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La réalisatrice Jane Campion main levée lors de la 70ème cérémonie du Festival de Cannes en mai 2017

Time’s up aux Césars, la France sort de la guerre des tribunes?

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Après des mois englués dans un débat par tribunes interposées, comment le cinéma français organise la suite de #MeToo.

La réalisatrice Jane Campion main levée lors de la 70ème cérémonie du Festival de Cannes en mai 2017
La réalisatrice Jane Campion main levée lors de la 70ème cérémonie du Festival de Cannes en mai 2017 Crédits : Stephane Cardinale - Getty

#Balance ta tribune ! Tel était le climat en France dans le sillage de l’affaire Weinstein, de Me Too et de Balance ton porc. Tandis que la nouvelle année s’ouvrait aux Etats-Unis sur l’initiative Time’s up, lancée par 300 actrices, metteuses en scène et autres personnalités pour constituer un fond à destination des femmes qui n’ont pas les moyens financiers de se défendre face aux violences sexistes, nous nous glosions de liberté ou pas d’importuner. Mais aussi des « dérives » potentielles de ce que j’ai appelé ici  le « moment Me Too » plus que le « mouvement Me Too ».  Le temps semble venu donc de se détacher des débats sur les excès de tel.le ou tel.le, pour se concentrer sur l’action.

C’est ce que signifiait un groupement d’actrices, cinéastes, humoristes, productrices à la Une de Libération « maintenant on agit ». Puisque c’est ainsi, puisque le mouvement outre-atlantique est parti du monde du cinéma, bien qu’il concerne toutes les sphères de la société, puisque que les cérémonies de récompense sont devenues les nouveaux rendez-vous de l’agenda féministe, il fallait en France construire cette liaison entre prise de parole médiatisées et actions concrètes. Cela se fera à l’occasion des Césars, avec la Fondation des femmes, dont la présidente, Anne-Cécile Mailfert a rappelé qu’il fallait « profiter de la visibilité qu’ont les actrices et réalisatrices pour aider des femmes dans tous les secteurs de la société». Pas une tribune de plus donc, mais un appel aux dons pour aider les victimes de violences sexuelles ou sexistes dans leur démarches judiciaires car « Twitter ne saurait être un tribunal » précise Anne-Cécile Mailfert (ancienne d’Osez le féminisme). Et il y une réelle demande puisque fin janvier les chiffres du ministère de l’intérieur faisaient état d’une hausse de 31,5 % des plaintes pour agressions sexuelles (autres que les viols) par rapport au quatrième trimestre 2016. Des chiffres après les lettres, une réalité tangible après des mois passés dans la projection, c’est ce qui se joue.   

En matière de dons il y a d’ailleurs des progrès faire comme le note Toni Marshall (seule réalisatrice césarisée) : « La SPA reçoit 45 millions par an, la Fondation des femmes n’a même pas 300 000 euros ce n’est pas normal » ! Le télescopage est brutal mais néanmoins révélateur.  Et preuve que la bataille des chiffres s’engage, la ministre de la Culture Françoise Nyssen a annoncé début février vouloir atteindre la parité dans le monde de la culture d’ici 4 ans. L’association Le Deuxième Regard, qui lutte contre « les stéréotypes de genre dans le cinéma » pour « l’égalité femmes-hommes dans cette industrie » prévoit elle de lancer, aux Césars, un nouveau collectif en forme d’observatoire chiffré de l’égalité femmes-hommes dans le cinéma. Inégalité de salaires, écarts de budgets et de subventions entre réalisateurs et réalisatrices, ou indice de la diversité seront donc mesurés. Mais vous me direz Guillaume, nous avons glissé des mesures contre les violences sexuelles à l’égard les femmes - il faudra aussi penser aux hommes qui en sont victimes je le dis au passage – aux mesures pour promouvoir l’égalité homme-femme dans le cinéma et les secteurs de la culture. C’est que le lien a du sens. Pas tant pour marquer une forme d’exception de ces milieux de la culture en matière de domination et de rapports asymétriques entre les hommes et les femmes, mais pour défendre un renouvellement de l’imaginaire. Car c’est bien aussi de changements des mentalités dont on parle.  Cette fois c’est le collectif contre le sexisme sur les écrans qui le souligne : « Le cinéma a besoin de l’imaginaire des femmes, de la fabrication de leurs images et de leurs histoires pour transformer les repères esthétiques dominants qui ont créé ces stéréotypes vénéneux ». Dans un texte à paraître, écrit en l’occurrence sur le mode du constat plus que de l’opinion, et signé ente autres par Jack Lang, Agnès Jaoui, Gustave Kervern, Kristin Scott Thomas ou Coline Serreau, les différentes mesures adoptées par nos voisins européens sont mises en avant appelant la France à ne pas rester à la traîne. Un appel à faire émerger de nouvelles figures dans la création et l’industrie de la culture, avec encore quelques chiffres concrets à la clef. Concernant l’école de cinéma La Femis par exemple, paritaire depuis sa création en 1986, 60% des effectifs sortant sont des femmes et seulement 21% de films de réalisés par des femmes ont été agréés par le CNC. Quant aux chiffres de la diffusion ils sont frappants seuls 14% de films de réalisatrices sont sortis en salles en 2015, et sur les 5 chaînes de France Télévisions, en 3 ans, on aura vu seulement 4% de films de femmes.   

Renouveler les imaginaires avec une politique de quotas, combatte les violences avec une réserve de fonds, tels sont les enjeux certes prosaïques mais porteurs, de ce Time’s up à là française #balancetonchiffre.

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