LE DIRECT

ACR – L’océan ne se passe pas

59 min

d’Eric La Casa et Jean-Luc Guionnet, réalisation Marie-Laure Ciboulet

Jean-Louis Deloncle, Elise Leu (technique)

Entre juin et septembre 2010, nous avons élaboré une installation sonore, "Appels à contre- courbes", pour le parc des Côteaux, face à Bordeaux. Nous avons choisi de travailler au bord d’une desserte d’autoroute, séparant deux communes (Bassens et Lormont). Ce site est chargé des tensions qui parfois se concentrent en un point particulier tout autour des grandes villes, en posant une multitude de problèmes contradictoires à la fois pratiques et quasiment métaphysiques : l’arbitraire ou non des frontières, du tracé des voies de communication, de l’implantation des commodités, de l’intégration de la nature dans le bâti, de cette différence entre le bâti et la nature, de la forme d’un parc, etc. L'installation était exclusivement basée sur la diffusion, dans cet espace, des réponses que 25 enfants âgés de 8 à 12 ans ont donné à une série de questions sur ce qu’est ou n’est pas la nature.

Très vite, nous est apparus que cet ensemble hétérophonique de réponses recelait un projet radiophonique original : l’occasion de composer avec cette parole et de faire entendre comment, au travers de sa dialectique sans apprêt, elle renvoit aux profondes incohérences du sens commun, et au flou qui entoure la définition de mots sans arrêt utilisés : par exemple le mot “nature”.

L'océan ne se passe pas
L'océan ne se passe pas

Pour l’émission, les 4 questions que nous posons à chaque enfant, un à un, sont :

Qu’est-ce que la nature ?

Qu’est-ce qui n’est pas naturel ?

Qu’est-ce qui n’est ni naturel ni pas naturel ?

Et toi, est-ce que tu es naturel(le) ?

Empreinte d’une inscription dans le monde, à chaque fois particulière, le sens des phrases de ces enfants témoignent aussi de subjectivations contemporaines, aux frontières, parfois, d’une intimité troublante avec leur questionnement.

Les réponses sont organisées en plusieurs cycles plus ou moins thématiques.

Par rapport à l'installation, quatre éléments originaux sont intégrés à cette création radiophonique :

1, la parole d’une linguiste (Evelyne Saulnier) qui explique comment une récente évolution de l’usage a fait que l’expression « le temps se passe » s’est transformé petit à petit en « le temps passe » : pourquoi, comment le « se » s’est-il perdu ?

2, l’enregistrement d’un quintet de musique improvisée, Hubbub, dirigé par nos soins à l’occasion de ce projet, offre un ensemble de motifs musicaux, que nous allions à la parole des enfants usant de cette musique instrumentale selon des codes quasi-cinématographiques — une musique de film ? — frisant parfois la dramatisation.

3, une prise de son faite en Antarctique par Douglas Quin : des phoques de Weddell dont les voix sont mises en dialogue avec celle de la linguiste.

4, un intermède très court sépare les 3 premiers cycles de réponses. À chaque fois différent, il est fait d’un mixage en dentelle de micros éléments issus des 4 autres régimes sonores de l’ACR, et de fragments du making-off.

La pensée des enfants est pleine d’espace et de lieux : nous avons tenté d’y être fidèle en amplifiant et en ramifiant cette géographie mentale, avec un questionnement théorique précis sur le langage, son usage et son évolution, l’affect que la musique ramène dès qu’elle est mise en présence de la parole, et l’extrême du trouble que provoque une écoute surprise de la voix des phoques… un trouble proprement mammifère ?

À l’auditeur, maintenant, de circuler entre ces vides et ces pleins, de construire des raisons, ou au contraire de se laisser rêver par cette construction que l’on pourrait dire à la fois logique, et irrationnelle.

Le résultat sous forme de listes

Nature

tout ce qu'il y a sur terre

des choses qui se font toutes seules

tout ce qui est végétal

tout ce qui est bien

les animaux qui vivent en paix

quelque chose qui est beau

nous les humains on est naturel

quelque chose qui nous fait vivre

les arbres font du vent

mon corps c'est naturel

tout ce qui se fabrique sans qu'on s'en occupe

c'est tout ce qu'il y a sur terre

tout ce qui vit

tout ce qui est vert

la nature c'est là où çà pousse

tout ce qui n'a pas été fabriqué par l'homme

elle est là pour nous protéger

Non nature

tout ce qui gêne

tout ce que nous on fait

tout ce qui pollue

tout ce qui pollue les arbres

la salle n'est pas naturel

un caillou c'est pas naturel

la télé n'est pas trop naturel

les arbres c'est pas naturel

le pantalon ce n'est pas naturel

presque rien n'est naturel

je ne suis pas naturel

Installation sonore "Appels à contre-courbes" d'Eric La Casa & Jean-Luc Guionnet (cliquez sur l'image pour avoir le détail de la présentation)

Appels à contre-courbes
Appels à contre-courbes

Avec Coraline, Florent, Darius, Mélanie, Néo, Ruben, Monica, Manon, Maxime, Mathis, Maya, Killian, Hugo, Maxime,

Yoann, Baptiste, Adam, Mohamed, Lucie, Tiane, Alison, Jessica, Ryan, Mayori, et Timothée et Evelyne Saunier

Voix Sonia Fleurance et Maï

Musique Originale "L'océan ne se passe pas" par Hubbub

[Frédéric Blondy (piano préparé), Bertrand Denzler (sax tenor), Jean-Luc Guionnet (sax alto), Jean-Sébastien Mariage

(guitare électrique), et Edward Perraud (percussions et objets)]

Enregistrement en Antarctique des phoques de Weddell par Douglas Quin

Groupe de réalisation Marie-Laure Ciboulet, Jean-Louis Deloncle, Elise Leu.

Coordination Inès de Bruyn, Alice Ramond et Irène Omélianenko

Avec le soutien de l'association Le Bruit du Frigo, et de la biennale Panoramas

Remerciements à Yvan Detraz, Anne-Cécile Paredes, les directrices des centres de loisirs de Séguinaud et de l'Ermitage

Une pensée pour Gabi Farage

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