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Une photographie de Jean Patchett par Irving Penn, pour la couverture du Vogue du 1er avril 1950, exposé au Metropolitan Museum of Art de New York pour l’exposition "Models As Muse", en 2009.

Irving Penn, l'anti photographe de mode?

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La première rétrospective européenne consacrée au photographe américain depuis sa mort en 2009 vient de démarrer au Grand Palais, juste avant le début de la semaine des défilés à Paris.

Une photographie de Jean Patchett par Irving Penn, pour la couverture du Vogue du 1er avril 1950, exposé au Metropolitan Museum of Art de New York pour l’exposition "Models As Muse", en 2009.
Une photographie de Jean Patchett par Irving Penn, pour la couverture du Vogue du 1er avril 1950, exposé au Metropolitan Museum of Art de New York pour l’exposition "Models As Muse", en 2009. Crédits : Shannon Stapleton - Reuters

En travaillant pour la bible du secteur, le magazine Vogue, pendant plus de 60 ans et au moins quinze ans pour des campagnes publicitaires, Irving Penn n’incarne pas à priori l’« anti-photographe de mode ». Et pourtant…

Dés le départ, en 1938 assistant au Harper's Bazaar autre bible de la mode, Irving Penn s’offre un appareil Rolleiflex pour pouvoir photographier ses propres sujets. Il s’agit d’enseignes et de devantures qui reflètent la grande dépression économique. Penn a un attrait pour le documentaire et une filiation avec un grand photographe de la crise Walker Evans. Loin de la mode.

Vanités

Quand on songe à la première couverture de Vogue en 1943 signé d’Irving Penn on y décèle son manifeste esthétique. C’est une série de natures mortes. Inspirées des natures mortes hollandaise du 17ème siècle. La tasse de café froid au milieu des jeux de cartes et d’une l’allumette brûlée, la mouche collée sur le citron pour annoncer sa putréfaction, sont autant de vanités. C’est-à-dire des manières de méditer sur la mort et la fugacité dérisoire de l’instant. Autant de « memento mori » ou « n’oublie pas que tu vas mourir » qui renvoie à la condition humaine, mais aussi à la profession. La mode où règne l’éphémère doit se souvenir qu’elle va mourir.

En 1950, lorsque Alexander Liberman son directeur artistique et protecteur chez Vogue demande à Irving Penn de mettre un smoking et d’assister aux défilés, Penn refuse les clichés fébriles et les mondanités. Tout se fera dans l’isolement d’un studio spartiate. Avec cette idée géniale : réserver le même traitement sculptural et distancé à une série de mode comme à une série sur les petits métiers. Bouchers et Balenciaga même combat ! Loin des crâneries et des tendances, avec Penn la mode devient un costume comme les autres. Une forme de manifeste qui vaut pour toutes les collections qu’il photographiera à l’avenir.

Portraits "anti-people"

Enfin, anti-mode, Irving Penn l’est aussi dans sa pratique du portrait des grands artistes. Durant un demi-siècle, il saura se départir d’une image « à la mode » justement. « L’important est d’aller au-delà de la façade publique de la célébrité, qui arrive armée de l’image qu’elle a d’elle-même » dira-t-il.

Et cela se passe dans la relation avec ses modèles où Irving Penn résiste à la mise en scène de l’îcône par elle-même. Ainsi Marlene Dietrich semble presque effrayée, Picasso est comme percé à jour et Miles Davis abandonne ses breloques…

Souvent comparé à son contemporain et concurrent le photographe de mode Richard Avedon, Irving Penn faisait remarquer que si son confrère captait brillamment « un aspect de la vérité qui est totalement momentané », lui recherchait « l’épaisseur de la vérité ».

L’épaisseur de la vérité contre la fugacité de l’instant, le secret d’un photographe au-delà de la mode.

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