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Digital Zandoli, une histoire du zouk par la face B

5 min
À retrouver dans l'émission

Une anthologie non pas de tubes, mais de faces B de Zouk, ce genre musical mal compris.

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. Crédits : Heavenly Sweetness

par Etienne Menu

Pierre-Edouard Décimus – Devenn (1:10)

Du zouk, on garde en France métropolitaine l’image d’un divertissement estival, d’un produit culturel exotique au sens péjoratif du terme. Un genre musical trop souvent associé à des clichés plus que regrettables sur les Antilles, et dont on ne retient que quelques tubes, comme ceux du caricatural Franky Vincent ou de Zouk Machine. Or, dès sa création dans les années 80, le zouk a produit, notamment à travers le groupe Kassav, dont on entend en ce moment un titre du bassiste Pierre Edouard Décimus, des choses moins connues et moins évidentes, que l’excellente anthologie Digital zandoli a exhumées cette année. Les morceaux réunis par Julien Achard et Nicolas Skliris, deux collectionneurs de disques rares, empruntent ainsi au R&B, au jazz-rock, aux musiques électroniques. Et passent librement de la mélancolie à la frénésie, ou de la tendresse à la rage.

Meliza – Enragé (1:17)

“Enragé”, un morceau interprété par la chanteuse Meliza et composé par Eric Arconte, un musicien guadeloupéen qui avant de mourir en 2007, avait vécu plus de dix ans en Iran, d’où les consonances orientales de ce titre. Ce penchant à l’hybridation est caractéristique de ce zouk première période, celui d’avant les cartons des années 90. Au départ, le genre agrégeait en effet des musiques de danse haïtiennes et dominicaines, comme le kompa ou le kadans-lypso, aux traditions antillaises qu’étaient la biguine et le gwoka. Certains de ses pratiquants avaient été formés au jazz quand d’autres s’intéressaient de très près aux technologies digitales qui émergeaient dans les années 80, notamment aux synthétiseurs MIDI. Le résultat, c’est ce collage capricieux, ce futurisme orangé qui trente ans plus tard révèle le zouk comme un cousin ignoré de la house music et de l’electrofunk, ses contemporains de Chicago et New York.

Selekta – Flé Pou’W

Flé Pouw, un titre à l’introduction pour le moins dense et agitée, signé du groupe Selekta d’un certain Jean Macco, comme l’indiquent les notes de pochette de l’anthologie Digital Zandoli. Des notes qui nous apprennent aussi que le terme zouk désignait au départ les salles des fêtes où dansaient Martiniquais et Guadeloupéens dès les années 60, bien avant de se rapporter à un courant musical. Les autobus, souvent équipés d’une sono spécialement adaptée aux fréquences aigües des cymbales, et les boums adolescentes, qu’on appelait les tans en créole, furent ensuite dans les années 80 le principal vecteur de diffusion des tubes zouk dans les deux départements d’outre mer. Cette fierté insulaire de développer sa propre musique à grande échelle résonnait avec la volonté d’indépendance qui crépitait notamment en Guadeloupe. Et grâce à cette collection de chansons, souvent des faces B ou des extraits de disques édités en pressage privé et donc parfois oubliés de leurs auteurs eux-mêmes, on peut se faire une bonne idée de cet élan populaire dans ce qu’il avait de plus singulier et de plus aventureux.

>> ERRATUM sur la chronique de lundi : Je prie les auditeurs des Matins de m’excuser d’avoir affirmé dans ma chronique de lundi que Pierre Henry était récemment décédé. Il est en effet bien vivant ! Je l’ai malencontreusement confondu avec un autre monument de la musique électronique française, Jean-Jacques Perrey, qui lui est bel et bien mort le 4 novembre dernier.

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