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"Womb Chapel Nave II", une oeuvre de l'artiste brésilien Ernesto Neto.

Biennale de Lyon, comment réouvrir les oeuvres?

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D’un côté on ne cesse de déborder les limites des formes et des espaces, de l’autre on ferme l'œuvre pour mieux la vendre.

"Womb Chapel Nave II", une oeuvre de l'artiste brésilien Ernesto Neto.
"Womb Chapel Nave II", une oeuvre de l'artiste brésilien Ernesto Neto. Crédits : RAFA RIVAS - AFP

« Dans quelle étagère ? » c’est ce que semble se dire l’oeuvre au XXIème siècle. Et c’est ce qu’a très bien compris cette 14ème biennale lyonnaise d’art contemporain intitulée « Mondes flottants » au pluriel.

Voilà la situation. D’un côté ce qu’on pourrait appeler notre modernité, ne cesse de déborder les limites des formes et des espaces, de l’autre on ferme l'œuvre pour mieux la vendre. On enserre ses contours dans un discours publicitaire à destination du public et du marché. Et tant pis pour les objets non identifiés dont on ne peut pas fabriquer le succès.

Asphyxie culturelle

C'est ce qui a fait hurlé - par les mots - l’auteure et Prix Goncourt Lydie Salvayre dans un texte inédit publié cette semaine par Les Inrockuptibles. Contre le marketing tout-puissant et le mépris culturel qui caractérisent la rentrée littéraire, elle appelle à relire Asphyxiante Culture de Jean Dubuffet. Une pensée qu’elle résume ainsi « le public se trouve convié à révérer non pas la création elle-même mais le prestige publicitaire dont bénéficie certaines œuvres ». On aime ce que nous a dit d'aimer. Ce qui est homologué "bonne littérature" ou "bon art".

Pour échapper à ces frontières asphyxiantes et occultantes, quoi de mieux que de se laisser déborder. C’est là où les « mondes flottants » prennent tour leur sens. L’expression choisie par la commissaire de la biennale de Lyon Emma Lavigne renvoie à un mouvement artistique japonais (ukyo) et a valeur ici de manifeste, de résistance. Comme elle dit elle même : « cette Biennale place au cœur de ses enjeux les attitudes libertaires d’artistes, qui ne cessent de repousser les limites de l’œuvre d’art afin de l’ouvrir, encore davantage ».

« L’œuvre ouverte »

« L’œuvre ouverte » c’est un texte d’Uberto Eco en 1965. L’indétermination volontaire, la dispersion, le fragmentaire, l’archipélique en sont les enfants. Une œuvre n’est pas un objet fini ni un concept : elle est un champ ouvert.

Un temps, pour résister, on a pu moquer les machines à fermer les œuvres. Comme l’artiste Antoine Schmidt qui ridiculise les définitions conceptuelles et définitives avec son générateur de critique d’art présenté dans l’installation Le critique automatique en 1999.

Mais là ce qui est donné à voir c’est une résistance en acte. A travers les matières de l’artiste contemporain Ernesto Neto qui annonce la couleur « je commence là où l’art s’est arrêté ». A travers l’exposition d’une des pièces culte de la collection du Centre Pompidou : le mobile d’Alexander Calder. Homme des œuvres ouvertes et du hasard musical si il en est.

Le contemporain comme une notion élargie, c’est aussi le parti pris de cette biennale où sur une même "timeline", les œuvres des artistes du présent dialogueront avec ceux qui ont fait l’Histoire de l’art.

Voilà comment ces "mondes flottants" - tome 2 d'un cycle « modernité » initié par la biennale lyonnaise en 2015 - devraient libérer l'oeuvre de ses frontières. Comme l’annonçait Rimbaud (repris récemment par Philippe Djian) : "Dispersez-vous, ralliez-vous!"’

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