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Le psychédélisme méthodique de Julien Gasc

5 min
À retrouver dans l'émission

Phrasé faussement démissionnaire sur chartes d’accords et consignes rythmiques.

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. Crédits : Born Bad Records

par Etienne Menu

“L’été anglais”

“Retour à la réalité”, chante Julien Gasc sur “L’été anglais”, extrait de son album sorti en novembre, Kiss Me You Fool, titre qu’on peut traduire par “Embrasse-moi idiot !”. Ce musicien tarnais n’est pourtant pas du genre à se frotter au réel ni au banal, et encore à moins à chanter le quotidien. Avec son groupe Aquaserge comme en solo, il assemble depuis une décennie les éléments d’un psychédélisme à la fois très discipliné et très français. Rock progressif, musiques de films, pop répétitive et luxuriante dans la lignée de Stereolab, dont l’ancienne chanteuse Laetitia Sadier est d’ailleurs ici invitée : lui et son collectif ont si bien absorbé ces influences qu’ils possèdent aujourd’hui leur langage à eux, leur propre méthode d’exploration sonore et verbale. Gasc cultive un phrasé faussement démissionnaire, qui s’il peut d’abord laisser perplexe lui permet de mieux disparaître derrière ses mots, lui lui offrant donc le loisir de raconter par exemple une histoire de crime passionnel à la cour d’Espagne au XVIIe siècle.

“Fait Divers”

Fait divers, c’est le nom du morceau que nous écoutons et qui ouvre Kiss Me You Fool par une histoire de femme déguisée en homme qui trucide son amant devant le palais du roi Charles II. Tout au long de l’album, les paroles comme sous hypnose énoncent faits et idées souvent épars. Le processus de création tient presque de la cérémonie occulte puisque Gasc a imposé certaines contraintes à ses musiciens lors de l’enregistrement à Londres. À Toma Clarac, du magazine GQ, il expliquait à la sortie du disque qu’il avait ainsi imposé des chartes d’accords, des consignes rythmiques, et même posé quelques pièges à ses instrumentistes en les enregistrant à leur insu. Le résultat, c’est donc une œuvre qui lâche ses coups, comme on dit au tennis, mais qui pour aboutir ne doit pas non plus dépasser certaines limites – toujours comme au tennis, donc, mais aussi comme dans l’hallucination, la voyance et la communication avec les éléments, à commencer par le vent.

"L’oeil"

“Dans le chant entêtant du souffle du vent, je l’entends à l’instant, je l’entends tout le temps”. Kiss me you fool s’achève par ce morceau intitulé “L’oeil” qui peut évoquer Georges Bataille et qui célèbre en tout cas l’obsession du primal et le désir de perte dans le son, dans l’air, dans les parfums. Julien Gasc n’a pas l’allure d’un baba cool en licence de chamanisme mais cela ne l’empêche pas de se servir de sa musique comme d’un relais avec les forces élémentaires. Et il a compris que c’était aussi en communiant avec d’autres relayeurs, qu’il s’agisse des gens présents sur ce disque, ou des membres de son groupe Aquaserge, qu’il réussissait à fabriquer ces morceaux habités et à capter des énergie fugaces à travers le son. Il y a encore quelques années le chanteur vivait d’ailleurs en communauté avec ses confrères et amis, dans une maison-studio appelée la Mami, située dans le Lauraguais, région vallonnée à l’est de Toulouse. Et cet album à peine sorti sur le label Born Bad, il s’apprête avec ses camarades d’Aquaserge à publier un nouveau long format, qui arrivera début février.

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