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Capture d'écran de SITE

Pourquoi trouve-t-on encore des vidéos de propagande terroriste sur YouTube ?

4 min
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Derrière, les ambiguïtés d'un modèle économique.

Capture d'écran de SITE
Capture d'écran de SITE

Après les attentats de Londres, revient la question du rôle d’Internet dans la radicalisation et l’organisation des actions.C’est Theresa May, le premier ministre britannique, qui dès samedi soir, a appelé à une nouvelle régulation internationale du cyberespace pour ne pas offrir aux terroristes - la formule est un peu étrange - “l’espace sécurisé dont [cette idéologie] a besoin pour prospérer”. Dans la ligne de mire, les applications qui peuvent chiffrer les communications, telle Télégram. On peut prévoir un haro sur le chiffrement, et le retour d’un débat dont on connaît bien les présupposés (car le chiffrement, c’est aussi la préservation de la vie privée).... Et si, avant de s’en prendre au chiffrement, on se demandait comment il se fait que l’on trouve encore sur des plateformes aussi grand public que YouTube des contenus faisant l’apologie du terrorisme ?

Il y a quelques jours, Rita Katz y répondait dans Motherboard. Juste une précision, Rita Katz n’est pas n’importe qui. Née en Irak, dans une famille juive, elle a grandi en Israël avant d’émigrer à Washington avec mari et enfants où elle a fondé une sorte de think tank du nom de Site, spécialisé dans la surveillance de la propagande islamiste dans les réseaux. (Heureusement pour Site, la consultation habituelle de contenus faisant l’apologie du terrorisme n’est pas un délit)… Donc Rita Katz expliquait dans Motherboard comment, malgré les engagements de Google - qui possède YouTube - à lutter contre ce type de contenus (sous la pression notamment de centaines d’annonceurs qui ne veulent pas que leur publicité soit associée à ce type de contenu), ils se retrouvent encore sur la plateforme ?

D’abord, les gens chargés de la publicisation de ces contenus sont organisés. Au dire de Rita Katz, le groupe qui joue un rôle central dans la dissémination de ces contenus s’appelle “The Upload Knights” - qu’on pourrait traduire par “les chevaliers du téléchargement”. Pourquoi ce nom ? Il dit bien où se trouve la clé technique de ce travail : charger les contenus sur des plateformes, les disséminer au maximum.

Comment s’y prennent-ils ? Ils créent des liens. Beaucoup de liens pour une même vidéo. Par exemple, pour une vidéo de propagande de l’Etat islamique mettant en scène des kamikazes qui racontent leur trajectoire avant que ne soit filmé leur attentat suicide, et mise en ligne en mars dernier, une centaine de liens différents, rien que sur YouTube. Le but : multiplier sa présence, et la chance qu’elle soit regardée. Mais voilà, YouTube a facilité la possibilité donnée aux internautes de signaler une vidéo qui contreviendrait aux règles de la plateforme. Les relais terroristes dans les réseaux ont donc recours à des combines. Par exemple, quand ils les chargent sur YouTube, ils classent leurs vidéos comme “non répertoriées”. Ce qui signifie qu’on n’y accède pas en tapant dans le moteur de recherche de YouTube, mais seulement en cliquant sur un lien, ce qui signifient qu’il y a moins de chance que quelqu’un tombe par hasard sur ces contenus, donc moins de chance qu’ils soient signalés. Et pour diffuser ces liens, sont utilisés l’application Télégram ou les réseaux sociaux. Ou alors, ils jouent sur le titre de la vidéo, en trouvant une formule anodine. La vidéo ne consiste ensuite qu’en un image fixe, et un message audio en arabe qui renvoie vers d’autres liens qui sont situés dans la description de la vidéo. Les commentaires peuvent aussi servir à inscrire des liens vers d’autres vidéos.

Rita Katz ne doute pas pas de la volonté de YouTube de lutter contre ces contenus, mais elle pose plusieurs questions. Elle remarque que beaucoup de ces vidéos utilisent des sortes de génériques qui les encadrent. On sait que YouTube possède des robots qui cherchent sur sa plateforme des images qui dérogent au copyright. Pourquoi ces robots ne repèrent-ils pas ces génériques significatifs des vidéos de l’Etat islamique ou d’Al Qaïda ? Autre question. Il semblerait que beaucoup des contenus sont téléchargés grâce à des programmes qui permettent de scripter des contenus et les poster simultanément sur plusieurs services de partages de vidéos (dont des plateformes comme YouTube). Pourquoi ce type de manoeuvre n’alerte-t-il pas immédiatement YouTube ?

Les réponses à ces questions sont compliquées. La première serait que les gens qui font ce travail pour l’Etat Islamique sont malins et que chaque barrière installée est rapidement contournée, c’est un classique. Mais la seconde est plus troublante. Les techniques employées par ces gens ne sont pas très différentes de celles employées par ceux qui veulent gagner de l’argent avec leur vidéo ou tout simplement qu’elles soient beaucoup vues. Autrement dit, ces techniques assez basiques des soutiens des agents de la propagande terroriste jouent avec le modèle économique de ces plateformes qui ont tout intérêt, afin de placer des publicité, qu’il y ait le plus possible de vidéos disponibles et qu’elles soient regardées. Et si donc, avant de prendre des mesures qui touchent aux libertés individuelles, on interrogeait des alliances objectives entre ce modèle économique et la propagande islamiste ?

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Le Journal de la culture : Mardi 6 juin 2017
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