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Portrait de Stéphane Mallarmé

Le portrait de Mallarmé par Manet

59 min
À retrouver dans l'émission

Une émissions sur le portrait du poète par Manet, l'un des chefs-d'oeuvre du peintre selon Georges Bataille. Et le manifeste d'une esthétique qui s'invente.

Portrait de Stéphane Mallarmé
Portrait de Stéphane Mallarmé Crédits : Edouard Manet (1876)

Aujourd'hui, nous allons observer ensemble le portrait du poète Stéphane Mallarmé, peint par Édouard Manet en 1876. Ce tableau que Georges Bataille a décrit dans son livre consacré à cet artiste en 1955. "Manet fait un petit portrait de moi en ce moment", écrit Stéphane Mallarmé à un ami le 19 octobre 1876. Ce "tableautin", ainsi que l'appelle Mallarmé, n'est qu'une petite huile sur toile de 27 cm par 36 qui fut longtemps accrochée à son domicile, rue de Rome, à Paris, un petit peu au dessus de la gare Saint-Lazare, où il recevait chaque mardi. Elle est le plus célèbre portrait du poète. 

C'est bien sûr le signe affectueux d'un peintre déjà fameux, quoique contesté, que Mallarmé, de dix ans son cadet depuis trois ans et pendant sept ans encore, admire et visite presque chaque jour. Mallarmé, dans ce tableau, paraît vêtu d'un paletot bleu foncé, assis, presque avachi sur un sofa, appuyé sur un large coussin, le corps penché vers sa droite, la main gauche dans sa poche, l'autre posée sur un livre.

Manifeste d'une esthétique qui s'invente

Entre ses doigts négligemment tenus se consume un cigare dont la fumée s'élève, brouillant le fond du tableau qu'animent, voletant sur un papier peint ou une tenture brun clair, comme des motifs japonisant : brins d'herbe, feuilles, papillons. Or, ce tableau nous paraît être beaucoup plus que le portrait d'un ami. Il nous semble le manifeste d'une esthétique qui s'invente; non pas le corps ou le visage qui sont là, représentés et ressemblant pourtant, mais l'air qui s'anime tout autour et la consommation odorante du tabac qui le parfume et le rythme des touches qui vont et viennent sur le fond, comme une écriture vivace et les ombres derrière la tête qui paraissent si l'on y regarde à deux fois, comme dans une demi conscience dissimulée, la silhouette ou l'ombre dans l'ombre d'un corbeau, ou encore les yeux mi clos du poète, qui est moins saisi dans la conversation qu'observer dans la rêverie que lui inspire le livre encore vierge à la tranche rouge et que sa blancheur défend. 

C'est donc l'air qui l'entoure. Un déluge d'air, dit Mallarmé. L'air, c'est à dire non pas l'être, non pas le motif, mais un climat, une résonance, une importance donnée au vide, une façon d'habiter la périphérie des choses, de faire teinter l'atmosphère qui les entoure, comme si ce n'était qu'au plus près du néant que comme paraphrases, comme dirait Duchamp. La poésie et l'art devaient chercher leur sujet. Ce néant est aussi un sujet que frôle sans cesse Georges Bataille

Georges Bataille écrit sur ce tableau. Le deuxième chef d'œuvre absolu de Manet,  à ses yeux. L'écrivain a, deux ans auparavant, édité un livre intitulé Souveraineté. Et ensuite, simultanément, il fait publier deux livres chez Skira en 1955, l'un consacré à Lascaux et l'autre à Manet. Il ne faut pas négliger le sens de cette publication, si j'ose dire la souveraineté. Ce livre est pour Bataille la part libre de tout homme dont la dignité refuse d'être aliénée par les notions de bien ou de mal. L'artiste, pour lui, dans sa subjectivité souveraine, en incarne la possibilité. Lascaux, par contre, est dans son esprit la possibilité d'un sacré indépendant du bien et du mal. Et Manet, vingt cinq mille ans plus tard, par le suprême éclat de rire, qu'Olympiadéclencha, ouvre le temps de l'art moderne, le temps de cette ingénuité qui ruine l'opposition entre beauté et laideur. Et il décide que Manet est celui qui tranche dans cette danse au bord du néant, celui qui apporte le rajeunissement de la beauté et qu'ont désigné à l'évidence la colère et les quolibets du public.

Musique  : durant l’émission vous avez pu entendre des musiques du pianiste, compositeur, arrangeur et directeur musicalChristophe Chassol.

Intervenants
  • artiste. Tient en ce moment une exposition intitulée « Back-Strock » à Berlin à la galerie Carlier-Gebauer, et une exposition au Mass MOCA (Etats-Unis).
  • Agrégé de lettres, historien et critique d’art.
  • historien, critique d’art, Conseiller scientifique auprès de la Présidence du musée d’Orsay et du musée de l’Orangerie.
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