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Des Caresses, ou l'Art, ou le Sphinx de Fernand Khnopff, 1896

Fernand Khnopff et Jean-Jacques Lequeu : qu’avons-nous fait de nos rêves ?

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Anti-blockbusters, ces deux maîtres de l’étrange sont exposés simultanément au Petit Palais à Paris.

Des Caresses, ou l'Art, ou le Sphinx de Fernand Khnopff, 1896
Des Caresses, ou l'Art, ou le Sphinx de Fernand Khnopff, 1896 Crédits : Musées royaux des Beaux-arts de Belgique via Wikipedia

L’un est un symboliste belge de la fin XIXe siècle, l’autre un architecte de papier de la fin du XVIIIe, ils ont en commun d’avoir trouvé dans les rêves non pas la voix royale vers l’inconscient (dont parlait Freud) mais la voie express vers le futur.

Fernand Khnopff et Jean-Jacques Lequeu sont exposés simultanément au Petit Palais à Paris, en face des blockbusters Miro et Michael Jackson au Grand Palais. Leurs noms à eux sont, pour l’un relativement oublié, pour l’autre sensiblement méconnu. A voir l’un et l’autre, le visiteur du XXIe siècle ressentira pourtant une étrange familiarité.

Du belge Fernand Khnopff vous connaissez peut-être ce tableau d’un œdipe androgyne la tête tendrement pressée contre une femme sphinx mouchetée comme un guépard… C’est la plus connue des œuvres à clef de cet esthète inspiré par les écrits du parnassien Jean Lorain et les peintures du symboliste de Gustave Moreau. 

Sa demeure, le château des rêves à Bruxelles, dont il a dirigé les plans, et qu’il a conçu comme une mise en scène de son art et de ses inspirations, pourrait être l’incarnation de la thébaïde raffinée de Des Esseintes, héros de l’écrivain décadent Joris Karl Huysmans dans A Rebours

Mais si Khnopff est traversé par les vibrations créatives de sa fin de siècle, il s’échappe aussi tout droit vers le nôtre. Il utilise la photographie non pas comme un medium mais comme un outil. Le processus est warholien avant l’heure. Peignant à partir des tirages ou même par dessus, les pastels et les huiles sur toile de Khnopff sont des cadrages habilement conçus dans lesquels le réel se dérobe.

Gouverné par la figure d’Hypnos le dieu du sommeil, ses objets énigmatiques ont inspiré les surréalistes, mais dans le rêve, Khnopff entrevoit autre chose. Ce sont déjà les effets spéciaux de Méliès son contemporain au cinéma et mais aussi les futurs jeux de flou et de mise au point de la caméra de David Lynch. Par le songe, Khnopff est donc parti en reconnaissance dans nos futurs imaginaires !

Jean-Jacques Lequeu quant à lui est cet hommes qui en 1780 a failli être architecte. Pris sous l’aile de Soufflot, bâtisseur du futur Panthéon, il devra à la mort de son protecteur, faute de réseau, se contenter d’un job d’employé modèle au cadastre. C’est de cette impossibilité et de cette frustration que naît une architecture débarrassée de tous les interdits. Le soir après sa journée de travail, Lequeu dessine avec une extrême précision tout ce qu’il ne peut pas construire. 

Apparaît alors un urbanisme de science-fiction qui est déjà celui de la bande dessinée de Schuiten et Peteers, Druillet ou bien encore Jodorowsky, et que Lequeu découvre dans une folle fulgurance avec au moins deux siècles d’avance. 

Plus étonnant encore dans le monde de Lequeu est le monument qui n’a jamais été fait de la révolution française. Comme cette porte du peuple libre où un sans culotte herculéen et gigantesque se tient assis sur une arche, bonnet phrygien surmonté d’un coq et gourdin à la main. C’est un monde où les fantasmes gagnent la pierre sans limites, au gré des inspirations voyageuses et des reliefs érotiques. Un monde qui aurait comme gravé dans chaque édifice « n’oublie pas que tu as rêvé d’être libre » ! 

Khnopff et Lequeu ne sont pas simplement visionnaires, ils nous rappellent à nos visions.

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