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L'Allégorie du triomphe de Vénus de Bronzino (1503-1572)

L'Allégorie du triomphe de Vénus de Bronzino

58 min
À retrouver dans l'émission

Jean de Loisy s'entretient avec l'historien d'art Philippe Costamagna et le plasticien Bernard Moninot de "l'Allégorie du triomphe de Vénus" réalisée vers 1545 par le peintre florentin Agnolo Bronzino (1503-1572), en hommage à François Ier, une oeuvre complexe et passionnante, au contenu ambigu

L'Allégorie du triomphe de Vénus de Bronzino (1503-1572)
L'Allégorie du triomphe de Vénus de Bronzino (1503-1572)

Dans ce grand tableau vertical d’1m 46 sur 1m 16, conservé à la National Gallery à Londres, interviennent six ou sept personnages. Mais aussi deux colombes, trois ou quatre masques, divers accessoires comme carquois, flèches, sabliers, roses, rayons de miel, ronces et même une pomme d’or. Mais le regard s’attarde d’abord sur l’étreinte des deux figures principales, deux nus dont la peau porcelainée se détache sur un fond bleu cobalt, en traversant toute la composition. La femme déploie son corps en torsion dans toute la diagonale du tableau, ses pieds nus s’appuyant sur l’angle inférieur droit, repoussent deux ou trois masques au sol. Sa main gauche tient posée sur son mollet, en dessous de ses genoux repliés, une pomme d’or. Elle est dans une position intermédiaire, ni couchée, ni agenouillée, ni relevée. Son visage de profil regarde vers le haut, à son bras droit, qui dans l’angle opposé du tableau dérobe une flèche dans le carquois du jeune homme qui l’étreint : c’est Cupidon l’ange de l’amour. Celui-ci reçoit en retour le baiser de Vénus qui avec sa langue lui écarte les lèvres. Tandis que lui, le fils, pince de sa main droite le mamelon gauche de sa mère qui s’érige, il avance son genou droit vers la hanche de la déesse et se cambre étrangement. Autour de ce couple extraordinaire, diverses figures apparaissent : un enfant joueur qui s’apprête à lancer des roses, un vieillard ailé qui voudrait replier le grand drapé qui ferme la profondeur, tandis qu’un autre personnage masqué l’en empêche. Encore deux curieuses représentations émergent de l’ombre : une personne grimaçante qui se tient la tête dans ses mains crochues et une chimère, composée d’un élégant visage de jeune fille à corps de lion, à queue de serpent, et à dard de scorpion.

C’est pour déchiffrer cette oeuvre passionnante et complexe, cette allégorie, ce "triomphe de l’amour" - mais est-ce vraiment un triomphe ? - que Jean de Loisy s'entretient avec Philippe Costamagna, directeur du Palais Fesch, musée des Beaux-Arts d'Ajaccio, spécialiste de la peinture italienne, et particulièrement de la Renaissance florentine, et avec Bernard Moninot, artiste plasticien, enseignant à l'École Nationale Supérieure des Beaux-Arts de Paris.

Bernard Moninot : Bronzino peint à la fois le rayon de miel et le dard qui contient le poison, c’est-à-dire la volupté et ce qui vient après, la disparition de ce moment d’extase, le poison de la mélancolie. Mais ce qui est extraordinaire aussi, c’est que ce tableau à travers tous ces détails montre le métier des peintres, la construction extrêmement sophistiquée de simulacres de réalité. Le dessin de ce tableau est prodigieux : si on regarde la variété de toutes les positions des mains par exemple, c’est une véritable chorégraphie. Et cette chorégraphie n’est pas seulement liée à des gestes, elle est liée à des sentiments : recouvrir, saisir, voler, caresser, jeter, etc. Le regard passe d’un élément à un autre comme un jeu de ping pong, et c’est là que se fabrique la démonstration par les peintres de l’excellence de leur métier.

Philippe Costamagna : Ici, on est voyeur avant tout. C’est ce que voulait Bronzino, et les membres de la cour des Médicis : que le roi de France soit un voyeur. Ce sont des œuvres qui n’étaient pas faites pour être exposées dans des galeries, mais pour être vues dans l’intimité des antichambres. Ici, le voyeur contemple une œuvre érotique, le baiser entre la mère et l’enfant, entre Vénus et Cupidon, n’est pas un baiser chaste, c’est une scène incestueuse. Mais pour voir certains détails, il faut littéralement coller son propre corps au tableau, le tableau demande à être regardé de très près. Le tableau met en scène une apparition et en même temps porte un jugement moral sur ce qu’on est en train de faire. Parce que voir et être voyeur, c’est très différent.

Les textes lus par Sabine Haudepin sont extraits de :

  • Giorgio Vasari, Vies des artistes (1550)
  • Erwin Panofsky, Essais d'iconologie - les thèmes humanistes dans l'art de la Renaissance (1939)
  • Bronzino, "Del pennello" ("sur le pinceau"), extrait de Capitolo (1538)

Musiques diffusées

  • "Der Kastanienball" de Stefan F. Winter (Winter & Winter, 2005)

Prise de son : Alain Joubert

Page web : Sylvia Favre

Cette émission a été diffusée pour la première fois le 15.11.2015

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