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2 avril 1913 : inauguration du Théâtre des Champs Elysées d'Auguste Perret

3 min
À retrouver dans l'émission

Le Corbusier raconte qu’arrivant à Paris en 1908 et cherchant des créateurs d’une architecture moderne, il lui fut répondu qu’il ne se passait rien en architecture, que tout y était complètement réactionnaire (sic). Mais « allez voir les frères Perret, ils utilisent le béton armé ». Ce n’est pas alors vraiment une nouveauté puisqu’il a été inventé en France dès 1840, mais son utilisation pour des monuments était des plus limitée. Auguste Perret a compris qu’avec le béton, coulé dans un coffrage en bois on peut allier modernité du matériau et un certain classicisme des formes.

Inauguré le 2 avril 1913, le théâtre des Champs Élysées, est le premier à être entièrement en béton, à la suite de choix architecturaux qui sont autant de manifestes esthétiques. La deuxième moitié du XIXème siècle avait vu le développement des architectures de verre et surtout de fer, avec la révolution industrielle : Cristal Palace, Halles, Ponts et viaducs, Tour Eiffel ! En 1900, pour l’exposition universelle, la verrière et la fonte du Grand Palais s’étaient parées à nouveau de pierres et de statues pour exprimer monumentalité et décor. Le style Beaux Arts accompagnait par ses décors cette reconquête.

Imaginé d’abord en acier avant qu’Auguste Perret n’en devienne l’architecte exclusif, le Théâtre des Champs Élysées rompt partiellement avec une telle posture, sous les coups de l’Art nouveau et avec les prémisses de l’art déco, tout en gardant des éléments classiques de nature à ne pas trop effaroucher. Sur la façade et le cadre de scène, de grands marbres blancs, les bas-reliefs, en marbre aussi de Bourdelle. Des décors peints de Maurice Denis ou d’Edouard Vuillard. Et un ensemble de verres et de cristaux signés René Lalique. C’est donc un concentré de l’art français de ce début du siècle.

Le concert d’inauguration est aussi un concentré du meilleur de la musique française. Camille Saint-Saëns passe le relais à Claude Debussy, à Paul Dukas, à Vincent d’Indy. Mais le vrai événement musical, celui que le scandale apporte, sera le 19 mai, avec la première du Sacre du Printemps de Stravinsky. Le Théâtre des Champs Élysées est lancé.

Inauguré quelques 40 ans auparavant, le Palais Garnier était tout en courbes et en décors singuliers, tout en ors et en velours. De l’or, de la pourpre, il y en a aussi dans le Théâtre des Champs Élysées, mais au service d’une structure très différente, faite d’angles et de clarté, dans un cadre élancé. Du béton armé, les poteaux porteurs majestueusement visibles dans le hall. Le XXème siècle en sera rempli, par Auguste Perret lui-même, par Le Corbusier, et par leurs émules dans le monde entier, jusqu’à Oscar Niemeyer, qui construisit toute une capitale – Brasilia – et aux angles droits de ses prédécesseurs, ajouta mouvements, rondeurs et légèreté !

> Retrouvez aussi notre Grande Traversée consacrée à l'été 1913.

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