LE DIRECT
Le penseur de Rodin

Un week-end de doute au sujet de l'intelligence artificielle

4 min
À retrouver dans l'émission

Entre progrès annoncés et réalités balbutiantes.

Le penseur de Rodin
Le penseur de Rodin Crédits : Xavier Richer / Photononstop - AFP

Il faut que je vous avoue être en plein doute, un doute que j’avais commencé à évoquer la semaine dernière à propos du programme de Google censé détecter la haine dans les commentaires, et qui échoue à le faire, de manière assez spectaculaire. J’y voyais une limite de l’intelligence artificielle. Samedi matin, je soumets cet exemple à un anthropologue spécialisé en anthropologie des machines qui tenait un discours extrêmement alarmiste sur le mode : ça y est les machines sont plus fortes que nous, elles font déjà des meilleurs diagnostics que les médecins, vont bientôt conduire des voitures, elles nous battent au poker etc. Quand je lui soumets cet exemple des commentaires haineux, l’anthropologue répond en substance : oui, mais ces algorithmes sont auto-apprenant, ils vont se perfectionner, et puis on ne les maîtrise plus ; et si - parce qu’en plus ces machines sont connectées entre elles - leur venait l’idée de nous asservir, de faire nous leurs esclaves…. Et voilà que le doute revient. Quoi penser donc ? Avons-nous déjà hypothéqué notre liberté ? Mon premier réflexe a été de me rassurer (c’était samedi matin). Ces discours très pessimistes ont une faille. Ils sont un décalque des discours très optimistes des transhumanistes et autres techno-évangélistes qui avancent que bientôt nous allons fusionner avec la machine, qu’elle nous permettra de guérir, voir d’atteindre l’immortalité puisque nous pourrons télécharger notre cerveau dans un ordinateur et survivre à la disparition de nos corps. En disant que tout va aller de mal en pis, que nous sommes en train d’abdiquer, on croit être critique parce qu’on avance un avenir technologique sombre qui va à l’encontre des promesses merveilleuses de la Silicon Valley, alors qu’en fait, sous couvert de critique, on adhère complètement à ce discours marketing en croyant que les progrès sont incroyables, qu’ils le seront encore plus bientôt. C’est vrai, les entreprises de la Silicon Valley n’ont qu’à se réjouir qu’il y ait des gens pour prophétiser un avenir sombre : rêve et cauchemar sont les deux faces d’une même croyance. Ok, mais ne suis-je pas en train de m’aveugler en prenant prétexte des échecs actuels de l’intelligence artificielle pour ne pas voir les dangers qui nous guettent dans un avenir proche ? Et voilà que le doute est réanimé. Il germe, il rampe, il chemine, et rinforzando il va le diable; puis tout à coup, ne sais comment, vous le voyez se dresser, siffler, s'enfler, grandir à vue d'oeil; il s'élance, étend son vol, tourbillonne, enveloppe, arrache, entraîne, éclate et tonne, et devient un cri général, un crescendo public, un chorus universel de peine et de question. Qui diable y résisterait ? Pas moi, en tout cas, c’était samedi soir.

J’en étais là quand je tombe sur une tribune de Jerry Kaplan paru dans la revue du MIT. Jerry Kaplan est un informaticien versé dans le futurisme, qui a plusieurs entreprises qui développent des solutions relevant de l’intelligence artificielle. QUe raconte Jerry Kaplan ? Pour l’instant, dit-il, les robots ou autres machine dotées d’intelligence artificielle nous remplacent dans certaines tâches précises, mais ils ne font que ce qu’on leur demande. Et pus, ajoute Kaplan, ce qu’on appelle “intelligence artificielle” est un ensemble de techniques différentes, qui n’ont pas les mêmes buts ni les mêmes méthodes. La plus en vogue en ce moment - l’apprentissage machine qui suppose que la machine va apprendre grâce à l’immensité des données qu’elle traite - a permis des avancées notables : reconnaître des visages, conduire une voiture, faire des diagnostiques. Oui, mais, explique Kaplan, ça ne recouvre qu’un certain type d’activités, personne ne pourrait dire que l’on a trouvé là le Graal de l’intelligence. D’ailleurs, selon lui la notion d’”intelligence artificielle” est trompeuse car elle suppose qu’on sache ce que l’on sait que l’intelligence. Lui préfèrerait que l’on appelle cela “‘l’informatique anthropique”, pour décrire ces programmes qui essaient d’imiter les capacités humaines et d’interargir avec eux. Cette désignation éviterait qu’on se perde dans des considérations mythologiques et que l’on se pose les vrais questions Hier soir, en me couchant, j’étais apaisé.

Mais à 5 heures ce matin, le doute revient : et si j’avais tort de prendre Jerry Kaplan au mot. Et s’il avait intérêt à faire passer l’intelligence artificielle pour quelque chose de pas dangereux, de pas si efficace que ça. S’il avait intérêt à nous rassurer pour préparer l’avènement de l’ère des machines…. Si au fond, il organisait la domination de son espèce par une autre - celle des machines - tout ça pour la défense de se propres intérêts…. Alors, à 8h43, j’ai une réponse : si les humains sont vraiment retors à ce point, je ne vois pas ce que nous avons à craindre d’un monde dirigé par les robots. Ca ne peut pas être pire.

Chroniques

8H45
6 min

Le Journal de la culture

Un happening de militants écologistes au Louvre contre le mécenat de Total
L'équipe
À venir dans ... secondes ...par......