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Le groupe de rap français "NTM" en mars 2008 à Paris.

Mettre la "province" sur la carte ?

6 min
À retrouver dans l'émission

Le paysage du rap français et son évolution, des centres aux périphéries.

Le groupe de rap français "NTM" en mars 2008 à Paris.
Le groupe de rap français "NTM" en mars 2008 à Paris. Crédits : MIGUEL MEDINA - AFP

Dans le cadre de la journée "France : inventaire avant élections", la chronique est tenue par Séverin Guillard, docteur en géographie, chercheur associé au LAB’URBA.

En 1998, dans ce morceau emblématique, le groupe NTM définissait son département comme l’un des lieux centraux du rap français. Loin de prendre place de manière isolée, la discours de NTM renvoie à un procédé couramment utilisé dans le rap : celui de « représenter » une ville, un quartier, un département. Cette revendication spatiale prend son origine dans le rap américain, où l’évolution du genre et de ces esthétiques a souvent été mise en lien avec la diffusion de cette musique dans le pays. Les représentations de New York, dans le rap East Coast des années 1980, ont par exemple été complétées dans les années 1990 par celle du gangsta-rap californien puis, dans les années 2000, par le Dirty South venu du Sud des Etats-Unis.

En France également, c’est une diversité de lieux et de villes qui ont été mis en lumière par les rappeurs. Dès lors, quelle géographie de la France transparait au sein de ce genre musical ? Qu’est-ce que cela nous dit sur la place qu’occupent différentes villes et régions dans notre pays ?

Comme dans le cas états-unien, la carte du rap français donne à voir une géographie avec des centres, mais aussi des périphéries. Ainsi, en France, le rap à succès a longtemps mis en avant des artistes de deux villes : Paris et Marseille. Mais alors, quelle place existe-t-il pour les autres régions dans le rap ? Sur ce plan, l’exemple du rap du Nord, ou tel qu’on pourrait le qualifier maintenant, des Hauts-de-France, s’avère particulièrement éclairant. Pendant longtemps, l’image du rap du Nord sur les ondes radios et à la télé, s’est limitée à un morceau bien connu : le titre que le rappeur Kamini, consacre en 2006 à Marly-Gomont, village de 400 habitants, situé en Picardie, à proximité du département du Nord. Rare rappeur de province au hit-parade dans les années 2000, Kamini met en avant son village sur le ton de la parodie. Mais cette chanson met aussi en évidence l’existence d’un imaginaire auquel serait intrinsèquement rattaché le rap français : celui des cités des grandes villes du pays, et particulièrement de la région parisienne. Il faut dire que, à l’époque, les statistiques ne lui donnent pas tort : sur 69 albums ayant obtenu un disque d’or en France entre 2001 et 2012, 50 étaient le fait d’artistes de la région parisienne.

Mais derrière ces questions d’image, c’est aussi une question d’industrie musicale qui transparaît. C’est ce que soulève par exemple un groupe de rap lillois au début des années 2000, le groupe Juste Cause, dans un morceau intitulé "La malédiction du 59". Dans ce morceau, le groupe évoque l’idée d’un décalage entre le rap entendu dans les médias nationaux et celui qui a lieu sur le terrain, dans les scènes locales. Derrière ce décalage, c’est la question de la répartition de l’industrie musicale en France qui se pose, la plupart des grands labels, radios et journaux nationaux étant localisés à Paris.

Ainsi, tandis que les revendications des rappeurs dans le rap américain mettent en évidence une diversité de pôles musicaux, le rap français pose la question de la place occupée par les villes de province dans le système très centralisé à la française.

Progressivement, cependant, ce paysage du rap est en train de changer. Les années 2010 voient ainsi l’émergence de nombreux rappeurs de « province », qu’il s’agisse d’Orelsan, à Caen, de Gradur à Roubaix ou de Demi-Portion à Sète… Ils sont aidés en cela par l’importance pris par Internet dans le développement des artistes et la multiplication des tournées de concerts de rap français. Cette intégration de la « province » au rap français se traduit par une banalisation de son image : si elle était définie, il y a une décennie, comme un ensemble à part, la province est dorénavant décrite par certains rappeurs comme un espace assez semblable à celui de Paris et de Marseille. Finalement, comme l’explique le rappeur lillois YWill en 2016, les modes de vie urbains de sa ville d’origine ne seraient finalement plus si différents de ceux qui existent dans d’autres grandes villes du pays : on y retrouverait les mêmes personnes dans les mêmes quartiers et les même gens posés sur les mêmes marches.

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