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Géopolitique de l'indignation

40 min
À retrouver dans l'émission

Au lendemain des attentats sanglants de Charlie Hebdo et de la mobilisation en solidarité aux victimes, on a pu voir monter un peu partout dans le monde des réactions en sens inverse, hostiles notamment à la une suivante de Charlie, en particulier dans le monde musulman. Dans ce contexte, il s'agit donc d'étudier ces manifestations et de s'interroger sur leurs ressorts, au-delà de ce qui relève du traditionnel argument de civilisation. Il faut se demander ce qui relève d'un mouvement international général, et ce qui répond à des dynamiques politiques nationales très spécifiques, qui provoquent ou instrumentalisent ces réactions. Et au-delà, il s'agit aussi de se poser la question plus générale de la place de l'émotion en politique, en particulier dans un contexte aussi spécifique et aussi dramatique.

Pourquoi certains de ces pays réagissent-ils plus que d’autres à ce qu’ils ressentent comme des provocations à l’égard de l’Islam venu des pays occidentaux ? Pourquoi par exemple un pays comme le Niger s’est-il embrasé début janvier à la suite de la tuerie de Charlie Hebdo ? Autrement dit, y a-t-il des logiques locales, des enjeux de pouvoir singuliers qui jouent dans ce qu’on pourrait appeler une géopolitique de l’indignation ?

Les conflits autour des caricatures sont-ils véritablement des questions de civilisation ?

Tenter de répondre à ces questions, ce n’est pas relativiser le drame du terrorisme. C’est réintroduire la politique là où ça fait mal et penser le monde comme il est et non comme on aimerait qu’il soit.

Un danger se reproduit : cette sorte de guerre discursive internationale où l’on oppose des paires conceptuelles totalement abstraites : les Occidentaux auraient le monopole du sens de l’humour tandis que les autres seraient intolérants, la même opposition entre la liberté d’expression et la sensibilité religieuse, etc… et le danger est que ce soit quelque chose dont finalement on a nous aussi du mal à se départir, dans notre discours d’observation ou de représentation de « ces pays » dont parlait François Hollande.

Amélie Blom

Il faut voir que l’islam salafiste, éventuellement dans son expression violente comme Boko Haram, exprime avant tout la frustration, la colère, l’indignation des énormes masses populeuses, qui ne se reconnaissent absolument pas dans cet Etat de type occidental qui ne leur a apporté que pauvreté, violence et répression indiscriminées. Le président à Niamey incarne un peu cet Etat hérité du colonisateur, qui n’a pas répondu aux besoins fondamentaux de la population et sa présence ostentatoire et éminemment sympathique pour nous à la manifestation du 11 janvier sonne comme une provocation pour ces masses très en colère. […]

Aujourd'hui, on s’inquiète de la réislamisation des ces sociétés, mais il faut voir que depuis les années 1980, la France et les autres bailleurs occidentaux ont systématiquement détruit au nom de l’ajustement structurel et de la rigueur financière l’école publique et la santé publique. Et la nature ayant horreur du vide, c’est évidemment les pétromonarchies qui ont financé l’école coranique et les ONG islamiques.

Jean-François Bayart

Le conseil de lecture de la semaine : En quête de l'Orient perdu, entretiens avec Jean-Louis Schlegel par Olivier Roy (Seuil, 2014)
Un ouvrage original et décapant, retour sur un parcours et collection de souvenirs d'une recherche qui fut avant tout une aventure ; par l'un des grands spécialistes de l'Islam et de ses mutations dans un monde évoluant à toute vitesse.

L’objet principal de cet ouvrage est une introspection dans le parcours particulièrement atypique de Roy : khâgneux à Louis Le Grand, brièvement membre de la Gauche prolétarienne dans les années 60, avant de partir en plein concours de l’Ecole normale pour un périple initiatique en Afghanistan […]. Ce que ce livre recèle de tout à fait passionnant, c’est la simplicité sensible avec laquelle Olivier Roy raconte son parcours chaotique, ses relations ambigues avec les services secrets, le Quai d’Orsay comme les combattants islamistes ou soviétiques, sans qu’une trace de jugement moral ne vienne encombrer les histoires parfois renversantes qu’il aime tant raconter.
En bref, un honnête homme issu de notre ambivalente modernité, dont le regard éclaire notre cheminement, à tâtons, dans les méandres de la mondialisation culturelle.

Suivez aussi l'émission sur Facebook et Twitter, et n'hésitez pas à soumettre des suggestions d'émissions sur ces réseaux ou à atelierdupouvoir@radiofrance.com

Intervenants
  • chercheuse au Centre d'études de l'Inde et de l'Asie du sud à l'EHESS
  • Journaliste, correspondant permanent de Radio France en Allemagne, ancien chef du service politique de France Culture
  • professeur à l'Institut des hautes études internationales et du développement (IHEID, Genève)
L'équipe
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