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Anemone "Dans notre petite ville" en 2004

Anémone affranchie des stéréotypes de genre

4 min
À retrouver dans l'émission

Radicale et désobéissante, pour Anémone une femme libre n’a pas besoin de super-pouvoirs ni de renvoyer une image présupposée du féminin.

Anemone "Dans notre petite ville" en 2004
Anemone "Dans notre petite ville" en 2004 Crédits : FRANCOIS GUILLOT - AFP

Anémone est née en 1968 dans un film de Philippe Garrel. Ce n’est pas rien. Dans l’incipit, elle joue du piano, se lève, fume une cigarette, répond à une amie au téléphone et commence à écrire. Le personnage a une chambre à soi. Cet espace à l’écran, et cette héroïne, elle les choisit pour se rebaptiser. Désormais, Anne Bourguignon s’appellera Anémone. Elle a 17 ans, Philippe Garrel en a 19. Le film n’était pas fameux dira-t-elle rétrospectivement, c’était - je la cite encore - « un film de jeunes gens ». Mais pas seulement. C’est le début d’une phrase. Dans la brèche ouverte par 68, qu’est-ce c’est « être une femme libre » ? Anémone entame alors un parcours qui me semble avoir sans cesse tenté de répondre à cette question. 

Dans Anémone de Philippe Garrel, la jeune fille dit à son ami que le courage c’est celui qu’elle a d’être avec lui alors qu’il la reprend tout le temps. On parlerait de « mansplaining » aujourd’hui dans cette langue faussement moderne qui tente de définir ce truc qui fait que les hommes vous expliquent toujours la vie ! Elle lui dit qu’elle a donc le courage d’oublier son amour propre, puis se lance dans d’autres définitions.

Barbarella queen of the galaxy de Roger Vadim sort aussi en 68 et choisit Jane Fonda pour sublimer l’indépendance des femmes, mais cette super héroïne n’est pas affranchie des assignations du genre. Avec Anémone, au contraire, une femme libre n’a pas besoin de supers pouvoirs ni de renvoyer une image XL de la féminité.

En y repensant, la force du personnage de Thérèse dans Le Père Noël est une ordure, créé en 1979 avec la troupe du Splendid, c’est justement sa gaucherie asexuée. On pourrait dire que Thérèse a le rôle de la coincée. Mais elle a surtout un génie comique qui se moque totalement des attributs féminins de la séduction. Mine de rien, ça fait entrer beaucoup d’air.

De la liberté d’Anémone, je retiens aussi dans cette scène mémorable des Césars en 1988 où elle reçoit le prix de la meilleure actrice. Pas de robe de gala, pas de remerciement en larmes, elle entre en courant, en tenue d’officier, envoie promener toutes les conventions du milieu…

Cette bravade ce soir-là lui coûte très cher, c’en sera fini des rôles dans le circuit commercial. Mais c’est encore son indépendance qui parle. Il faudra attendre pour le comprendre une émission chez Ardisson en 1992 où elle répond alors aux accusations de "caprice"...

20 ans plus tard, ce n’est pas un hasard si Riad Sattouf lui donne le rôle de la reine tyrannique et flingueuse dans Jacky au Royaume des filles, ce conte de Cendrillon inversé où les hommes sont la proie des femmes. D’Anémone, il avait compris ce qu’elle montrait en creux : être une femme libre ce n’est pas être une guerrière, ce n’est pas une transposition des stéréotypes masculins de la force dans une essence féminine. Il faut inventer autre chose. 

Chroniques

8H50
3 min

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