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Avril 1913 : publication d'Alcools de Guillaume Apollinaire

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Quand il paraît, en avril 1913, tiré à 500 exemplaires, le recueil de poèmes de Guillaume Apollinaire ne fait pas grand bruit. Il est pourtant le fruit d’une longue gestation, plus de 15 ans, et s’impose rapidement comme une œuvre majeure, une porte qui s’ouvre sur le XXème siècle.

Ce n’est pas, bien sûr, parce que l’on y parle de l’Allemagne, du Rhin plus précisément qui a inspiré au poète, vagabond de l’Europe, des textes, les Rhénanes, écrits dix ans auparavant, et qui sont inclus dans le recueil.

Non, l’essentiel n’est pas là. Renouvellement formel, recherche de la modernité, expérimentation poétique, radicale absence de ponctuation qui crée des rapprochements et des ambigüités de sens et accentuent les allitérations, voilà les marques de la nouveauté, affirmée d’emblée dans le premier vers : « A la fin tu es las de ce monde ancien » !

« Zone », écrit en dernier par le poète, est placé au début du volume. Il est cet hymne à la modernité. On y suit les déambulations du poète dans le Paris des années 1900, un Paris transformé par la révolution industrielle, avec son « troupeau de ponts », guidé par une « bergère ô Tour Eiffel », qui est aussi notre bergère pour nous conduire dans le monde nouveau. Une ville avec des « automobiles », des autobus mugissants, des sténodactylographes et un avion !

Déambulation urbaine, déambulation dans les souvenirs, pour une vie recomposée, et composée comme le portrait cubiste d’Apollinaire par Picasso, publié en frontispice de l’ouvrage : chapeaux, pipes, journaux, cheminées ou instruments de musique, collages ou peinture qui font écho aux collages de la poésie.

Apollinaire, qui sera broyé par la guerre comme tant d’autres et mourra de la grippe espagnole en 1918 et dont les photographies les plus célèbres sont celles qui le montrent la tête cerclée après la trépanation, est aussi le symbole d’un mouvement unique de l’histoire intellectuelle de l’Europe.

Cette brève période où toute la création du continent se retrouvera à Paris, où l’on échange, où l’on partage, avec en écho ce qui se fait à Vienne, à Berlin, à Londres, ce moment où les « parfums, les couleurs et les sons se répondent ». Dans un même mouvement, le cubisme et le futurisme, Debussy et Stravinsky, et les poèmes d’Alcools dialoguent. « Zone » est publié à Berlin dans la revue der Sturm au moment même où il paraît à Paris. Guillaume Apollinaire, Français, né d’un père italien et d’une mère polonaise, voyageur, amoureux de l’Allemagne, est l’incarnation de ce rêve esthétique.

> Retrouvez aussi notre Grande Traversée consacrée à l'été 1913.

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