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Croquis du Funiculaire de Naples

Le dessin en plein essor

4 min
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En quelques décennies, l’approche de ce médium a changé, du statut d’art préparatoire à celui d’art à part entière.

Croquis du Funiculaire de Naples
Croquis du Funiculaire de Naples Crédits : DEA / ICAS94 - Getty

Je vais vous faire un dessin, celui de l’évolution du dessin lui-même, tandis que les deux principaux événements mondiaux de cette graphosphère se tiennent à Paris : le Salon du Dessin et la foire Drawing Now. En quelques décennies, l’approche de ce médium a changé, le trait s’est affiné. 

Le dessin classique ou de collection a son propre salon depuis une trentaine d’années, et le dessin contemporain a sa propre foire depuis une quinzaine d’années. Ce qu’on constate c’est que le regard sur les dessins des maîtres s’est transformé à mesure que les dessins d’aujourd’hui se sont imposés comme un véritable marché.

Le dessin a longtemps été réduit à sa dimension préparatoire. C’était une étude, un projet, un croquis, un schéma ou alors une estampe, mais dans les deux cas, on y voyait un format prototypal ou réduit. Presque une œuvre de deuxième catégorie.

Mais le dessin a conquis depuis son autonomie artistique. Un peu comme la photographie. Les deux disciplines ont deux trajectoires parallèles dans le processus de légitimation. Ce qui paraît fou ! Puisque la photo naissait d’une révolution technique et posait le problème de la reproductibilité là où le dessin existait en tant qu’art depuis les grottes de la préhistoire. Par exemple à Rouffignac en Dordogne où se mêlent dessins figuratifs de mammouths et dessins de serpentins abstraits datant de 13 000 ans.

Pourtant, c’est le XXIème siècle qui va reconsidérer le dessin comme une œuvre à part entière. Le dessin comme une pensée quel que soit le support et le style s’affirme grâce au dessin contemporain… Un mouvement enclenché dans les années 50 avec les dessins de l’américain Raymond Petitbon dans un mélange de trait à la main levée et de BD, puis dans les années 70 avec Mat Mulican et le dessin-performance. 

Aujourd’hui, dans le dessin classique ce sont des maîtres du 16ème siècle comme Raphaël ou Léonard de Vinci qui battent des records, et en général les dessins qui portent la trace de la réflexion. Avant les collectionneurs recherchaient des dessins très finis comme des tableaux aujourd’hui c’est l’emprunte intellectuelle qui domine. Un changement qui n’est pas étranger à l’acception du dessin comme art protéiforme, et du trait comme pensée. Une approche défendue progressivement par la foire « Drawing Now » en 12 éditions et par des lieux pionniers comme le Drawing Center de New York.

Dans le dessin contemporain l’arborescence graphique continue de se déployer. L’abstraction et le pictural pur inauguré par Supports/Surfaces, les dessins d’architecture utopique, les cartographies, les dessins fabriqués avec la technologie, les dessins documents, la bande dessinée échappée des cases, ou encore ces analyses de dessins sismographiques et automatiques. Ceux que nous produisons le temps d’une réunion, d’un cours, d’une discussion téléphonique, ou d’une conférence. Un accompagnement de l’écoute, une fenêtre ouverte vers l’inconscient. Les dessins, disait Baudelaire, sont « des abstracteurs de quintessences ».

Au XXIème siècle, la présence de plus en plus prépondérante du dessin, et particulièrement en France, sous toutes ses formes, prend encore une autre signification. Comme le dit l’écrivain Pierre Bergounioux alors que depuis des millénaires les signes de l’alphabet chevauchent des supports (mur de pierre, papyrus, ou papiers) aujourd’hui ce sont des électrons… Nous sommes donc entrés dans une nouvelle ère, et le dessin dans cette redéfinition du langage et de l’art humain garde notre trace.

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