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Tracks ARTE  (diffusion les vendredi à 23H20)

Comment la culture alternative s’est incrustée à la télévision ?

5 min
À retrouver dans l'émission

L’émission Tracks sur ARTE fête ses 20 ans dans le poste, comment y est-elle entrée et comment y est-elle restée.

Tracks ARTE  (diffusion les vendredi à 23H20)
Tracks ARTE (diffusion les vendredi à 23H20) Crédits : Arte.TV

À l'instar de Vivement Dimanche, Thalassa ou Des chiffres et des Lettres, Tracks est devenu une institution de la télévision française, et pourtant c’est tout l’inverse d’une institution : un repère de la culture en marge depuis vingt ans.

Anti-télé

Tracks c’est presque de l’anti-télé si on songe aux codes du secteur.

Depuis sa création en 1997 par Christophe Tison, ce magazine hebdomadaire d’ARTE ne fait pas dans le « concernant ». Au sommaire peuvent se coaguler des reportages sur les implants du futur, les fétichistes de la laine, le skate, les rave parties, l’art volontairement déviant de Paul McCarthy, le "machinima", genre cinématographique à base d’images de jeux vidéos, sans oublier le chamanisme électro rock norvégien ou les nouveaux disciples du père des Zones Autonomes Temporaires Hakim Bey.

Le tout en voix-off sans la sacro-sainte incarnation du présentateur, et avec des anglicismes à faire exploser le courrier des réclamations du type «the new king of pop rebellion » (le nouveau roi de la pop rébellion).

OVNI

Mais comment cet ovni s’est posé dans les écrans? Au départ Tracks prend la suite d’une émission musicale « Megamix », et elle remplit une fonction classique dans les chaînes de télévision à savoir la case « jeunes » pour renouveler l’audience.

Après les six premiers numéros l’émission va se servir de la porte d’entrée de la musique pour aller explorer les nouvelles cultures. C’est l’idée de Paul Rambali rédacteur en chef venu de la presse (The Face et Actuel). Comme il le souligne « si on avait dit ce qu’on allait faire on ne nous aurait pas dit oui : la culture émergente pose toujours problème car elle n’a pas encore sa place dans la hiérarchie culturelle ». Pourtant les défrichages de Tracks deviendront plus tard des évidences. Exemple une interview croisée et sans commentaire de Marilyn Manson et Virginie Despentes en 1997.

Alignement des planètes

Mais ce n’est pas son nez creux ou ses choix visionnaires qui vont installer Tracks, c’est un petit alignement des planètes télévisuelles.

- D’une part l’audience cautionne l’émission car dés le départ, et même face à Nulle Part Ailleurs sur Canal , Tracks rassemble des millions de téléspectateurs.

- Ensuite le rôle de la chaîne "ARTE" qui ne veut surtout pas devenir un musée, et l'interlocutrice de Tracks alors en charge des spectacles filmés leur laisse une grande liberté. Et puis l'émission trouvera une bonne entente avec les productions allemandes qui partagent la case et reprennent le concept.

- Enfin l’aubaine technique : l’équipe va s’emparer des nouveaux outils de la télé digitale, petites caméras DV et tournages légers. Ils peuvent ramener des images de transes à Goa sans exploser le budget. Tout est permis !

Perdurer à l'heure de Youtube

Qu’est qui fait que le miracle alternatif des premières années s’est prolongé et que Tracks perdure y compris à l’heure de Youtube?

D’abord l’approche journalistique, ce n’est pas un cabinet de curiosités en images. Chaque mouvement ou phénomène au-delà de sa nouveauté ou de sa bizarrerie est mis en perspective historique, analysé en terme d’implication socio-culturelle, et bien sûr vérifié.

Autre avantage dans le contexte "youtubé" de la multiplication de l’offre : les séquences de Tracks sont adaptées au délinéarisé, c’est-à-dire qu’elles fonctionnent en ligne indépendamment de l’émission en flux. Et à l’antenne, la cohérente incohérence des sommaires conçu par les deux rédacteurs en chef depuis maintenant dix huit ans David Combe et Jean-Marc Barbieux amène le spectateur « à s’ouvrir à ce qu’il ne connaît pas contrairement aux système de recommandation du web ». On gagne des deux côtés.

Pour finir, malgré les changements d’horaires c’est maintenant son institutionnalisation dans la chaîne qui permet paradoxalement à Tracks de rester à côté de la plaque.

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