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Rashad Becker sur le volume 2 de Traditional Music for Notional Species

Rashad Becker : musique traditionnelle pour espèces fictives

5 min
À retrouver dans l'émission

Du bruitisme électronique galvanisant sculpté par un Allemand qui lit beaucoup de romans gothiques.

Rashad Becker sur le volume 2 de Traditional Music for Notional Species
Rashad Becker sur le volume 2 de Traditional Music for Notional Species Crédits : -

par Etienne Menu

“Themes VII”

Des sonorités synthétiques qu’on jurerait vivantes, qui bougent comme des corps ou des voix, mais des voix qui ne seraient ni humaines ni même animales : c’est ce que fabrique l’Allemand Rashad Becker sur le volume 2 de Traditional Music for Notional Species – musique traditionnelle pour espèces fictives – sorti cet automne sur le label berlinois PAN. En 2013 le volume 1 avait enflammé les amateurs d’électronique expérimentale : première trace discographique de Becker, il parlait une sorte de nouveau langage fait de matière incandescente. Certains collectionneurs de vinyles techno connaissaient pourtant le nom de Rashad Becker puisque ce quadragénaire était déjà depuis deux décennies un ingénieur en mastering pour de nombreux artistes et labels du genre. Ce travail de post-production voire d’étalonnage qui consiste à ajuster des niveaux sonores avant la fabrication du produit fini, le disque “master”, le Berlinois l’a forcément intégré dans sa propre musique. Et même écoutées à volume modéré, ses sculptures bruitistes frappent par leur précision maniaque et leur sens presque pervers de l'équilibre.

“Dances VI”

Comme son prédécesseur, Traditional Music for Notional Species vol. 2 est organisé en deux parties : en face A du vinyle, des "Themes", et en face B, des "Dances". On entend donc d’abord des motifs texturaux, des obsessions dissonantes, avant de passer à des pièces plus rythmiques, ou disons régimentées par des cadences encore inconnues. Rashad Becker dit construire ses compositions à la façon d’un narrateur ou d’un metteur en scène, et regrette de ne pas savoir écrire de romans, lui qui lit beaucoup de littérature gothique allemande. Il conçoit d’abord ses sons individuels sur différents synthétiseurs modulaires, c’est à dire dépourvus de claviers. Une fois produite cette matière première, il y pioche alors comme dans une série de syllabes qu’il combine les unes aux autres afin d’élaborer cette langue si dynamique, aussi tactile et visuelle que sonore. De ce travail périlleux émerge par moments cette qualité vocale, presque dialoguée. Passionné de musiques traditionnelles africaines ou asiatiques, Rashad Becker en a sans doute imprégné ses propres créations, si bien qu’on a l’impression en les découvrant de vivre quelque cérémonie conduite par des machines hantées.

“Themes V”

Alors que la musique électronique, savante ou non, est aujourd’hui intégrée et respectée dans le paysage musical global, un disque comme celui de Rashad Becker lui lance un nouveau défi formel, ou l’interroge en tout cas sur son destin historique. Car si Becker semble hermétique au techno-optimisme de la Silicon Valley et de son inoffensive bande-son électro-pop, il ne suit pas pour autant la voie dystopique de la musique industrielle ou de la techno dure. Plus que de leur chercher une beauté, Becker préfère s’émerveiller de la vie étrange qui peut jaillir de ces appareils, qui appartiennent désormais au folklore musical de la fin du XXe siècle. Il crée une musique traditionnelle donc, mais destinée à un monde encore à explorer, même s’il se trouve peut-être juste sous nos yeux.

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