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« HITS ! Enquêtes sur la fabrique des tubes planétaires » par John Seabrook (La Découverte)

Song Machine : la fabrique des tubes

6 min
À retrouver dans l'émission

Comment les tubes fonctionnent-ils ? Qui les fabrique et avec quelles méthodes ? John Seabrook publie une passionnante recherche : « HITS ! Enquêtes sur la fabrique des tubes planétaires ». Aussi drôle qu’intelligente, que vous aimiez ou non les tubes.

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All That She Wants (is another baby) : « tout ce qu’elle veut c’est un autre petit-ami » faut-il comprendre dans ce tube de Ace of Base auquel il était difficile d’échapper en 1992-1993. Comment les tubes fonctionnent-ils ? Qu’est-ce qui fait qu’à la dixième écoute vous aimez encore plus une chanson qui devrait pourtant vous agacer ?

John Seabrook, journaliste américain, collaborateur régulier du New Yorker, mais aussi père de famille un peu dépassé (en tout cas au début) par les goûts musicaux de ses enfants, s’est penché très sérieusement sur le sujet (s’appuyant sur des chiffres et surtout des entretiens avec les acteurs de l’industrie du disque, notamment les auteurs) et publie « HITS ! Enquêtes sur la fabrique des tubes planétaires ».

L’on y apprend notamment l’importance capitale des suédois dans beaucoup des tubes de la musique américaine ou internationale que vous écoutez depuis des années. Non seulement parce qu’il y a eu ABBA, mais surtout à cause de Denniz PoP (Dag Krister Volle, producteur de Ace of Base) qui avec Max Martin, un autre suédois (Martin Sandberg de son vrai nom) va inventer une nouvelle façon de faire des tubes. Ensemble ils feront les premiers succès de Britney Spears et avant cela des Backstreet Boys et de NSYNC (groupes de garçons adolescents des années 90, le plus célèbre d’entre deux est devenu Justin Timberlake).

Réalisez par exemple que Max Martin sur ces 18 dernières années s’est imposé comme l’auteur ou le co-auteur qui cumule le plus de N°1 des charts, devant Les Beatles ou Michael Jackson. De quoi rugir, même s’il est très discret, contrairement à Katy Perry…

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Selon John Seabrook la « Song Machine » constituée des grands faiseurs de tubes, produit deux types de HITS. Une branche qui descend de l’europop et l’autre du R&B. « Les premiers sont dotés de mélodies plus longues, progressives, avec une distinction couplet-refrain plus nette, et sont peaufinés dans les moindres détails. Les seconds possèdent un groove rythmique surmonté d’une accroche mélodique chantée, le « hook » qui est répété tout au long du morceau. »

« Cette distinction entre Pop et R&B, qui aux Etats-Unis est autant une affaire de couleur de peau que de musique, est moins marquée en Suède (…) Max Martin et ses acolytes suédois ont inventé un hybride transgenre : une pop music dotée d’un feeling hérité du R&B (… ) [ceci] grâce aux méthodes de travail développées à Stockholm dans les années 90 au sein des Cheiron Studios ». Une division du travail en studio qui consiste à « rendre le songwriting collaboratif » personne n’est propriétaire de son travail. Les auteurs-compositeurs se voient assignés différentes parties de morceaux (…) refrain, un pont ou un « hook ». Le chanteur Suédois E-Type (Bo Martin Erik Eriksson) résumait ainsi « j’ai l’impression d’être dans un atelier d’un maitre italien du XVème ou XVIème siècle. Un assistant réalise les mains, un autre s’occupe des pieds, et l’autre d’encore autre chose ».

Parmi ces artistes d’ateliers il faut citer le duo de producteurs norvégiens Stargate, récemment associés à une jeune chanteuse, Ester Dean, employée comme « topliner » surnommée la reine du « hook » : elle a co-écrit des chansons pour Nicki Minaj, Beyoncé et surtout Rihanna. Il suffit d’écouter la bande de travail de « Rude Boy ». Please don’t stop the Music.

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3 exemples d’anecdotes éclairantes (et amusantes) choisies par John Seabrook :

LA NOTE EN OR

David Foster, producteur de Barbra Streisand invente cette locution de La note en or (the money note) celle de Whitney Houston dans I Will Always love you (quand au troisième refrain : pause, batterie, puis IIIIIIIIIIIIEEEEEEEIIII will always LOVE You ») de même dans « My Heart Will Go On » de Céline Dion « le changement de tonalité qui entame le troisième couplet vous stoppe net dans les allées du supermarché, détourne votre attention et vous transporte dans un monde romantique grandiloquent »

LA THEORIE DE LA LONGUE TRAINE

La Longue Traine est l’hypothèse d’un certain Chris Anderson qui prophétisait qu’avec internet et ses capacités de stockage illimitées, l’industrie du divertissement qui au XXème siècle reposait sur des hits, serait au XXIème siècle une affaire de niches. « Or, ca n’est pas arrivé : en 2008 sur les 13 millions de morceaux disponibles sur internet, 52 000 ont réalisé 80% des revenus de l’industrie. (…) Aujourd’hui 77% de profits de l’industrie du disque sont réalisés par 1% des artistes. » Et alors qu’il paraît très simple pour n’importe qui de faire de la musique avec son ordinateur ou même son téléphone, on retrouve (presque) toujours les même noms derrières les hits les plus vendus dans le monde.

CASTING ET CIBLES

Louis Jay Pearlman, entrepreneur d’une société de dirigeable et d’hélicoptères va s’inspirer d’un de ses clients, les New Kids on the Block, pour créer de toutes pièces son propre boys band, les Backstreet Boys. Et en bon stratège il envisage le groupe comme un plan marketing destiné à toucher différents publics « le mauvais garçon pour séduire les délurées, le gars à l’allure normale et rassurante pour les petites filles modèles, le sportif pour les plus superficielles, le poète pour les filles sensibles et solitaires – et le beau gosse bien bâti pour les mamans qui accompagnent leur fille au concert ». C’est avec la même lucidité marchande qu’il organisera sa propre concurrence en montant un groupe rival aux BB : N’Sync. Groupe où débutera un ancien chanteur du Mickey Mouse Club de Disney Channel, Justin Timberlake.

Extraits diffusés :

  • Ace Of Base « All That She Wants » (Jonas Berggren-Ulf Ekberg)
  • Katy Perry « Roar » (Max Martin, Lukasz Gottwald, Katy Perry, Henry Walter, Bonnie McKee)
  • Ester Dean Demo « Rude Boy » (Stargate, Ester Dean, Makeba Riddick, Rob Swire, Robyn Fenty)
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