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Pierre Clémenti / Trouer les Murs

56 min

Un atelier de création proposé par Philippe BressonRéalisation : Lionel Quantin

« Je suis passé un peu par tous les systèmes répressifs de la société, que ce soient les maisons de correction, les collèges d’État, les asiles psychiatriques, les asiles criminels et maintenant, pour finir, les prisons. Toutes ces voix étouffées que j'ai entendues des années durant disent ce qu'il en est de la vérité et de la justice en ce monde. Elles exigent que soit donné à l'homme enfermé la possibilité de créer, de se réinventer. Car aujourd'hui l'homme qui sort de prison est minutieusement fabriqué pour y retourner. Que l'on offre au moins à ceux qui sont condamnés par un système le moyen d'émerger des profondeurs. » (Pierre Clémenti – Quelques messages personnels )

Pierre Clémenti - Image : Anne Nordmann (DR)
Pierre Clémenti - Image : Anne Nordmann (DR)

Je devais avoir huit ou neuf ans lorsque j'ai croisé pour la première fois le regard de Pierre Clémenti sur un écran, celui noir et blanc de la Téléavia qui trônait dans le salon de mes parents. Je ne sais plus si j'ai d'abord vu Benjamin… ou Belle de Jour ; ce dont je me souviens c'est qu'il avait pour partenaire Catherine Deneuve dans les deux films et que c'est d'abord pour elle, la Peau d'âne de mon enfance, que j'ai insisté pour qu'on me permette, exceptionnellement, de voir au moins le début d'un programme au « rectangle blanc », c'est-à-dire jugé à l'époque comme pouvant présenter un danger pour la jeunesse par son caractère immoral ou choquant. A un âge où l'on joue à se reconnaître en imaginant toute sorte de possibles, l'apparition de cet acteur que je trouvais si différent des autres, au physique presque irréel – comme arraché à l'univers d'un conte ou d'une bande-dessinée – et qui plus est dans des films qui m'étaient à priori « interdits », fut pour moi particulièrement intrigante : je n'en avais pas encore conscience, mais je peux dire avec le recul que cette « forte impression » tenait aussi au fait qu'il ne renvoyait pas une image et une seule, mais que son image – curieusement – semblait pouvoir les contenir toutes : enfant et adulte, beau et effrayant, viril et féminin, léger et mélancolique, sombre et lumineux, angélique et cruel, prince et voyou, libre et prisonnier, inquiétant et familier... Tel le joueur de flûte de Hamelin, il ouvrait une voie : celle d'une multiplicité aussi infinie que le champ complexe du désir.

J'appris plus tard que le personnage qui avait marqué mon enfance était aussi réalisateur de films dits «expérimentaux», peintre ou musicien à ses heures et auteur d'un livre paru en 1973, Quelques messages personnels, dans lequel il retrace les épisodes essentiels de sa vie et revient sur les dix-sept mois qu’il a passés en prison à Rome, suite à son arrestation pour détention de drogues en juillet 1971. Dans une langue à la fois sobre et lyrique, il montre ce qu'il en est de la mutilation qu'impose la « condition pénitentiaire » et son témoignage est d'autant plus fort qu'il intègre l'expérience carcérale à une réflexion politique au sens large du mot.

Pour aller à la rencontre de Pierre Clémenti, j'ai choisi de m'entourer de Bulle Ogier, Marc'O, Jean-Pierre Kalfon, Jeanne Hoffstetter, Nicolas Frize, René Schérer, ainsi que d'anciens détenus hébergés provisoirement dans un centre thérapeutique pour personnes sortant de prison et confrontées à une addiction. J'ai en effet souhaité que ses « frères » – comme il le disait –, ceux qui comme lui ont souffert de l'isolement, de la solitude, de l'enfermement, de cette organisation d'une immense déviance qu'est la prison, s'emparent de ses mots ici et maintenant, en confrontation avec leur propre vécu. Ouvrir les portes. Avec lui. Avec eux. Ensemble. Trouer les murs.

Remerciements à Arthur, Carlos, Elvira, Eugénia, Nacéra, Thierry, Yacine...

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