LE DIRECT
Les "clash" BOOBA VS KAARIS, nourrissent un feuilleton factice et surtout profondément kitsch

La violence, le rap et le kitsch

3 min
À retrouver dans l'émission

Le fil culture |Cette escalade de heurts dans le rap ne crée pas de réelle panique morale ni ne révèle les soubresauts d’une nouvelle culture jeune. Elle est le spectacle frelaté d’un plan marketing dont personne n’est dupe. Les derniers feux d'un violence en phase de "kistchification".

Les "clash" BOOBA VS KAARIS, nourrissent un feuilleton factice et surtout profondément kitsch
Les "clash" BOOBA VS KAARIS, nourrissent un feuilleton factice et surtout profondément kitsch Crédits : ER Productions Limited - Getty

L’heure est grave, tandis que la forêt amazonienne brûlait, un événement venait suspendre le temps de l’info en continue : le déchaînement de violences survenues lors du tournage d’un clip de rap. 

Des coups de poing, des coups de feu, des battes de base-ball, et deux blessés. La séquence est comme tout droit importée des Etats-Unis, où la guerre des rappeurs dans les années 90 aura fait deux morts légendaires, Tupac et Notorious Big. 

Rien de tel ici, mais en France, ce qui aurait pu faire uniquement l’objet d’un bandeau, ou d’une simple dépêche, a pris dans l’ampleur dans l’espace médiatique, parce que l’incident, aussi dramatique soit-il, nourrit un feuilleton factice et surtout profondément kitsch. C’est ma théorie !

Prenons les acteurs : d’un côté le rappeur Booba dont le petit théâtre de clashs et de rixes avec ses rivaux nourrit la carrière, de l’autre le commanditaire supposé de la violente expédition, le rappeur Kaaris. Sans que l’enquête ouverte n’en ait apporté la preuve, Booba l’a allusivement désigné après les faits, mentionnant en partie son vrai prénom « Armand ». Il n’en fallait pas plus à BFM TV pour faire le rapprochement deux heures durant avant de proposer une « analyse » plus prudente.

Tous les ingrédients d’une histoire prête à consommer se trouvait réunis, ce nouveau rebondissement offrait une deuxième saison au feuilleton BOOBA VS KAARIS de l’été précédant, qui avait atterri au 20H et engrangé des dizaines de millions de vues : la bataille d’Orly. Violences et saccages au Duty Free. Un feuilleton qui s’alimente en creux de cette indignation devant cette soit disant sous culture, pourtant majoritaire, dont la violences des mots engendrerait la violence physique. 

Un spectacle frelaté d’un plan marketing dont personne n’est dupe

Ce qu’on observe, c’est que contrairement aux violences qui ont accompagné la culture rock dans les années 70, avec la fameuse « Nuit de la nation » en 1963, où le concert de Salut les copains s’est transformé selon les journaux de l’époque en « salut les voyous ! », cette escalade de heurts dans le rap ne crée pas de réelle panique morale ni ne révèle les soubresauts d’une nouvelle culture jeune. Elle est le spectacle frelaté d’un plan marketing dont personne n’est dupe. Avec cette dimension, pour le coup « yéyé » qui consiste à mimer les rivalités d’un rap US organisé en gangs. 

La fin d'un rap stéroïdé dépassé par un rap d'introspection

J’en viens à ma théorie. Le spectacle qui est donné à voir est donc véritablement kitsch au sens où on le définit au 19ème siècle car il consiste à vendre un produit inauthentique, mais pas seulement. Dans Quelques remarques sur le kitsch, le dramaturge et essayiste autrichien, Hermann Broch, distinguait l’art du kitsch par la capacité à pressentir le réel. Le kitsch recherche des « sensations artistiques » là où l’art  a « l’intuition d’une portion nouvelle du réel » et, par conséquent, « l’obligation de la formuler afin qu’elle accède à l’existence ». Dans ce marketing de la guéguerre aucuns pressentiments, seulement les derniers feux d’un type de rap et de masculinité déjà dépassés par un courant beaucoup moins stéroïdé. Un chant nouveau traversé de faiblesses, d’introspections et de fragilités.

Booba lui même en a peut-être -t- il conscience, faisant de cette escalade une farce ultime, la chanson « Glaive » dont il tournait précisément le clip s’ouvre sur ces mots « Ne  crois-tu pas qu'je sais c'que j'fais... » Ici c’est le public, médias compris, qui est renvoyé à son propre désir de kitsch et sa part de responsabilité.

Ce contenu fait partie de la sélection
Le Fil CultureUne sélection de l'actualité culturelle et des idées  Voir toute la sélection  

Chroniques

8H55
3 min

La Conclusion

Les tubes de l'été
L'équipe
Production
Réalisation

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......