LE DIRECT
Départ, 2015 Ampoules rouges, câbles électriques noirs, 185 x 283 cm. Courtesy Christian Boltanski et Galerie Marian Goodman.

Une visite avec Christian Boltanski

59 min
À retrouver dans l'émission

Le 1er décembre 2019, à l'occasion de l'exposition "Faire son temps", Christian Boltanski nous a fait déambuler au Centre Pompidou à travers ses oeuvres...

Départ, 2015 Ampoules rouges, câbles électriques noirs, 185 x 283 cm. Courtesy Christian Boltanski et Galerie Marian Goodman.
Départ, 2015 Ampoules rouges, câbles électriques noirs, 185 x 283 cm. Courtesy Christian Boltanski et Galerie Marian Goodman. Crédits : Rebecca Fanuele © Adagp, Paris, 2019

Jean de Loisy est au Musée national d'art moderne avec Christian Boltanski. Et c'est en sens inverse, "un peu comme une anecdote", que l'on a choisi de visiter "Faire son temps", l'exposition du plasticien qui s'est tenue au Centre Pompidou du 13 novembre 2019 au 16 mars 2020. Une promenade à travers les œuvres et les âges. Et l'occasion pour Jean de Loisy de recueillir les confessions de l'artiste sur ses inspirations, ses choix mais aussi les éléments épisodiques de sa vie qui ont marqué sa production.

Le parcours démarre par le rappel d'une drôle d'habitude qu'avait Christian Boltanski dans sa jeunesse :

J'avais une grande angoisse de devenir adulte. J'arrachais tous mes poils de barbes, j'ai dû en arracher une centaine. Ce qui est assez douloureux, je dois dire. Mais il y en a encore beaucoup...  Mais c'était l'idée, le désir de rester en forme. Christian Boltanski

Misterios, 2017 – installation Vidéo projection sur 3 écrans, format 16/9, son stéréo, couleur, durée : 12 heures Vue de l’exposition « Christian Boltanski: Lifetime »
Misterios, 2017 – installation Vidéo projection sur 3 écrans, format 16/9, son stéréo, couleur, durée : 12 heures Vue de l’exposition « Christian Boltanski: Lifetime » Crédits : The Israel Museum, Jérusalem, 2018 © Adagp, Paris, 2019

Au cœur d'une exposition qui a pour thématique les images de la vie et le temps qui passe, on retrouve les battements de celui de Christian Boltanski. Et on l'entend. Il rythme toute une partie des salles et anime une ampoule.

C'est mon cœur d'il y a douze ans. Je pense que mon cœur d'aujourd'hui est en moins bonne qualité. La première fois où j'ai fait cette œuvre, le lendemain, j'étais chez un cardiologue parce qu'évidemment, c'est très douloureux d'entendre son intérieur. On n'aime jamais entendre son intérieur. Quelquefois, la nuit, on entend sa veine qui bat ou quelque chose comme ça. C'est toujours très pénible. Christian Boltanski

Une phrase de l'un des frères de Christian Boltanski commence ainsi : "A force de raconter notre histoire, de la mettre en boîte, de la tourner en dérision, de la pétrir, de la triturer et d'autres récits, peut-être que vous n'êtes plus capable aujourd'hui de démêler le vrai du faux..." Une réflexion à laquelle l'artiste nous apporte son propre éclairage :

La vérité est une chose pas tout à fait simple. J'ai beaucoup d'œuvres qui sont faites avec des photographies de Suisses morts. Et quand je faisais une œuvre, par exemple de cent Suisses morts, j'en mettais toujours un de vivant. Et donc le titre était faux. Et je disais, il suffit d'attendre quelques années pour que le titre soit vrai. Donc, le mensonge un jour, peut être la vérité du lendemain. Et effectivement, l'art, c'est l'artifice. Donc c'était un mélange de vrai et de faux. Ce n'est pas une question de vérité mais de faire ressortir la vérité. Christian Boltanski

Réserve : Les Suisses morts, 1991 Boîtes en métal, photographies noir et blanc, 12 × 23 × 21,3 cm (chaque boîte) ; 6 × 4 cm (chaque photo) IVAM, Institut Valencià d’Art Modern,
Réserve : Les Suisses morts, 1991 Boîtes en métal, photographies noir et blanc, 12 × 23 × 21,3 cm (chaque boîte) ; 6 × 4 cm (chaque photo) IVAM, Institut Valencià d’Art Modern, Crédits : IVAM, Institut Valencia d'Art Moderne © Adagp, Paris, 2019

Avec "Crépuscule", Christian Boltanski matérialise la fin de la vie : 

Chaque jour, deux ampoules d'une manière automatique s'éteignent. Donc à la fin d'exposition, cette salle, qui est extrêmement lumineuse et éblouissante, sera totalement noire. On voit le temps qui passe. Et c'est là encore une sorte d'image de notre vie. A la fin, c'est noir. Christian Boltanski

Pourtant loin de la mélancolie que cela pourrait susciter, comme le remarque Jean de Loisy, avec Christian Boltanski l'humour est toujours là. Un artiste et un homme à la gaieté affichée, presque résigné à être joyeux, malgré tout : 

Je suis un homme extrêmement joyeux et bon vivant. Ça se voit. Et il y a cette chose que j'aime beaucoup dans la "Recherche du temps perdu". Il y a un homme qui est extrêmement malheureux parce qu'il vient de perdre sa femme. Ses amis l'emmènent dans le jardin et il marche la tête baissée. Il regarde le ciel. Il dit : "Mais il fait beau aujourd'hui. Regardez ces fleurs sont si belles, fermes. J'avais oublié". Et je pense qu'on ne peut vivre que parce qu'on oublie. Et je dis toujours "sainte légèreté", sainte légèreté qui nous fait oublier le malheur de la vie. Christian Boltanski

Textes lus par Hélène Lausseur.

Musiques extraites de :

Rediffusion de l'émission du 1er décembre 2019

Bibliographie

La cache

La cacheChristophe BoltanskiStock. Collection Bleue, 2015

Intervenants
L'équipe
Production
Réalisation
Avec la collaboration de

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......