Alexa d’Amazon, Cortana de Microsoft, Google Home… tous ces robots assistants qui se trouvent soit dans nos ordinateurs, soit carrément dans nos foyers sous la forme de cylindres trônant dans le salon, ont des voix de femmes. Pourquoi ?

On pourrait invoquer le machisme primaire des ingénieurs qui créent ces machines, et qui, leur donnant pour fonction soit la gestion du foyer soit une sorte de néo-secrétariat, prolongent le stéréotype selon lequel ce serait là des fonctions sociales habituellement occupées par des femmes. Mais ce serait ignorer que ces entreprises ne font rien au hasard et calibrent leur produit en fonction d’une demande. C’est donc que les tests produits font remonter pour ces robots un désir de voix féminines. Et pas seulement chez des hommes car vraisemblablement les femmes aussi préfèrent les voix de femmes. Pourquoi donc ? CNN s’était posé la question dès 2011 et avait avancé plusieurs hypothèses. Hypothèse essentialiste : nous aurions développé dès notre séjour dans l’utérus de notre mère une affinité particulière pour les voix féminines, il y aurait quelque chose de rassurant dans les voix féminines. Hypothèse historique : les premiers assistants de pilotage des avions durant la Deuxième Guerre mondiale avaient des voix féminines pour les distinguer des co-pilotes, les opérateurs téléphoniques étaient le plus souvent des opératrices, il y aurait quelque chose de l’ordre de l’habitude pratique dans ces voix féminines. Hypothèse du point de vue des représentations : Hal, l’ordinateur pas sympa de “2001 l’Odyssée de l’espace” avait une voix d’homme, il a dissuadé les ingénieurs de donner une voix masculine aux premières voitures parlantes, il y aurait quelque à chose à craindre dans les voix d’homme. Tout convergerait donc pour donner aux robots assistants de voix féminines ? Mais il y a vraisemblablement des particularités culturelles qui compliquent les choses. Quand l’iPhone 4 était sorti doté de son assistant vocal Siri, la voix était féminine aux Etats-Unis, mais masculine en France et en Grande-Bretagne. La raison avancée à l’époque étaient que les Anglais faisaient plus confiance à une voix autoritaire. Mais comme je ne vois pas pourquoi une voix masculine serait par essence plus autoritaire qu’une voix féminine, je ne comprends pas bien cette raison. Bref, on se perd un peu dans ces hypothèses et je ne suis pas sûr qu’il soit très intéressant de trancher. Et d’ailleurs, on remarque que pour beaucoup d’interfaces vocales, on peut choisir entre voix d’homme et voix de femmes.

Mais il me semble que la vraie question est ailleurs : pourquoi faut-il absolument attribuer un genre identifiable à la voix d’un robot ? Parce qu’après tout, les robots n’ayant pas de sexe, on pourrait en profiter pour ne pas leur assigner de genre, réalisant ainsi le rêve du courant cyberféministe qui voyait dans l’internet naissant la possibilité de s’affranchir des identités sexuelles traditionnelles. Comme on constate que cet affranchissement est un peu compliqué pour les humains, on pourrait profiter des robots pour créer des identités a-genrées... ou post-genrées... ou méta-genrées. Ou, même, pourquoi ne pas inventer un genre à part entière ? Le genre robot. Ca pourrait être intéressant ça d’inventer un genre robotique. Avec une voix qui aille avec. C’est-à-dire pas une voix d’homme, ni de femme, ni une voix entre les deux, mais une voix autre, tout simplement.

Bon évidemment, l’étape suivante, ce serait d’inventer un sexe pour les robots, je veux dire un organe sexuel à proprement parler, un sexe qui n’ait pas de genre. J’avoue avoir beaucoup réfléchi à cette question, j’ai des idées, et j’ai fait quelques schémas que je mets à disposition de qui ça intéresse.

Mais l’humanité est-elle prête à cela ? Une étude menée par l’Université de Stanford et intitulée “Are computers gender-neutral ?” (“les ordinateurs sont-ils neutres du point de vue du genre ?”, ce qui est une très belle question), concluait que les humains étaient très puissamment enclins à investir les stéréotypes de genre jusque dans ces êtres inanimés que sont les machines. Nous aurions donc besoin de genrer les machines. Bref, je me demande finalement si, en cette matière comme dans d’autres, le principal obstacle à un développement vraiment marrant des technologies, ce n’est pas, le manque d’imagination et de le désespérant conformisme des êtres humains.

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