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L'arrestation d' Emile Arton ( 1859-1905), courtier corrupteur dans l'affaire du scandale de Panama, en fuite depuis plusieurs annees

10 octobre 1913 : fin du percement du canal de Panama

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L'arrestation d' Emile Arton ( 1859-1905), courtier corrupteur dans l'affaire du scandale de Panama, en fuite depuis plusieurs annees
L'arrestation d' Emile Arton ( 1859-1905), courtier corrupteur dans l'affaire du scandale de Panama, en fuite depuis plusieurs annees Crédits : LEEMAGE - AFP

Le 10 octobre 1913, le percement du canal de Panama s’achève. Une idée ancienne, qui paraît évidente à cause de l’étroitesse de l’isthme qui sépare les deux parties de l’Amérique, formulée dès 1534 à la cour de Charles Quint, pour ne pas avoir à contourner le continent sud-américain par le Cap Horn. Pour qui vient de l’Atlantique Nord et irait sur la côte ouest des Etats-Unis, c’est plus de 12.000 kms qu’il peut ainsi économiser. Il fallut trois conditions, liées les unes aux autres, pour passer de l’idée à la réalisation : du capital, des techniques, et des échanges à faciliter.

De l’argent d’abord, que l’épanouissement du capitalisme permet de collecter. Ferdinand de Lesseps, devenu célèbre grâce à la construction du canal de Suez, inauguré en 1869, crée dix ans plus tard la compagnie universelle du canal interocéanique de Panama, société anonyme qui émet 800.000 actions à 500 francs, et lance la construction en 1881. Des techniques, la révolution industrielle avec l’usage de la vapeur, du fer et de l’acier, permettent des ouvrages beaucoup plus ambitieux et complexes enfin, l’augmentation des échanges que la première mondialisation de la fin du XIXème siècle permet : grands courants migratoires, transports de produits pondéreux facilités par l’invention du frigorifique, apparition et exportation de produits industriels de consommation courante. Mais le percement du canal ne se fait pas si facilement. Difficultés climatiques d’abord : 22.000 ouvriers meurent des suites de la fièvre jaune entre 1881 et 1889. Mauvais choix techniques sur un terrain beaucoup plus accidenté qu’à Suez, insatiables besoins financiers qui conduisent Lesseps et ses associés à corrompre des parlementaires pour obtenir délais et emprunts. C’est au moment où, enfin, les travaux marchent bien que la compagnie, lâchée par les banquiers, est mise en liquidation en 1889 85.000 souscripteurs sont ruinés. Le scandale de Panama, le plus grand scandale financier de la 3ème république, éclate en 1892, et rejaillit sur la classe politique.

Mais l’histoire ne s’arrête pas là ! Dès 1894, une nouvelle société est créée : la compagnie nouvelle du canal de Panama. Et un ingénieur français, ancien directeur du chantier, Philippe Bunau-Varilla, ne renonce pas. Il a l’idée d’intéresser le gouvernement des Etats-Unis au projet alors que ce dernier a dans ses cartons un projet de canal, mais plus au nord, au Nicaragua. Il convainc financiers et politiques. Les Etats-Unis facilitent l’indépendance du Panama qui se détache de la Colombie en guerre civile en 1903. Bunau-Varilla, devenu ambassadeur du nouvel état à Washington signe avec le secrétaire d’Etat un extraordinaire traité : pour 40 millions de dollars, les Etats-Unis rachètent la compagnie nouvelle du canal, pour 10 millions de plus, ils obtiennent la concession à perpétuité de la zone du Canal ! Comme peut le dire le président Theodore Roosevelt : « J’ai pris Panama… quand Bunau-Varilla me l’a présenté sur un plateau d’argent ! ». La situation ne changera pas jusqu’en 1999, date de la restitution du canal.

Cet événement reste controversé mais il est bien symptomatique de l’extension de l’influence des Etats-Unis, en particulier dans toute l’Amérique centrale et la zone caraïbe depuis leur victoire dans la guerre contre l’Espagne en 1898. Politique du « big stick » / gros bâton (parler doucement avec un gros bâton dans le dos), « dollar diplomacy » sont le symbole même de la nouvelle puissance américaine. De 1903 à 1913, les Etats-Unis achèvent les travaux. Le canal est finalement inauguré le 15 août 1914.

Quant à Bunau-Varilla, il rentre en France, poursuit ses entreprises, se bat pendant la guerre et perd une jambe à Verdun.

Retrouvez aussi notre Grande Traversée consacrée à l'été 1913.

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