LE DIRECT
La Jungle

De quelques animaux, y compris un arbre de Jean-Christophe Bailly

57 min
À retrouver dans l'émission

Plongeon au...cœur...de la nature !!!!

La Jungle
La Jungle Crédits : George Rose - Getty

A l'IMEC (Institut Mémoires de l'Edition Contemporaine) dans le Calvados se tient jusqu'au 2 Avril l' exposition inaugurale du nouvel espace de l'abbaye d'Ardenne, intitulée "L'ineffacé" qui propose un parcours original de Jean-Christophe Bailly à travers la collection exceptionnelle réunie par l'IMEC. A cette occasion nous vous proposons d'écouter ou réécouter une fiction datant de 2010

De quelques animaux, y compris un arbre

de Jean-Christophe Bailly

Adaptation Jean Torrent

Réalisation Blandine Masson

" En allés, sertis par le visible qui les cache, enfants et facettes de la nature "qui aime à se cacher", vivants, mortels, buissonniers, chapardeurs, doux, cruels, passagers, infiniment passagers selon leurs voies, leurs lois, leurs caprices, leurs joies, leurs chagrins, les animaux : pensées qui volent, qui nagent, qui courent, qui jaillissent, s'en vont, se dérobent. Pensées par lesquelles le verbe être se conjugue, se joue, se produit. " Ainsi Jean-Christophe Bailly décrit-il, dans Le Versant animal, l'admirable système des animaux, ces autres vivants qui habitent avec nous le monde, " ce prodigieux théâtre d'inquiétude qu'est pour eux, tout autour, l'ouvert où ils sont jetés ". Méditant sur leur silence, l'écrivain rappelle que la pensée des hommes est pleine de bêtes et que toute politique qui ne prend pas en compte l'éventualité de leur disparition est une politique criminelle. L'émission se compose d'un long poème " Singes ", réflexion à la fois espiègle et grave le plaisir qui nous vient des animaux, de leur différence, si creusée que, vivants auprès de nous ou loin de nous, c'est au fond dans d'autres mondes qu'ils vivent. À la basse continue du poème s'entremêlent des descriptions d'animaux qui sont autant de portraits pris sur le vif, à même le sol des grandes réserves menacées du Kenya, à l'occasion de la rédaction du tome II de l'Encyclopédie de tous les animaux y compris les végétaux de Gilles Aillaud, un ouvrage illustré de cinquante-trois lithographies publié en 1989 par l'Atelier Franck Bordas.

Jean-Christophe Bailly est né à Paris en 1949. Depuis plus de trente ans (son premier livre, La légende dispersée, une anthologie du romantisme allemand, paraît en 1978), il a publié une vingtaine de livres qui, le roman mis à part, arpentent tous les champs de l’écriture : essais (philosophiques ou esthétiques), poésie, journaux, théâtre. Si sa démarche présente, en dépit ou au-delà de cette diversité, une très grande unité, c’est d’abord parce qu’elle prend sa source dans le désir ou la volonté du poème. Le poème est le mode le plus générique à partir duquel Jean-Christophe Bailly s’est tourné vers la peinture, l’architecture, la photographie ou la philosophie.

Écrire à la frontière des genres, conduire l’écriture au-delà des genres, sur le mode de la dissémination ou de « l’étoilement », pour reprendre un de ses titres, c’est faire l’expérience de l’extériorité la plus immédiate, revenir aux choses, aux étonnantes manifestations du spectacle profane, au règne de l’éphémère et du furtif, à cette « prose du monde » (Merleau-Ponty) dont Basse continue, long poème composé de soixante « chants » en prose coupée, restitue peut-être le plus justement la rumeur et le flux indistinct.

Toucher à tout, explique Jean-Christophe Bailly, ce serait peut-être répondre à tout ce qui nous touche, et l’écrivain de se réclamer de la grande trouvaille du romantisme allemand, la théorie de la dispersion et de la communication universelles des signes, en citant Novalis : « Nous vivons dans un roman colossal, en grand et en petit. » La profusion du dehors est à déplier sans fin et encore, et il y a donc chez Bailly quelque chose qui ne tient pas en place, quelque chose d’utopique qui toujours s’en va, sur un fil de mélancolie, dans une quête infiniment renouvelée du sens et de ses échappées.

Qu’il commente un texte de Baudelaire ou de Benjamin, s’interroge sur l’évolution de la forme architecturale, observe le silence des animaux, analyse l’œuvre d’un peintre, étudie un passage de Plutarque ou jette un pont entre une photographie de Talbot et les images d’Hiroshima, il s’agit toujours d’une même volonté d’assumer le travail même de la littérature : maintenir le matériau dans son état d’ouverture maximale, sans enfermer le sens dans des mots magiques, des formules ou simplement des clichés, trouver de nouvelles conditions où la parole puisse se dire en consonance avec le monde dans lequel l’homme moderne, désormais orphelin de toute transcendance, est jeté.

Comme s’il reconduisait l’expérience fondatrice de son adolescence, quand il décrivait à son père devenu soudainement aveugle le spectacle du dehors et ce que lui-même découvrait pour la première fois, Jean-Christophe Bailly nous prend par le bras en nous invitant à y regarder de plus près. Malgré leur fragilité ou leur faillite, les mots ont encore un pouvoir, un mince pouvoir : lucioles ou survivances capables d’émettre un clignotement, éclats ou appels intermittents, feux épars où se dépose la charge de signifiance de chaque instant, de chaque lieu.

Jean Torrent

Avec

Jean- Christophe Bailly

Yann Collette, le singe

Jérôme Kircher, l’oryctérope, l’éléphant, le crocodile, l’impala, l’hippopotame

Evelyne Didi, le lion, le héron, le baobab, la panthère

Marie-Armelle Deguy, l’autruche, le mamba noir, le flamant, la girafe, le zèbre

Prise de son, montage, mixage : Philippe Pallares et Etienne Diop

Assistante de réalisation : Chloé Mauduy

http://www.imec\-archives.com/agenda/exposition\-linefface/

L'équipe
Conseiller(e) littéraire
Avec la collaboration de

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......