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Pierre Barouh et Saravah : voyager sans jamais regarder la carte

5 min
À retrouver dans l'émission

Disparition |On a appris hier soir la mort à 82 ans de Pierre Barouh, créateur du label Saravah et également parolier de deux de nos plus grands tubes.

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par Etienne Menu

A réécouter

En 2014, Pierre Barouh faisait sa Nuit rêvée et commentait un choix d'archives sur la musique brésilienne, Jean-Roger Caussimon, Richard Desjardins, Ryuichi Sakamoto, Sempé, Prévert

Il y a un mois, "Continent musiques" recevait Pierre Barouh pour une émission célébrant les 50 ans du label Saravah, qu'il avait fondé

Nicole Croisille – “Un homme et une femme”

Il avait écrit les textes du thème d’Un homme et une femme de Claude Lelouch en 1966, composée par Francis Lai et interprétée ici par Nicole Croisille. De son enfance passée en partie en Vendée, dans une famille à laquelle l’avaient confié ses parents pour le mettre à l’abri des nazis, Pierre Barouh s’inspirera pour signer les paroles de “La Bicyclette” d’Yves Montand, son autre grand succès commercial. Mais plutôt que de s’installer à vie dans un fauteuil de notable de la chanson française, Barouh décida de monter une structure d’un genre encore inconnu à la fin des années 60 : une maison de disques indépendante et libre, dont la première référence dût en déstabiliser certains.

Brigitte Fontaine – “Il pleut”

“Il pleut”, première chanson en forme d’anti-manifeste, ou disons de manifeste absurde, qui ouvre le premier disque de Brigitte Fontaine, référence SH 100001 du vaste catalogue du label Saravah qu’avait fondé Pierre Barouh. Saravah, ça veut dire sois béni et c’est au départ le titre d’une samba brésilienne adaptée par Barouh pour Un homme et une femme. Au fil des années, le nom deviendra synonyme de liberté totale, de dilettantisme têtu et de sorties traversant les continents et les émotions. Avec Jacques Higelin et Areski Belkacem, Brigitte Fontaine navigue à vue dans une psychédélie angoissée. Barouh fait aussi enregistrer des âmes plus sereines bien que non moins mélancoliques, comme la jeune Maurane à ses débuts, ou le célèbre percussionniste brésilien Nana Vasconcelos, ou encore le panafricain gabonais Pierre Akendengue.

Pierre Akendengue – “Oma Ayiya”

Depuis les années 80, Pierre Barouh vivait avec sa femme japonaise entre Tokyo et la Vendée, où il avait installé les bureaux de Saravah. “Il y a des années où l’on a envie de rien faire”, c’était le slogan de la maison Barouh, qui parlait de “slow-biz” pour désigner son approche du métier. Il y a pourtant un travail énorme et des disques produits avec un soin qui touche en plein coeur dans la discographie du label : on y dédaigne les formes fixes et les formules marchandes pour mieux pratiquer le mélange des cultures musicales tout en y méprisant la world music. Il y a aussi toujours la promesse d’une écoute d’une profondeur insondable, d’une jubilation procurée par la perte de repères, tel que Barouh la chantait lui-même sur un morceau de 1982, intitulé “Perdu”. Les matins de France Culture saluent donc la mémoire de ce poète de la musique parallèle.

Pierre Barouh – “Perdu”

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