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Danseurs Kanaks en Nouvelle Calédonie

Outre-mer : les enjeux d’une nouvelle décentralisation culturelle

3 min
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Comment pallier aux inégalités et au manque d’équipements culturels, sans imposer une homogénéité de structures ?

Danseurs Kanaks en Nouvelle Calédonie
Danseurs Kanaks en Nouvelle Calédonie Crédits : Ariel FUCHS - Getty

Il existe un paradoxe surprenant dans les départements et collectivités d’outremer : la culture, produit d’une histoire mouvementée, fondée sur les expériences douloureuses de l’esclavage et de la colonisation, est aujourd’hui foisonnante et plurielle, mais on constate dans le même temps les manques d’une politique culturelle qui continue de traiter les outremers en parents pauvres.

Comme le montrait cette année le rapport sur les zones blanches de la culture, la France a encore beaucoup à faire pour réduire le gruyère des inégalités entre les différents territoires de l’hexagone, et entre l’hexagone et les outre-mers.

35 ans après le premier mouvement de décentralisation culturelle des lois Auroux, les chiffes révèlent un sous-équipement flagrant. Pour les 2.7 millions d’habitants ultra-marins répartis dans une dizaine de territoires : au total seulement deux conservatoires et deux scènes nationales, aucune salle de plus de 3000 places, aucun musée d’art contemporain, et un seul FRAC (fond régional d’art contemporain) à La Réunion. 

Songez qu’à Mayotte il n’existe qu’un seul cinéma pour 235 000 habitants ! Si la moyenne hexagonale est d’un écran de cinéma pour 11 000 habitants, dans les départements d’outre-mer, elle est d’un écran pour 27 000 habitants. Sans oublier que ces écarts d’équipements sont encore plus creusés entre les départements et les collectivités d’outre-mer. En résumé, pour les amoureux de spectacles et de musées, mieux vaut vivre à Guéret dans la Creuse qu’à Fort-de-France, même si la situation demeure meilleure en Martinique qu’à Wallis et Futuna.

Prenons l’exemple du chanteur calédonien Gulaan qui a fait sensation cette année au télé crochet The Voice avec un chant traditionnel kanak…

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On pourrait être en droit de se demander pourquoi aucune grande salle n’est en mesure d’accueillir Gulaan chez lui, à 22 000 kilomètres des plateaux de TF1. Simple anecdote car Gulaan peut se produire en extérieur, mais révélatrice des inégalités de structures.

L’insuffisance de cette politique culturelle s’explique en premier lieu par une difficulté des pouvoirs publics à comprendre la singularité des outremers, dans un contexte où la culture a longtemps été perçue comme le cache-nez de revendications politiques. Face à la lutte pour la reconnaissance de la culture kanak ou de la langue créole, le pouvoir jacobin a longtemps refusé toute ouverture, craignant de nourrir les mouvements indépendantistes. 

Cette époque semble révolue, alors que la Nouvelle-Calédonie a vu l’ouverture en 1998 du centre culturel Jean-Marie Tjibaou, splendeur conçue par Renzo Piano et véritable cœur battant de la culture kanak. Mais derrière le retard  en termes d’équipements culturels, se dissimule le fait que la classe politique locale a généralement sous-traité cet enjeu au monde associatif, réduisant les investissements publics dans ce domaine.

Tout n’est pas sombre pour autant, et il faut saluer des avancées comme l’inauguration en 2015 à Pointe-à-Pitre, en Guadeloupe, du Mémorial ACTe, le centre le plus important au monde consacré à la traite négrière et à l’histoire de l’esclavage. Ce qui montre que des institutions culturelles d’outre-mer peuvent être à l’avant-garde de ce qui peine à prendre forme dans l’hexagone et dans le reste du monde : la création de lieux de mémoire célébrant une histoire réconciliée dans des sociétés multiculturelles.

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