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Margaret Ogilvy en 1855

"Portrait de Margaret Ogilvy par son fils" de James Matthew Barrie

57 min
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Barrie fera dire à son personnage mythique, Peter Pan « Les mères sont gentilles, mais elles gâchent tout le plaisir que l'on peut prendre. » Ne pas sous-estimer ces paroles et les garder à l’esprit face à Margaret !

Margaret Ogilvy en 1855
Margaret Ogilvy en 1855 Crédits : ©Collection particulière Andrew Birkin.

James Matthew Barrie (1860-1937) est un écrivain écossais d’importance qui fut, hélas, éclipsé par le mythe qu’il créa, celui d’un enfant immortel, Peter Pan. Ce "terrible chef d’œuvre", comme le nomma l’un des enfants adoptifs de Sir James, a oblitéré la quasi-totalité de son œuvre en France.  Pourtant, il fut un dramaturge et un romancier brillant et audacieux, grandement célébré et admiré au-delà des frontières du Royaume-Uni. Les plus fameux esprits de son siècle le glorifièrent : Charlie Chaplin ou Alfred Hitchcock, par exemple, s’inspirèrent de ses œuvres. Barrie a inventé un style très particulier dont il est peut-être devenu, au fil des ans, le seul plagiaire : la fantaisie romantique ou le sentimentalisme cruel. Il n’est aucun genre littéraire auquel Barrie n’ait apporté sa fantaisie. En effet, il peut revendiquer la paternité d’un nombre conséquent de textes : une quarantaine de pièces, une dizaine de romans, des nouvelles à foison, un nombre incalculable d’articles, des discours à n’en plus savoir que faire, des mémoires, des essais… et même un soupçon de poésie. Barrie a son propre idiolecte, un mélange d’anglais et de scots, et un style faussement simple, traversé de traits d’humour étranges et de non-dits pudiques. Le romancier a été injustement oublié, mais le dramaturge continue, de nos jours, de vivre sur la scène britannique et, parfois, française…              
Portrait de Margaret Ogilvy par son fils est une vraie-fausse biographie d’une femme écossaise née au XIXe siècle, à savoir la mère de l’auteur. C’est surtout l’occasion pour Barrie d’écrire, en toute impunité et innocemment, une autobiographie déguisée. Les mères chantent souvent des berceuses à leurs enfants pour les endormir. À leur instar, J. M. Barrie en a écrit une, mais d'un genre différent : un chant pour la mort de sa mère, redevenue peu à peu, sous la lumière de son regard mélancolique, une petite fille et, de manière plus viscérale, la matrice de son œuvre. Léautaud, si sensible à la cause des mères absentes, présente comme il se doit (c’est-à-dire de la pointe du cœur) cette œuvre singulière dans son Journal Littéraire :               
Pour en revenir à ces livres qui n'ont point touché le public tout en méritant mieux, il y a encore un exemple (…) c'est le Margaret Ogilvy de Barrie, un livre délicieux que personne ne connaît. » (…) c’est drôle, que moi, si réaliste, je sois toujours pris par les livres anglais qui sont presque toujours du domaine de la légende. (...) Je ferais mieux de ne pas l'écrire : l'émotion presque aux larmes.              
Ce n’est pas un hasard non plus si Proust fut assez fasciné par Margaret Ogilvy : « En attendant, on pourrait lire cette exquise et pure Margaret Ogilvy de Barrie (…) et qui n’est que la vie d’une paysanne racontée par un poète, son fils. » La mère de Marcel emprunte bien des détours de Margaret Ogilvy... Les mères et les écrivains, monstrueux les uns et les autres, ont en commun de donner la vie en donnant la mort, à moins que ce ne soit l'inverse…  « C’est de la capacité à aimer des mères dont nous tombons amoureux. La personne qui peut aimer le mieux est celle qui est le mieux aimée. » écrit Barrie dans son journal. Aime-t-on jamais mieux que le très petit enfant qui aime ? La mère devrait être digne de cet amour, mais est-ce toujours le cas ? Barrie est on ne peut plus ambigu à cet égard. Il ne les apprécie guère, semble-t-il souvent, mais vénère toujours en elles la maternité, leur pouvoir de fée et de sorcière sur l'enfance - ce qui lui fera dire, par l'intermédiaire de Peter Pan : « Les mères sont gentilles, mais elles gâchent tout le plaisir que l'on peut prendre. » Ne pas sous-estimer ces paroles et les garder à l’esprit face à Margaret !

Traduction de l’anglais (Ecosse) par Céline-Albin Faivre, publiée chez Actes Sud dans la collection Un endroit où aller
Morceaux choisis par Céline-Albin Faivre Réalisation : Benjamin Abitan Conseillère littéraire : Caroline Ouazana

Avec : Patrick Le Mauff, Dominique Valadié , Anne-Gaëlle Jourdain

Prise de son, montage et mixage : Emilie Couët
Assistante à la réalisation : Manon Dubus

Céline-Albin Faivre est docteur en philosophie de la Sorbonne et autodidacte en divers domaines littéraires et, plus généralement, linguistiques. Elle consacre son existence à la traduction des œuvres de Barrie et s’évertue à étendre sa renommée en France. Par ailleurs, elle met en scène quelques personnages d’importance, écrivains et artistes négligés par nos contemporains, en écrivant leur vie… 

Barrie et sa mère (1855)
Barrie et sa mère (1855) Crédits : Collection particulière Andrew Birkin.
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