LE DIRECT
Naïsam Jalal

Syrie : que faire quand on est musicien ?

5 min
À retrouver dans l'émission

Question souvent posée aux interprètes venus de pays en conflits, à laquelle chacun répond comme il peut. La chanteuse et oudiste Waed Bouhassoun poursuit ses recherches entre un répertoire « de montagne » et la poésie classique, quand Naïssam Jalal choisit le combat des genres et l’hommage direct.

Naïsam Jalal
Naïsam Jalal Crédits : Paul Evrard

« J’ai le cœur blessé par les yeux noisettes et le sourire aux dents de perle. Ami, empli mon verre de vin limpide » : à Alep, servi ici par Waed Bouhassoun, la musicienne, joueuse de oud (et ici surtout chanteuse) qui choisit pour son second disque solo d’interpréter deux facettes du répertoire vocal arabe, la poésie Nabatéenne du Sud de la Syrie (elle est originaire d’un village de la montagne druze) et puis, pour l’autre versant, la poésie classique, notamment celle de l’Andalousie musulmane.

Elle est accompagnée par un joueur de flûte ney, Moslem Rahal (originaire lui de Lattaquié, au bord de la mer face à Chypre) et évidemment si l’entente, l’union entre leur souffle fait tout l’intérêt de cet enregistrement, ce qui retient l’attention c’est l’adaptation du chant de Waed Bouhassoun aux textes qu’elle a choisis. Elle parle d’une voix « montagnarde » (elle contracte ses cordes vocales) pour chanter cette poésie nabatéenne dont les premiers mots résonnent étrangement avec l’actualité : Al Hîda’ « Pleure ton fils unique, la mort n’épargne personne, Tu dois pleurer aujourd’hui ou demain » (chant de chamelier du Djebel Druze) ou encore Qasidat al Fan « J’ai peur alors que je n’avais jamais eu peur. Que faire ? Le Destin a tourné ».

Pour afficher ce contenu Youtube, vous devez accepter les cookies Publicité.

Ces cookies permettent à nos partenaires de vous proposer des publicités et des contenus personnalisés en fonction de votre navigation, de votre profil et de vos centres d'intérêt.
Gérer mes choix

Autre démarche et autre son (mais toujours avec une flûte) avec Naïssam Jalal qui pour ce nouvel enregistrement (à paraître en novembre prochain) souhaite toujours inventer une musique (je cite) « ancrée dans les traditions musicales extra occidentales et tournée vers l’inconnu ». Le titre de l’album « Almot Wala Almazala » (La mort plutôt que l’humiliation) fait écho au slogan des manifestations du printemps 2011 : « c’est pour rendre hommage à leur courage et rendre hommage aux centaines de milliers d’hommes, de femmes et d’enfants morts sous les balles ou la torture, morts de faim, assiégés par le régime et l’indifférence du monde » qu’elle a composé le morceau final qui porte ce titre.

Abdel Rahman El Bacha - Concours Reine Elisabeth piano 1978 (Muso)
Abdel Rahman El Bacha - Concours Reine Elisabeth piano 1978 (Muso)

Comment prendre en compte, ou pas, la situation des vôtres et de votre pays, quand vous êtes simple musicien ? En 1978 alors que la guerre civile fait rage au Liban, que les forces syriennes, israéliennes, les milices chrétiennes s’affrontent, le pianiste libanais Abdel Rahman El Bacha, 19 ans, se présente au concours Reine Elisabeth (à Bruxelles). Il doit jouer un concerto de Prokofiev, ainsi qu’un prélude de Bach (programme imposé sur ces épreuves). En choix personnel, Abdel Rahman El Bacha choisit une sonate de Mozart et cette pièce « Islamay » de Mily Balakirev, moins comme un cheval de bataille (c’est l’exercice de virtuosité par exellence) mais plutôt comme un rappel à son attachement à ses racines orientales. Message indirect qui n’a manqué de frapper le jury.

Extraits diffusés :

  • Waed Bouhassoun « à Alep » (chant traditionnel d’Alep) Disque : La Voix de la passion avec Molsem Rahal (flûte ney) label Buda Musique
  • Naïssam Jalal & Rhythms of Resistance « Dar Beida » Disque : Almot Wala Almazala (Les Couleurs du son/ RFI Talent)
  • Abdel Rahman El Bacha « Islamay » de Mily Balakirev Disque : Concours Reine Elisabeth piano 1978 (Muso)
L'équipe
Production
Réalisation

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......