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Quand on tape "assistance" dans la base de données de l'AFP

"Qui a encore envie de faire de la politique ?" : Google a une réponse, mais ce n'est pas la bonne

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L'"âge de l'assistance" ? Vraiment ?

Quand on tape "assistance" dans la base de données de l'AFP
Quand on tape "assistance" dans la base de données de l'AFP Crédits : Richard Atrero de Guzman / NurPhoto - AFP

Ce matin, tout à mon désespoir de trouver un sujet numérique qui convienne à la question dont vous débattez avec vos invités - “qui a encore envie de faire de la politique ?” - j’ai fait ce que je fais dans ces cas-là, quand vraiment rien ne vient, j’ai tapé dans la barre de recherche de Google “ qui a encore envie de….”, en priant pour que des réseaux surgisse la lumière d’une réponse. Et là, comme par magie, alors même que je n’avais écris que “qui a encore envie de….” la fonction d’auto-complétion de Google qui vous propose des solutions avant même que vous ayez exposé l’entièreté du problème, a affiché, “femme qui a toujours envie de faire l’amour” (je vous promets que c’est vrai….). J’ai d’abord hésité à cliquer, sachant bien que vous en profiteriez pour fustiger mon obsession du sexe. Non Guillaume, ce n’est pas moi qui suis obsédé par le sexe, en tout cas pas plus que les millions d’internautes francophones qui, à force de faire des recherches sur les questions qui les préoccupent vraiment, font que l’association des mots “envie de faire” soit immédiatement associé à l’amour, plus qu’à la politique. Google m’a donc proposé divers liens que je vous donne pêle-mêle : “j’ai toujours envie de faire l’amour avec lui, suis-je obsédée ?” “j’ai toujours envie de faire l’amour, mais je suis musulmane” “mon copain a toujours envie de faire l’amour” ou encore ”j’aime mon copain, mais je n’ai plus envie de faire l’amour parfois. J’aimerais comprendre pourquoi.” Je ne suis pas allé plus loin, car soudain, m’est revenue en mémoire une information que j’avais laissée passer il y a quelques semaines.

Courant mars, Google a fait une annonce qui a interrogé les observateurs du numérique, mais sans passer la barrière du grand public. Google a annoncé l’avènement de “l’âge de l’assistance”. Qu’est-ce que ça veut dire ? Il s’agit d’un changement dans la nature du rapport que nous entretenons à nos outils. Toujours sur nous (le mobile est en train de venir le premier point de connexion à Internet), nous demandons à notre téléphone de nous assister. Voici ce que dit Google : “Quand les gens commencent à envisager leur téléphone portable comme un assistant plutôt que comme un terminal de recherche, cela change la nature des questions qu'ils lui posent. Au lieu d'utiliser des mots-clés comme "météo Paris aujourd'hui", ils demandent plutôt "ai-je besoin d'un parapluie ?", une formulation qui nécessite une compréhension de la langue parlée, de la localisation, de l'heure et de l'intention, avant de pouvoir y répondre." Google a donc créé l’outil logiciel adéquat pour répondre à ce changement paradigmatique : Google Assistant. Voici comment l’entreprise américaine décrit son assistant : “Nous avons fabriqué un assistant personnel qui comprend votre voix et le langage naturel, qui engage des conversations avec les utilisateurs, et collecte de l'information pas seulement depuis le moteur de recherche mais au travers de l'ensemble des produits Google. Le Google Assistant connaît le monde autour de vous mais il comprend également votre monde, en répondant à toutes sortes de questions, de "quand sort le prochain film de la saga Star Wars ?" à "à quelle heure décolle mon avion ? (...) L'assistant Google est (...) le partenaire idéal pour naviguer dans la complexité du monde qui nous entoure.” Dans son toujours passionnant blog Affordance, le chercheur Olivier Ertzscheid fait une lecture très critique de ce nouvel âge de l’assistance. Il remarque qu’il repose sur une capacité à saisir notre langage. Or, Ertzscheid se souvient de cette belle phrase que Roland Barthes dans “Le degré 0 de l’écriture” : "(...) chaque homme est prisonnier de son langage : hors de sa classe, le premier mot le signale, le situe entièrement et l'affiche avec toute son histoire. L'homme est offert, livré par son langage, trahi par une vérité formelle qui échappe à ses mensonges intéressés ou généreux.” Et voilà en conclut Ertzscheid, en saisissant notre langage - ce qui nous constitue en propre et nous trahit -, ces assistants sont l’avant garde d’un capitalisme linguistique, dont parle un autre excellent chercheur Frédéric Kaplan. Un capitalisme linguistique qui, sous couvert de nous assister gratuitement, monétisera nos données linguistique par la publicité.

Voilà. On se demandait “qui a encore envie de faire de la politique ?”, eh bien je crois que nous avons notre réponse : Google, car avec le capitalisme linguistique, c’est un imaginaire politique qui se déploie. Mais je remarque juste une chose : ce n’est pas Google qui m’a donné la réponse. Google n’avait rien compris à ma question. C’est Olivier Ertzscheid, Frédéric Kaplan et Roland Barthes, qui m’ont fourni une réponse. Et ça, en un sens, c’est rassurant.

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