LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.
Un match de rugby amateur à Nanterre

Quand la technologie révèle la belle absurdité du sport

4 min
À retrouver dans l'émission

Battre un record historique ou raconter ce que ne montre pas la télévision.

Un match de rugby amateur à Nanterre
Un match de rugby amateur à Nanterre Crédits : JEAN AYISSI / AFP - AFP

La technologie, dans tous ses aspects, dit quelque chose du sport… Laissez-moi vous en apporter la preuve.

D’un côté, il se peut qu’en mai, tombe un des records les plus symboliques du sport mondial. Et grâce à la technologie. Les Echos de lundi nous apprenaient que l’équipementier américain Nike envisageait de faire passer un marathonien sous la barre des 2h. En effet, aucun être humain n’est encore parvenu - officiellement - à courir les 42 kilomètres 195 du marathon en moins de deux heures (l’actuel record est détenu par le Kényan Dennis Kimetto en 2h 02 et 57 secondes, il a été établi en 2014, à Berlin). Qu’est-ce que compte faire Nike ? Plein de choses qui pourraient invalider le record du point de vue sportif, mais assurer une bonne publicité à la marque américaine. D’abord sélectionner trois marathoniens de très haut niveau (dont le kényan Eliud Kipchoge, champion olympique à Rio). Ensuite, doter les coureurs de chaussures dans lesquelles est glissée une plaque de carbone qui non seulement fait économiser de l’énergie à l’athlète, mais lui restitue quand il se propulse. Doter aussi les athlètes d’un maillot conçu avec des matériaux différents selon les endroits du corps, d’un short qui permet un écoulement optimal de l’air, et de deux plaques sur les mollets qui joueront le rôle d’ailerons. Enfin - en sus d’une préparation psychologique et nutritionnelle adéquate - il s’agit aussi de se garantir les meilleures conditions atmosphérique (vent, température, humidité de l’air etc.)... La tentative devrait donc avoir lieu en mai, en Italie, sur l’autodrome de Monza, où se déroulent les courses de Formule 1 (et où le revêtement du sol est lui aussi optimal). On peut trouver assez belle cette rencontre entre la technologie la plus pointue et ce sport élémentaire qui consiste à courir (même si on peut craindre que tout cela ressortisse purement et simplement du dopage mécanique, la chaussure qui aide à se propulser, c’est un peu comme un ressort….). On peut aussi trouver que ce déploiement d’énergie et d’argent, pour gagner 3 mn, c’est absurde. Oui, sans doute, le sport c’est absurde. Mais pas plus que la vie….

Que le sport soit absurde, et notamment quand il est pratiqué par des amateurs sur les terrains dominicaux, c’est encore Internet qui nous le raconte mieux. Il y a quelques jours, le journaliste de Télérama Nicolas Delesalle relevait l’existence de vidéos YouTube collectionnant des films amateurs enregistrés sur les bords des terrains de rugby. Pas les terrains de rugby professionnels - magnifiquement filmés par la télévision - où des types de 130 kilos courent le 100 en 11 secondes en zigzaguant… Non le terrain de rugby derrière chez vous où s’ébattent des gros avec le ventre qui dépasse, des maigrichons, des jeunes et des vieux, des méchants et des trop gentils, des doués et nuls, des courageux et des trouillards. Ces vidéos s’appellent “Quand tu joues au rugby en amateur” et c’est d’une grande beauté… On y voit des coups de génie qui vaudraient d’être exclu à jamais par l’entraîneur (ainsi un type qui fait un saut périlleux pour éviter un adversaire qui le plaque). On y voit des plaquages durs qui soulèvent de joie les stades (tellement vide qu’on pourrait y distinguer chacune des voix qui crie), des bagarres où tout le monde s’y met (et où entend les mères et les femmes dans les tribunes qui disent “seb arrête…” puis “mais qu’est-ce qu’ils sont cons…”). On y voit beaucoup d’erreurs, les gars qui relâchent la balle au moment de l’aplatir dans l’en-but adverse… C’est d’une grande beauté parce que c’est le sport approximatif et faillible, mais c’est surtout d’une grande beauté parce que c’est mal filmé. La caméra bouge, celui qui filme parle en même temps, autour, ça commente, et ça rie (oui, ça rigole beaucoup au bord des terrains, des arbitres quand, parce qu’ils portent un catogan, ressemblent à Francis Lalanne.. on rit même pendant les bagarres). Au final, ça révèle l’absurdité absolument inverse de celle du marathon. C’est-à-dire cet endroit du sport où la performance est secondaire, où elle n’est que le prétexte à tout ce qui l’environne, et qui est tellement plus jouissif. Comme par exemple, ce cri de guerre d’une équipe, filmé sur un beau terrain en herbe, sans rien autour que le soleil qui le soleil qui commence à se coucher.

Pour afficher ce contenu Youtube, vous devez accepter les cookies Publicité.

Ces cookies permettent à nos partenaires de vous proposer des publicités et des contenus personnalisés en fonction de votre navigation, de votre profil et de vos centres d'intérêt.
Gérer mes choix

Chroniques
8H45
7 min
Le Journal de la culture
Cinéma : déluge de critiques pour "A bras ouvert" de Philippe de Chauveron qui accumule les clichés sur les Roms
L'équipe
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......