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David, fragments d'un teen-movie suisse imaginaire

1h01

Un projet de Guillaume Brac, réalisation Nathalie Battus

David et Guillaume
David et Guillaume

Ce documentaire pourrait s’intituler « David, fragments d’un teen-movie suisse imaginaire ». Car, plus qu’un documentaire à proprement parler, ce sera un essai hybride entre documentaire et fiction, un carnet de notes et de repérages, un travail d’approche pour un film que je ferai peut-être un jour. Ou peut-être jamais. Un teen movie suisse.

Le décor en sera Genève, où j’ai vécu entre quatorze et seize ans certains des épisodes les plus marquants de mon adolescence.

Le sujet, ou plutôt le cœur, en sera David, un ami d’adolescence, qui a représenté pour moi à cette époque un appel d’air incroyable. Qui a incarné pour le bon élève que j’étais, une liberté, une transgression, une rebellion. Mais une rebellion toujours douce et inoffensive. Une rebellion de teen movie, en somme, teintée d’une forme assez rare de générosité et d’innocence.

Le documentaire questionnera nos souvenirs communs. L’influence que David a eue sur moi à l’époque. Sa vie aujourd’hui. Mais peut-être plus encore le pouvoir fictionnel de ces souvenirs. Et la dimension romanesque de sa famille, propriétaire à l’époque de deux villas avec vue sur le lac dans l’un des quartiers les plus chics de Genève. Des villas restées inachevées, éternellement en travaux, à la suite d’un revers de fortune. Des villas qui représentaient pour nous un terrain de jeux inépuisable chaque week-end, qui ouvraient sur tout un monde imaginaire. Un monde autour duquel flottait un parfum de déclassement. Mais sans amertume, jamais. Toujours cette tonalité de comédie, certes teintée de mélancolie.

La mère de David a déjà pensé écrire les péripéties et déboires successifs de leur famille - entre investissements ratés dans l’immobilier, création avortée d’un musée du char d’assaut ou ouverture fugace d’un fastfood - preuve de leur caractère romanesque. Elle participera elle aussi au documentaire.

David est presque un antidote à la violence économique de Genève. Vendeur de matériel informatique, traversant de longues périodes d’inactivité, quand mes autres camarades de l’époque travaillent pour la plupart dans la banque ou les affaires.

Aujourd’hui encore, il a conservé un lien très fort à l’enfance, une sorte d’innocence. Et le fait d’être devenu père n’y change rien.

La liste de ses conneries est longue. Des conneries jamais vraiment méchantes, ni dangereuses.

J’aimerais que le documentaire soit parsemé d’extraits de films. Les films que nous regardions à l’époque, souvent à son initiative, thrillers, films d’action, comédies un peu idiotes. Mais aussi de ceux que j’ai découverts plus tard et dans lesquels j’ai souvent eu le sentiment de nous retrouver tels que nous étions il y a vingt ans, tel qu’est peut-être toujours un peu David.

On y entendra également quelques-unes des chansons qui ont accompagné l’irruption soudaine des filles dans notre univers asexué.

Evidemment, tout cela ne pourrait être qu’une suite d’anecdotes un peu complaisantes et narcissiques. C’est tout le pari de ce documentaire que d’y échapper. Il faudra inventer un dispositif sonore et narratif pour donner du sens à ces souvenirs. Confronter la parole documentaire de David, de sa mère, de quelques amis peut-être, avec ces extraits de films, ces chansons. Et puis les sons de Genève, les sons de notre adolescence : crissements de tramways, clapotis du lac, bowling, ping pong et surtout un rire incroyablement communicatif…

On y parlera aussi d’une drôle d’école privée, peuplée de fils de milliardaires et frappée de scandales pédophiles, des ravages de l’autorité. On y parlera peut-être aussi en vrac de la Suisse, du sort qui y est réservé aux chômeurs. Des entretiens d’embauche. De la paternité. Du Bain des Pâquis, un lieu où se croisent banquiers, retraités, étudiants, chômeurs, dans un climat de douce utopie.

On y devinera peut-être des éléments disparates d’un film à venir. Ou pas

Dans tous les cas, il restera des retrouvailles avec un ami et un lieu.

Un assemblage fragmentaire de souvenirs et quelques lambeaux de fiction.

Et l’expérience pour moi d’un film sans images.

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